Analyse de film. Dans Don't look up, les médias en plein déni climatique ?

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Analyse de film. Dans Don't look up, les médias en plein déni climatique ?

Parmi ses multiples cibles, le film Don’t look up : Déni cosmique, n’épargne pas les médias, du divertissement branché à Fox News pour leur couverture défaillante de la menace écologique.

« 37 % des Américains craignent la comète, soit une baisse de trois points. Et 23 % pensent qu’elle n’existe pas, en hausse. » Quand un journaliste égrène à la télévision le résultat d’un sondage, Kate Dibiasky (Jennifer Lawrence), doctorante en astronomie, lève les yeux au ciel.

Elle est dépitée face à l’illétrisme scientifique des médias et de leur incompréhension du danger que représente la comète se dirigeant vers la Terre – métaphore du défi climatique – pour l’humanité.

Cela fait plusieurs mois que, tentant de faire passer le message, elle est confrontée à la méthode médiatique, la chasse à l’audience, dont elle n’a pas les codes et qui lui est hostile, à elle et à son approche scientifique. 

Dès son premier passage sur un plateau télé, elle est moquée par les journalistes et les téléspectateurs après un cri d’alarme désespéré. « Elle est nulle, elle a besoin d’un média training », rigole le coprésentateur d’une émission d’infotainment à succès. Sa consœur enfonce le clou. « Le bel astronome (Leonardo DiCaprio) peut revenir s’il veut, mais la jeune fille qui crie, ce n’est pas si sûr»

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Les présentateurs d'une émission d'infotainment à succès

« Chaînes d’infox »

La télé n’est pas le seul média égratigné par la fable satirique : les médias web et leurs titres « putaclic » sont aussi dénoncés. En quête d’audience à tout prix, un journaliste publie cet article : « J’ai couché avec la fille qui vient de vous annoncer la fin du monde ». 

Et comme dans Spider-Man : No Way Home, sorti au même moment, les chaînes patriotes-complotistes en prennent pour leur grade pour leur rôle dans la désinformation générale. « Ces deux astronomes marxistes utilisent le mot “science” et nous devrions faire ce qu’ils disent ? ». Alors même que l’astéroïde est désormais visible à l’œil nu, leurs présentateurs nient la catastrophe en devenir et préfèrent parler d’un sujet « urgent » : les infirmières topless.

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La satire va-t-elle trop loin ? Non, pour Valérie Masson-Delmotte, vice-présidente du GIEC. « Le personnage de Kate Dibiasky m’a touchée avec ses doutes, son questionnement sur la manière de s’exprimer rigoureusement, clairement et sincèrement, écrit la paléoclimatologue française. Et son désespoir de ne pas avoir réussi à faire mieux. Le film montre le décalage entre le mode de fonctionnement des scientifiques et celui du monde des médias. Je l’ai clairement ressenti à de multiples reprises, en particulier en tant que femme. »

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Making-of

Satire au casting cinq étoiles du réalisateur américain Adam McKay (The Big Short), ce long-métrage est une métaphore de la crise du réchauffement climatique. Cette fable assume de ne pas se conclure sur un happy end à l’américaine pour montrer que l’absence de décision peut mener à la catastrophe. Le film a été salué par les plus grands experts de la question climatique.

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