Bois : comment le Covid a rebattu les cartes du commerce international

Environnement

Bois : comment le Covid a rebattu les cartes du commerce international

Certains pays sont mieux dotés en forêts que d'autres, mais la commercialisation du bois dépend de leur capacité à scier la matière première. Les différentes mesures de confinement à travers le monde ont bouleversé l'économie très mondialisée de cette ressource naturelle. Et le marché tend seulement maintenant à se stabiliser.

Le prix du bois de construction a connu un niveau historique fin février 2020. La crise économique a tendu le marché : la demande a explosé et les scieries du monde entier ont peiné à la combler. 

Fin mai 2021, la tendance est en train de s’inverser. Les 1 000 pieds planches, unité de mesure conventionnelle du bois de construction, est repassée sous la barre des 1 000 dollars. Pareilles montagnes russes s’étaient déjà produites en 2018, où le prix du bois avait perdu 50% de sa valeur. Pour les consommateurs, ces variations ne s'appliquent que trois à six mois plus tard. 

Des habitudes de consommation bouleversées

La reprise rapide des économies américaines et chinoises ont poussé ces pays à commander de grandes quantités de bois sur les marchés européens et scandinaves.

Aux États-Unis, le bois est un matériau particulièrement privilégié pour la construction : 80% des maisons des particuliers en sont faites contre seulement 6 à 8% en France. Mais son usage se démocratise néanmoins sur le vieux continent, surtout pour des raisons environnementales. La consommation de bois de construction en Europe devrait augmenter de 2,3 millions de m3 en 2021.

Lire > Le bois de construction, un outil pour enrayer les émissions de CO2

Entre 2020 et 2021, les différents confinements à travers le monde ont aussi incité les usagers à rénover leurs intérieurs. Cet accroissement de la demande a également bouleversé l’économie et la géopolitique du bois.

Toutes les scieries ne se sont pas arrêtées

Mais pendant que les Occidentaux étaient chez eux, pour certains à commander des meubles en bois sur internet, les scieries étaient à l’arrêt. “Surtout en Europe”, nuance Jean-Marc Roda, chercheur en économie, au Cirad, organisme français de recherche agronomique et de coopération internationale pour le développement durable des régions tropicales et méditerranéennes.

En France, la production de bois a chuté pendant le premier confinement : -32% en avril 2020 par rapport à 2019.

La déstabilisation du commerce maritime lié au Covid a aussi participé à dérégler les échanges internationaux de bois. Pendant la crise, des containers sont restés bloqués à vide au port d'Amsterdam ou de La Haye et n'ont pas pu acheminer le bois coupé ou manufacturé normalement à travers le monde.

D’autres pays ont profité de cette brèche pour tirer leur épingle du jeu… Et achever la mutation du commerce international du bois.

En s’imposant respectivement des droits de douanes pendant la présidence Trump, la Chine et les États-Unis avaient déjà déplacé l’équilibre commercial. “La Chine avait commencé à délocaliser ses usines de transformation de bois au Vietnam, en Malaisie et en Thaïlande pour continuer à vendre sur le marché américain, analyse Jean-Marc Roda. Ces usines n’ont pas cessé de fonctionner pendant les confinements, alors qu'une grande partie de l’Europe était à l’arrêt. Elles ont en revanche dû trouver de nouveaux fournisseurs de bois. La Suède, contrairement à ses voisins européens, a particulièrement bien exporté sa production”.

Avec 1 % de la forêt mondiale, la Suède découpe 80 millions de mètres cubes par an, génère 15% du bois récolté en Europe et 10% des exportations mondiales. Mästare ! (Champion !)

La filière française du bois en pleine relance

La forêt française est la quatrième plus grande d’Europe. Sa superficie a doublé depuis 1850, pour atteindre 15 millions d’hectares, soit plus du quart du territoire. Mais ces parcelles ne sont pas toutes exploitées à l'abattage d'arbres, car elles sont essentiellement détenues par des particuliers. L’Office national des forêts (ONF), le service public, n’est responsable que de 40 % des ventes de bois en France. 

Lire > Jusqu’où privatiser les forêts françaises ? 

Après le premier confinement, les scieurs qui s’approvisionnent sur la forêt française, ont tenté de répondre à la demande.

Désormais, l’activité a repris en France mais il faut courir deux fois plus vite pour rattraper le retard”, tance le chercheur Jean-Marc Roda.

Entre le dernier trimestre 2020 et le premier trimestre 2021, le chiffre d’affaires des scieries a connu une progression de plus de 10 %.

Malgré ce rebond, les grandes surfaces de bricolage peinent encore, mi-2021, à reconstituer leur stock. Même en allongeant la durée de travail des équipes, les scieries ne parviennent pas à dépasser les 120 % de capacité de production. En cause : le matériel. Ces petites structures n'ont pas les moyens d'investir dans de nouveaux équipements, et donc d'améliorer leur productivité. 

Le gouvernement est intervenu le 20 mai, en demandant de ne pas appliquer de pénalités en cas de retard lié “aux envolées des prix des matières premières ou aux pénuries d’approvisionnement”. Les collectivités ont été invitées à faire de même. 

Autre déséquilibre : la forêt française est aux trois quarts faite de feuillus mais les 1 100 scieries locales restent encore davantage calibrées pour la découpe des résineux.

Signe des lacunes françaises, l’État a, dans le cadre du Plan de relance, abondé le secteur de 200 millions d’euros, dont 150 millions pour le reboisement (plantation de 50 millions d'arbres), 15 millions pour la modernisation des scieries. 

Le marché du bois et dérivés en France en 2020

- Part de marché mondiale : 2,60% (-0,1pt par rapport à 2019)

- Rang mondial : 14 

- Poids de la filière : 60 milliards d'euros de chiffre d'affaires

- Emplois : 440 000 (plus que dans l'automobile)

- Solde commercial : - 6,4 milliards d'euros

Principal concurrent : Allemagne

Leader mondial : Chine 

Source : France Agrimer