Climat et énergie : une sortie du charbon en bonne voie grâce à l'accord de Paris ? 

Environnement

Climat et énergie : une sortie du charbon en bonne voie grâce à l'accord de Paris ? 

Depuis l’accord de Paris, la plupart des pays se sont accordés sur l’abandon de projets de nouvelles centrales à charbon. Mais la demande croissante d’électricité, liée à la reprise économique post-Covid, réinterroge notre dépendance à cette énergie fossile. 

Trois quarts des projets de nouvelles centrales à charbon ont été abandonnés depuis la signature de l'accord de Paris en 2015, selon un rapport de l’E3G paru en septembre 2021

En six ans, 44 pays ont renoncé à l’exploitation de nouvelles mines, et 40 autres seraient en passe de faire de même. En tout, c’est 1 175 gigawatts de projets planifiés annulés, alors que le charbon pèse dans le monde 2 200 gigawatts (selon l'Agence internationale de l'énergie (AEI) de l’OCDE, en 2018) et 35 % de la production d’électricité mondiale. 

Mais à la sortie de la crise économique liée au Covid-19, le réchauffement climatique, les relances et les tensions géopolitiques sont autant de facteurs qui stressent le marché électrique mondial. Et ralentissent la sortie du charbon. 

Lire aussi > Flambée des prix de l’électricité, comprendre ma facture 

Éco-mots

Mix énergétique

Répartition des différentes sources d’énergies utilisées pour les besoins énergétiques d'une zone géographique donnée. Au niveau mondial, il est dominé par les énergies fossiles.

Le charbon chinois au centre des crispations

Tous les projets de centrale à charbon doivent être annulés pour mettre fin à une « dépendance mortelle » à la plus polluante des énergies fossiles, enjoignait le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, en mars 2021. Et pour cause : le « king coal » génère près de la moitié des émissions de CO2 de la planète. Brûler une tonne de charbon émet 30 % de plus de gaz à effet de serre que de brûler une tonne de pétrole et 70 % de plus pour une tonne de gaz.

pollutionparenergie.png

L’organisation mondiale estime que l’utilisation de cette énergie fossile devrait diminuer de 79 % d’ici à la fin de la décennie pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris.

Lire aussi > La Pologne va-t-elle enfin laisser tomber le charbon ?

La prise de conscience de seulement six pays permettrait de réduire de 82 % les pipelines en projet de construction dans le monde. 

L’avenir du charbon mondial dépend de six pays

Ils concentrent la quasi-totalité des projets de nouvelles mines de charbon. L’Inde, le Vietnam, l’Indonésie, la Turquie, le Bangladesh mais surtout la Chine, à l’origine de la moitié des projets. 

- Le Japon est le seul pays du G7 qui construit encore de nouvelles centrales à charbon. Traumatisés par Fukushima, les Nippons avaient rapidement pivoté du nucléaire vers le charbon, passant de 26 % avant la catastrophe à 32,7 % de son mix énergétique. Dix ans plus tard, le gouvernement prévoit de redémarrer les centrales nucléaires, construire 25 centrales à charbon (en plus des 12 déjà réalisées depuis 2012) mais diminuer ses productions de gaz naturel et de pétrole. Des choix qui augmenteraient de 50% les émissions de CO2 du parc, par rapport à un scénario sans aucune construction de centrale à charbon.

- La Turquie est le seul pays de l'OCDE avec des projets de charbon planifiés financés par la Chine. 69 gigawatts de production envisagée ont néanmoins été annulés depuis 2015. La très récente annonce du président turc Recep Tayyip Erdogan de son intention de signer l’accord de Paris devrait être suivie d’un abandon des nouveaux projets de charbon. 

- 8% de l’énergie électrique actuelle du Bangladesh provient du charbon. En 2010, lors d’un « plan directeur énergétique », le gouvernement a misé sur cette ressource, notamment pour son coût bas. Mais la baisse des prix du solaire et du gaz naturel, base de son mix énergétique, ainsi qu’une forte mobilisation populaire l'ont fait changer d’avis : sur les 18 centrales électriques au charbon prévues, il en annule 10. D’ici à 2041, le Bangladesh prévoit de faire monter les énergies renouvelables à 40 % de sa production d’électricité, contre 3,5 % aujourd’hui.

Entre janvier et septembre 2021, 27 gigawatts de nouvelles capacités de production d'électricité au charbon ont été approuvées en Chine. C’est sept fois plus qu'en 2019. Une manière de doper la reprise économique post-covid du pays. 

Avec plus de 50 % des projets mondiaux en construction, la Chine tire toutes les statistiques vers le haut, alors que tous les autres pays tentent de réduire leur dépendance au charbon.

evolutioncharbonchine.png

Si à l’intérieur des frontières, l’Empire du milieu n’a pas l’air de pivoter vers un autre modèle énergétique, le président Xi Jinping a néanmoins annoncé fin septembre : « La Chine intensifiera son soutien aux autres pays en développement dans le développement d'énergies vertes et à faible émission de carbone, et ne construira pas de nouveaux projets d'électricité au charbon à l'étranger. »

Cette décision éviterait la production de 40 gigawatts au sein de 11 projets dans huit pays, notamment en Afrique.

Une demande d'énergie toujours plus forte 

Si le monde tarde à se défaire de cette ressource, c’est qu’en dépit de son extrême capacité à polluer et les risques qu’elle représente pour la santé des mineurs, elle est peu chère et pratique.

En comparaison, les prix du gaz naturel, particulièrement élevés en ce moment, n’incitent pas au déclin structurel du charbon. Les énergies renouvelables, de plus en plus compétitives, pourraient en revanche représenter une occasion de sortir de ce modèle énergétique. À une nuance près… Extrait de mines à ciel ouvert, le charbon est transportable par train et facilement stockable, contrairement aux batteries électriques.

En Chiffres

+ 4,6 %

C'est la hausse de la consommation mondiale d'électricité estimée pour l'année 2021 par rapport à 2020, selon l'AEI.

Aussi, les réserves de houille sont estimées à 1 074 gigatonnes, soit l’équivalent de 139 ans à notre rythme actuel de consommation (contre 50 ans pour les autres énergies fossiles comme le pétrole ou le gaz naturel). 

Lire notre série > Climat : une dépendance coupable au charbon 

L’une des explications de notre dépendance au charbon tient dans la demande croissante en énergie. La consommation mondiale d’électricité, toutes origines confondues, est estimée à + 4,6% en 2021 (+ 0,5% par rapport à 2019), largement stimulée par les nouveaux besoins en électricité des pays émergents – 70 % de la hausse leur est attribuée. 

Pour répondre à ce besoin, et malgré l’abandon de certains projets de centrales, le recours au charbon pourrait recommencer à augmenter. L’AEI estime à + 2,6 % la hausse de la consommation mondiale en 2021, alors qu’elle avait tendance à baisser (- 1,8 % en 2019, et - 5 % en 2020, année particulière du fait de la pandémie).

mixenergetique.png

Même au sein de l’Union européenne et aux États-Unis (10 % de la consommation mondiale de charbon), où il baissait depuis une dizaine d’années, sa part dans le mix énergétique a augmenté. La plupart des pays de l’Union sont néanmoins engagés à ne pas ouvrir de nouvelles centrales. 

2022, la fin du Charbon en France 

Trois unités d'EDF à Cordemais et au Havre, deux d'Uniper à Saint-Avold et Gardanne brûlent encore du charbon en France. En avril 2019, le gouvernement annonçait leur fermeture à l’horizon 2022. En 2019, le charbon représentait encore 4 % du mix énergétique français, contre 11 % en 1990. Pour pallier le manque, le gouvernement mise sur l’optimisation des arrêts de maintenance de son parc nucléaire et une consommation électrique maîtrisée. 

Lire aussi > [Reportage à Gardanne] Fermeture des centrales à charbon, que faire des salariés ?

Au sein de l’OCDE et de l’UE 28, beaucoup d’infrastructures ont été démantelées depuis 2010 : 411 gigawatts (56 %) du charbon en exploitation de l'OCDE et 217 gigawatts de l'UE 28, où 194 gigawatts supplémentaires devraient encore être mis hors service d'ici à 2030. 

Reste qu'encore 291 gigawatts produits au sein de l’OCDE ou de l’UE 28 (40 %) ne sont pas concernés par un plan de fermeture. Contre 165 gigawatts aux États-Unis, entre 26 et 28 gigawatts chacun au Japon, en Pologne et en Corée du Sud, 19 gigawatts en Australie, 18 gigawatts en Turquie et 7 gigawatts en Tchécoslovaquie. 

La restructuration du marché mondial de l’électricité et la sortie des énergies fossiles devraient être au cœur des discussions de la COP 26 des Nations unies à Glasgow en novembre. Moment idéal pour convaincre les derniers récalcitrants à sortir du charbon ?