Débat. Les énergies renouvelables créent-elles des emplois ?

Environnement

Débat. Les énergies renouvelables créent-elles des emplois ?

Face au réchauffement climatique causé par les rejets de CO2, passer des énergies fossiles aux énergies renouvelables constitue l'un des défis de notre société. Ces dernières apportent une solution aux besoins  en énergie. Mais leur développement sera-t-il gage d’emploi ? Débat.=

« Oui, les énergies renouvelables sont un domaine d’avenir pour l’emploi »

Depuis le début des années 2000, la société réalise que notre système de consommation n’est pas idéal. Trois problèmes menacent notre avenir : la pollution, les déchets et l’épuisement des ressources naturelles. Il existe une solution pour tous les trois : le passage aux énergies renouvelables. Elles sont propres, laissent moins de déchets et existent en quantité illimitée. L’État attache une importance accrue à la création d’emplois dans ce domaine, pour réussir sa transition énergétique.

Éco-mots

Énergies renouvelables 

Ensemble de moyens de produire de l’énergie à partir des ressources théoriquement illimitées à l’échelle humaine : l’éolien, le solaire, l’hydraulique, les barrages, les marées motrices, la géothermie et la biomasse. Elles sont source de profit et offrent un taux de rendement important à moyen ou long terme.

Les énergies fossiles n’étant pas illimitées et commençant à se raréfier, de nombreux salariés de ce secteur ont un emploi appelé à disparaître, par exemple dans les centrales thermiques ou nucléaires. Il s’agit donc d’emplois de plus en plus instables. La conversion aux énergies renouvelables permettrait à ce secteur d’activité de ne pas subir une chute brutale du taux d’emploi.

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En Chiffres

11 millions

C'est le nombre de personnes dans le monde qui travaillent dans les énergies renouvelables, 700 000 emplois ont été créés en 2018. La Chine représente 39 % des emplois, l’éolien 44 %. Le solaire concerne 3,6 millions de postes et les biocarburants ont créé plus de deux millions d’emplois en 2018. En France, la transition énergétique pourrait créer jusqu’à 900 000 emplois d’ici à 2050.

De 2006 à 2008, le nombre d’emplois dans les énergies renouvelables a augmenté de 38 %. Le site CleanTech avait prévu une hausse de 10 % en 2008 et le doublement du nombre d’emploi du secteur en 2012.

Selon les statistiques actuelles, cette hausse s’est stabilisée ; les taux d’emploi variant selon les filières. Le photovoltaïque recrutait beaucoup entre 2009 et 2012, moins aujourd’hui ; actuellement c’est l’hydraulique qui recrute le plus, et l’éolien embauche entre 2 000 et 2 500 salariés par an.

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Marché de l’emploi 

Lieu de rencontre des offres et des demandes d’emploi. L’offre est celle des individus qui recherchent un emploi contre un salaire. La demande est formulée par les entreprises qui recherchent une force de travail en échange du versement d’une rémunération. L’équilibre se fait en fonction du salaire, des perspectives de croissance, de la productivité et des attentes des clients.

Dans l’accord de Paris, signé le 4 novembre 2016, l’Union européenne s’est donné comme objectif d’atteindre 27 % d’énergies renouvelables dans sa consommation finale en 2030, la France s’étant fixé, elle, 32 %. Les prévisions sont de 300 000 emplois supplémentaires dans ce domaine en France à la même date.

L’évolution des dépenses d’investissement dans les énergies renouvelables et de récupération s’est stabilisée depuis 2012 autour de 7 milliards d’euros par an. C’est énorme ! Tous ces facteurs et ces prévisions prouvent que les énergies renouvelables sont un domaine d’avenir pour l’emploi.

Khelifa Meradji est élève de terminale STMG option Ressources Humaines et Communication au lycée Icof de Lyon.

Pas vraiment, non !

La France a pour objectif de bannir progressivement la production d’énergie nucléaire tout en investissant dans les différentes énergies renouvelables.

Elle n’a malheureusement pas su développer suffisamment son secteur industriel dans l’énergie renouvelable comme dans le domaine du solaire photovoltaïque. La conséquence de ce manque de réactivité entraîne un recours à des importations massives de matériaux chinois.

Cette concurrence ne favorisera pas les emplois français dans ce secteur. Cette inertie a également impacté d’autres renouvelables comme l’éolien, puisque d’autres pays ont su l’exploiter plus rapidement que nous. Nous nous situons actuellement à la neuvième place du classement européen.

À lire Promesses et limites de la croissance verte

Une étude américaine réalisée en 2010 s’est interrogée sur de possibles créations d’emplois « verts ». Elle démontre qu’il faut trois emplois pour produire 100 gigawatts dans le nucléaire contre neuf dans le renouvelable. On pourrait alors se dire qu’effectivement, les énergies renouvelables vont créer de l’emploi.

Cependant, il est à noter que, dans l’énergie renouvelable, plus de la moitié des emplois est liée aux phases de construction et d’installation des systèmes. Ces emplois ne seront pas pérennes. Si nous prenons le nombre d’emplois de maintenance et d’exploitation des parcs éoliens terminés, nous arriverons, à terme, aux mêmes effectifs que dans le nucléaire. Y a-t-il alors vraiment création d’emplois ?

Le gouvernement français avait promis une évolution des emplois dans le secteur de l’énergie verte suite au Grenelle de l’environnement, en 2007. Cependant, les résultats obtenus sont très loin des engagements et sont à ce jour 10 fois moins importants.

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Grenelle de l’environnement 

Série de rencontres politiques organisées en France en septembre et décembre 2007, visant à prendre des décisions à long terme en matière d’environnement et de développement durable, en particulier pour restaurer la biodiversité, pour plus de cohérence écologique, tout en diminuant les émissions de gaz à effet de serre et en améliorant l’efficience énergétique.

L’énergie renouvelable nous est présentée comme une amélioration durable de la qualité de vie. En revanche, la balance des emplois reste négative à ce jour pour les énergies vertes.

Clément Carteron est élève de Terminale STMG option Mercatique au Lycée Icof de Lyon.