Développement durable : quelles alternatives au plastique ?

Environnement

Développement durable : quelles alternatives au plastique ?

La pandémie a réduit à néant les efforts menés depuis des années pour limiter la pollution due au plastique. Pour autant, il est nécessaire de lui trouver des substituts. Tour d'horizon. 

L’un des effets inattendus et indésirables de la crise du Covid-19 est d’avoir remis sur le devant de la scène le problème du plastique. À travers la planète, masques, gants, visières, lingettes nettoyantes et flacons de gel hydroalcoolique ont fait leur entrée dans la vie quotidienne.

Les emballages et suremballages sont réapparus dans les rayons des magasins pour protéger les denrées alimentaires de la contamination. Écrans ou protections de Plexiglas ont été érigés partout. Quant aux plastiques à usage unique, qui avaient fait l’objet d’une interdiction au sein de l’Union européenne et devaient être éradiqués en 2040, ils sont revenus en force : gobelets, assiettes et couverts, bouteilles d’eau…

À lire : Les contradictions des multinationales sur le plastique

En quelques semaines, la pandémie a réduit à néant les efforts menés depuis des années pour limiter la pollution due au plastique. Faut-il en conclure que nous ne pourrons jamais nous en passer. 

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Un matériau sanitairement sécure

« Il y a des plastiques absolument partout, dans tous les secteurs d’activité, car il permet énormément d’usages, avec une vraie valeur ajoutée, grâce à ses qualités physiques, en particulier la légèreté », réagit Jean Martin, délégué général de la Fédération de la plasturgie et des composites.

Comme l’a montré la crise, le plastique offre de plus une sécurité sanitaire supérieure à celle d’autres matériaux. Il est d’ailleurs très largement utilisé pour produire du matériel médical. Le plastique est aussi devenu incontournable dans l’aéronautique ou l’automobile : le remplacer par un autre matériau conduirait à alourdir considérablement le poids des engins, et donc à accroître la consommation de carburants…

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Alors, comment continuer à bénéficier des atouts du plastique sans en subir les inconvénients ? Les innovations scientifiques et techniques contribuent au développement de nouvelles solutions. Plusieurs pistes sont explorées, en particulier le recyclage des plastiques existants et le développement de nouveaux matériaux, au cycle de vie plus vertueux.

En effet, le principal problème posé par le plastique, c’est le recyclage. Si chaque type de molécule plastique se recycle aisément quand elle est utilisée seule, il n’en va pas de même lorsqu’elles sont associées sous forme de composites. Il faudrait en fait les séparer pour les recycler efficacement. Une opération complexe et coûteuse, puisque quasiment tous les produits à base de plastique sont des composites.

L’une des solutions pour l’avenir est donc de développer l’écoconception : concevoir dès le départ des produits plus faciles à recycler, surtout tous les plastiques servant à l’emballage, ce qui représente environ 40 % du plastique consommé en France et qui finiront inévitablement par être jetés.

Des substituts coûteux

C’est l’un des grands axes de recherche de l’industrie du packaging qui élabore des solutions innovantes (voir page suivante) pour créer des boîtes, des tubes ou des films biodégradables ou recyclables. Mais le consommateur, s’il s’insurge contre le plastique déversé dans les océans, n’est pas toujours d’accord y renoncer au profit des innovations.

Un exemple : le film en plastique transparent servant à confectionner les sachets de salade vendus en supermarché avait été remplacé par un produit plus écologique, mais les consommateurs l’ont boudé, car il faisait trop de bruit… et l’ancien plastique est revenu. Et puis la rentabilité économique du recyclage reste insuffisante – et d’autant plus faible que le prix du pétrole est bas, ce qui est le cas actuellement.

L’autre axe de recherche consiste à trouver des substituts au plastique, quand c’est possible. Les bioplastiques, ou plastiques biosourcés, sont issus de matières végétales comme les amidons issus de la betterave, du maïs ou de la canne à sucre. D’autres produits sont utilisés : algues, protéine du lait ou carapaces de crevette.

Mais ces plastiques posent d’autres problèmes, notamment celui de leur prix de revient, largement supérieur à ceux des plastiques classiques. Ils sont également moins solides, limitant les possibilités d’usage. Et là encore, disposer d’un matériau biodégradable ne résout pas tous les problèmes.

La marque Yumi, qui utilise un plastique biosourcé pour ses jus de légumes, a écopé d’un malus écologique, car ses bouteilles perturbent les chaînes de recyclage des bouteilles PET, utilisées pour la plupart des boissons.
Ces difficultés démontrent que si les solutions technologiques existent, le futur du plastique est avant tout un enjeu global qui touche à la fois les industriels, les consommateurs et les recycleurs. C’est également un enjeu citoyen, car le meilleur plastique du monde ne pourra jamais être recyclé correctement s’il est jeté dans la nature.

Les pionniers de l’après…


- Les tubes mi-plastique mi-carton

Le premier emballage cosmétique mi-plastique mi-carton est présent depuis mai dernier dans les rayonnages des pharmacies. La gamme de crèmes solaires Anthelios de La Roche-Posay, une marque du groupe L’Oréal, est désormais présentée dans des tubes innovants, conçus par la société française Albéa. Le corps du tube est fabriqué à partir d’un carton résistant aux corps gras et compatible avec les cosmétiques. La quantité de plastique contenue dans le tube est inférieure de 45 % par rapport à un tube classique. Une analyse de cycle de vie a permis de démontrer que la gamme de soins de la marque affichait l’empreinte carbone la plus faible dans sa catégorie.

- Vaisselle en agar-agar

Ari Jónsson, un chercheur islandais, a conçu une bouteille biodégradable à base d’agar-agar, un gélifiant couramment utilisé en cuisine et pâtisserie. L’agar-agar, mélangé à de l’eau, donne une pâte qui peut être chauffée et moulée, puis refroidie pour prendre la forme d’une bouteille. Cette bouteille est donc 100 % naturelle biodégradable : elle peut même être mangée sans dommage pour la santé. En revanche, du fait de sa fragilité, le procédé expérimental n’a pas été déployé à l’échelle industrielle. Sur le même principe, il est possible de fabriquer d’autres objets pour remplacer la version plastique : gobelets, assiettes, boîtes de conservation pour les aliments…

- Pailles en noyaux d’avocat

Le développement exponentiel de la culture de l’avocat dans le monde a donné l’idée aux chercheurs de fabriquer un matériau à partir des noyaux du fruit, jusqu’à présent peu exploités. Une société mexicaine est parvenue à produire un biopolymère à partir de ces noyaux. Ce matériau se décompose au fil du temps : il est biodégradable en 240 jours, contre plusieurs siècles pour le plastique traditionnel. De ce fait, il est utilisé pour fabriquer des produits à courte durée de vie : pailles pour les boissons, couverts… La société mexicaine Biofase, qui s’est spécialisée sur ce créneau, utilise ainsi 15 tonnes de noyaux d’avocats par jour. Ce matériau, en outre, revient beaucoup moins cher à fabriquer que d’autres matières biosourcées.

- Bouteille en fibres de lin

Mélanger des fibres de lin à des résines naturelles permet d’obtenir un matériau résistant, mais biodégradable, de surcroît trois fois plus léger que le verre. Cette technologie développée par la start-up française Green Gen Technologies peut donc être utilisée pour remplacer les bouteilles plastique, fabriquer des gobelets, des gourdes… Elle est issue de productions locales pour la France est le premier producteur mondial de lin, mais d’autres fibres végétales telles que le chanvre ou le bambou peuvent également être employées.

- Une déco en déchets

Avec ses petites taches de couleur, Le Pavé a l’allure d’un terrazzo très apprécié en décoration d’intérieur. Ce matériau issu d’une technologie développée par l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles est issu de déchets plastiques, il est 100 % recyclé et recyclable. L’entreprise française SAS Minimum s’est spécialisée dans la fabrication de ce produit qui peut avoir de multiples usages : revêtements de sol, matériau pour créer des cuisines ou des meubles…

- Une enzyme mangeuse de plastique

Pour résoudre le problème de la décomposition du plastique, des chercheurs ont mis au point une technologie en partenariat avec l’INSA de Toulouse. Une enzyme incorporée dans le plastique dès sa conception permet au matériau de se dégrader à température ambiante, rendant possible par exemple un compostage domestique plutôt qu’industriel.

- Du film à base de lait

À partir de la protéine du lait, la caséine, la société Lactips produit des granulés de plastique hydrosoluble, biodégradable et même comestible. Ces granulés peuvent être transformés en films pour l’emballage de produits alimentaires, mais d’autres applications existent. Cette technologie permet en outre d’utiliser des stocks de lait impropres à la consommation.