EDF et les prix de l’électricité : tout comprendre à l’Arenh

Environnement

EDF et les prix de l’électricité : tout comprendre à l’Arenh

EDF est contraint de vendre une part importante de sa production d’électricité nucléaire en dessous de ce que ça lui coûte. On vous explique pourquoi.

Pour limiter la perte de pouvoir d’achat liée à la hausse des prix de l’énergie, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire tente le tout pour le tout. Après le chèque énergie en novembre, le gouvernement a annoncé le 13 janvier 2022 un plus large Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique (Arenh). Ce mécanisme économique vieux de onze ans propose, aux fournisseurs alternatifs, une quantité limitée d’électricité à un tarif préférentiel.

Deux semaines plus tard, mercredi 26 janvier, les employés d’EDF descendent dans la rue pour protester. Pour l’Éco vous explique pourquoi en quatre points.

Éco-mots

Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique (Arenh)

Quota d’électricité nucléaire produite par EDF et réservé aux fournisseurs alternatifs à un tarif fixé par les pouvoirs publics, depuis le 11 juillet 2011, et jusqu’en 2025.

1. Pourquoi cette décision maintenant ?

Le marché de l’énergie subit des tensions sans précédent. Les explications sont géopolitiques – tensions sur la livraison de gaz russe notamment –, météorologiques – l’Europe du Nord a manqué de vent – et environnementales – réflexion et diverses décisions sur les conséquences climatiques de la production d’énergie.

Lire aussi > Gaz : pourquoi la Russie fait-elle monter les prix ?  

Résultat, les prix grimpent : le gouvernement prévoyait fin septembre une augmentation de 12 % des tarifs si rien n’était fait. Selon les dernières estimations, cette hausse aurait finalement dû dépasser les 45 % au 1er février, de quoi peser lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages et rogner les marges des entreprises industrielles.

À quelques semaines de l’élection présidentielle, l’ambition du gouvernement est aussi de préserver à tout prix le pouvoir d’achat des ménages, qui subissent en parallèle une hausse importante des prix du carburant.

Lire aussi > Pourquoi l’État intervient-il dans le marché de l’énergie ?

2. Combien ça représente ?

Un quart de la production d’électricité nucléaire d’EDF est vendu à un tarif fixé par les pouvoirs publics, l’Arenh. Entré en vigueur en 2011, ce tarif portait sur 100 térawattheures (tWh). « La finalité de l’ARENH est double : permettre aux fournisseurs de concurrencer l’opérateur historique, d’une part, éviter que le prix du kWh payé par le consommateur final soit en grande partie déterminé par un prix de gros dépendant du coût des énergies fossiles importées alors que le parc électrique français est largement décarboné, d’autre part » racontait Jacques Percebois, économiste spécialiste du marché de l'énergie, dans un article scientifique publié en 2020

Pour la première fois en 2022, le volume de l’Arenh a été élargi à 120 tWh, et c’est ce qui inquiète l’entreprise publique. Sur ce quota, EDF ne choisit pas le prix de vente de son électricité sur le marché de gros, contrairement au reste de sa production.

Électricité en France, quelques ordres de grandeur

EDF a produit 501,9 tWh en 2020 dont 76,5 % grâce au nucléaire. À titre de comparaison, la consommation française s’étabilit à 475 tWh. 37,8 % pour les ménages et 15,7 % pour l’industrie (métallurgie, construction automobile, chimie, transports ferroviaires, sidérurgie, papier carton, énergie). Un foyer consomme en moyenne 4 679 kWh (0,000 004 679 tWh), soit une dépense de 729 euros par an.

Lire aussi > Flambée des prix de l’électricité : quelles conséquences sur ma facture d’électricité ?

Éco-mots

Mix électrique

Répartition des différentes sources d’énergie utilisées pour les besoins électriques d’une zone géographique donnée. En France, il se compose de 67,1 % de nucléaire, 13 % d’hydraulique, 7,9 % d’éolien, 7, 5 % de thermique fossile, 2,5 % de solaire et de 1,9 % de bioénergies.

4. 40, 42, 46,20 €… Pourquoi ce prix ?

La Commission de régulation de l’énergie (CRE) détermine le montant. À l’origine, le prix avait été fixé à 40 euros le mégawattheure (€/mWh). Il a été relevé le 1er janvier 2012 à 42 €/mWh.

Du 1er avril au 31 décembre 2022, le prix de l’Arenh passera à 46,20 €/mWh pour compenser la hausse des coûts de production de l’énergie. Il tient compte des coûts d’exploitation, des coûts d’investissements de maintenance ou nécessaires à l’extension de la durée de l’autorisation d’exploitation, des coûts en prévision des futures charges des exploitants d’installations nucléaires.

Des tarifs qui limitent la compétitivité des autres sources d’énergie

Que ce soit 40 ou 46,20 €, ce tarif est critiqué par les fournisseurs d’énergie verte. Il est, selon eux, maintenu artificiellement bas et n’intègre pas l’intégralité des coûts de la production nucléaire - notamment l’enfouissement des déchets radioactifs. Il ne permet pas non plus aux autres types de production d’énergie émergents, d’être compétitifs.

Tout l’enjeu pour un fournisseur d’électricité consiste à choisir où acheter son électricité. Deux options s’offrent à lui.

Premièrement, sur les marchés, où les prix fluctuent beaucoup - entre + 2 000 et - 500 €/MWh depuis 2009 -, et peuvent donc descendre bien plus bas que le montant de l’Arenh. Ce fût le cas en 2016 : les prix du pétrole, du gaz et des énergies renouvelables étaient tellement bas que la demande d'Arenh par les fourinisseurs alternatifs, cette année-là, a été nulle.

Deuxièmement, auprès d’EDF, où il est plus avantageux d’acheter au tarif réglementé quand les prix augmentent, comme c’est le cas dernièrement.

L’accès à ce tarif est néanmoins limité en quantité.

En Chiffres

8

milliards euros de pertes, selon EDF.

3. 100 tWh, est-ce suffisant ?

On l’a dit, la quantité d’électricité à bas prix a été augmentée pour la première fois en 2022. Elle s’élève à 120 TWh, contre 100 TWh prévus par le dispositif.

L’élargissement du volume à tarif préférentiel fait suite à une demande accrue des clients d’EDF. « Tous les six mois, les fournisseurs alternatifs déposent auprès de la CRE le volume d’électricité qu’ils souhaitent acheter à EDF pour l’année suivante au titre de l’Arenh », explique Omnegy, agence de conseil en contrats d’énergie.

En temps normal, si la demande dépasse le volume de l’Arenh, la CRE applique un abattement sur chaque demande des fournisseurs, pour respecter le montant total de 100 TWh. On parle alors d’écrêtement. Le premier écrêtement a eu lieu fin 2018, pour la livraison effectuée en 2019.

Éco-mots

Écrêtement

Calcul et répartition du volume d’électricité octroyé à chaque fournisseur alternatif en deçà de leur demande, pour ne pas dépasser l’enveloppe globale de l’Arenh.

Lire aussi > EDF : un futur assombri par les dettes et la concurrence

Même avec l’élargissement du volume de l’Arenh, la CRE ne pourra pas satisfaire tous les fournisseurs alternatifs. Pour 2022, ils avaient demandé 160,5 TWh. La CRE ne leur octroiera que 62,48 % de l’électricité commandée. Mais pourquoi pas plus ?

4. Qui va payer le manque à gagner ?

Quand le prix de l’électricité est haut sur le marché de gros, EDF perd de l'argent sur chaque tWh vendu au prix de l’Arenh. Et l’augmentation du prix du mWh à 46,20 € ne compense pas l’élargissement du volume de l’Arenh de 100 à 120 tWh.

EDF estime la perte à huit milliards d’euros. Un chiffre que le gouvernement nie : « Au pire, le mécanisme devrait "coûter" trois milliards d’euros à l’électricien français, explique une source gouvernementale. Les 5 milliards restants sont un manque d’opportunité du fait qu’EDF ne vendra pas cette électricité au prix fort », rapportait le journal Les Échos.

L’organisation syndicale d’EDF dénonce une « extorsion encadrée de sa production au profit de ses concurrents ».