Face aux pénuries d’énergie, l’Europe sera-t-elle solidaire ?

Environnement

Face aux pénuries d’énergie, l’Europe sera-t-elle solidaire ?

Face à la crise énergétique, L'Europe tente de rester unie. Mais les intérêts entre les pays divergent. Et le couple franco-allemand bat déjà de l'aile.

Les exposés de ces pages s’inscrivent dans le cadre d’un cours de rhétorique, ils ne reflètent en rien les opinions des intervenants

Non, les 27 finiront désunis face à la crise

Mathilde Suman, étudiante en PGE2 à l’IPAG Business School

Face à la crise énergétique que l’Europe devra affronter cet hiver, la désunion des pays de l’UE est très probable. L’Union européenne est avant tout une institution économique qui permet le libre-échange et fournit de nombreux avantages. Mais face à des problèmes majeurs, les États, confrontés à leur opinion publique, préféreront se sauver individuellement plutôt que de lutter ensemble.

Mentionnons d’abord les problèmes d’iniquité au sein de l’Union : des pays de second rang comme la Hongrie ne sont pas soumis à certaines contraintes écologiques telles que les quotas d’émissions de CO2.

Éco-mots

Quotas d’émissions 

Marché sur lequel des organisations achètent et vendent des permis d’émission de produits polluants (ou des droits à polluer).

Cela leur permet d’utiliser tout type de combustible, par exemple le charbon, pour alimenter leur industrie, sans peur des sanctions, là où des entreprises françaises équivalentes risqueraient la fermeture. Déjà plus de 300 entreprises françaises très consommatrices d’électricité ont alerté le gouvernement sur le risque de faillite, lié à la hausse des prix de l’énergie.

De plus, cette crise énergétique est étroitement corrélée au conflit russo-ukrainien. La Russie est le fournisseur principal de nombreux pays européens : la Pologne, l’Allemagne ou encore l’Autriche sont dépendants du gaz russe à plus de 50 %.

La prise de position pro-Ukraine et les sanctions imposées à la Russie deviennent ainsi des éléments de division. L’Italie et l’Allemagne étaient plutôt en désaccord avec cette exclusion totale de la Russie du système économique européen à cause de son emprise sur le marché des énergies fossiles.

On peut parler d’effet boomerang, Gazprom, la société principale d’extraction de gaz russe, s’amuse à narguer les dirigeants européens en leur promettant « l’enfer » cet hiver.

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Il est donc probable qu’avec la saison froide qui approche, de nombreux pays européens céderont à la pression que créent les pénuries d’énergie et seront forcés de rétablir des liens économiques avec la Russie, pendant que d’autres, moins dépendants, tiendront bon. L’Union sera désunie.

Oui, ce sera dur, mais c’est dans l’intérêt de tous

Marianne Carvalho, étudiante en PGE2 à l’IPAG Business School

Le 24 février dernier, la Russie a envahi l’Ukraine, créant un bouleversement géopolitique et économique. Entre soutien politique à l’Ukraine, aide militaire et dépendance énergétique, l’UE est au cœur de ce conflit. L’énergie représente en valelur entre 50 % et 75 % des importations européennes et plus de 155 milliards de mètres cubes de gaz russe arrivent en Europe par gazoduc… des chiffres faramineux qui interpellent.

Ces ressources énergétiques sont essentielles dans la vie quotidienne d’un pays puisqu’elles sont synonymes d’électricité, de chauffage et de mobilité. D’ailleurs, malgré la guerre en Ukraine, la demande d’énergie reste forte, ce qui fait monter le prix de cette ressource. Le boycott de la Russie pousse les états à trouver de nouvelles sources d’approvisionnement. Un nouveau plan d’action a été proposé par la Commission européenne afin d’extraire l’UE de cette dépendance au gaz russe.

REPowerEU pourrait voir le jour avant 2027, mais d’ici là, d’autres actions devront être menées. Les 27 États membres de l’UE se sont déjà engagés à être solidaires entre eux, à partager ces ressources et à subvenir aux besoins des pays les plus dépendants de la Russie. 

Éco-mots

REPowerEU 

Plan d’action européen visant à rendre l’UE indépendante des combustibles fossiles d’ici 2027. Il repose sur trois piliers : diversification des approvisionnements en gaz, réduction de l’utilisation des énergies fossiles, développement des énergies renouvelables.

Par exemple, l’UE s’est déjà engagée à diminuer de 15 % la consommation de gaz sur les prochains mois et les grandes villes montrent l’exemple. Paris a déjà diminué sa consommation d’électricité. Des bâtiments emblématiques tels que la tour Eiffel et le Louvre, ont modifié l’intensité et la durée de leur éclairage. Des universités limitent leur chauffage et prévoient déjà leur fermeture pendant plusieurs semaines afin d’économiser ces ressources précieuses.

Augmenter de 1°C la température ambiante contribue à une hausse de 6 % à 11 % de sa consommation énergétique. En Allemagne, les bâtiments municipaux baissent le chauffage et les piscines municipales coupent l’eau chaude, des forfaits de transport sont mis à disposition afin de ralentir la consommation d’essence. Entre aide financière de l’état, dispositif de restriction et prise de conscience de la population, c’est toute l’UE qui fait face, solidaire, à cette pénurie énergétique.