GIEC : qu'est-ce que « l'adaptation », encouragée par le rapport ?

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GIEC : qu'est-ce que « l'adaptation », encouragée par le rapport ?

Le 6e rapport du GIEC prône l’adaptation par rapport au changement climatique. Mais qu’est-ce que l’adaptation ? Quel est son coût et et quels sont ses enjeux ?

En pleine crise ukrainienne, le sixième rapport du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) est passé quelque peu inaperçu. Mais le deuxième volet de ce rapport, basé sur l’analyse de 34 000 études scientifiques et consacré aux impacts du réchauffement climatique et la façon de se préparer pour limiter les risques, est paru ce 28 février. 

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L’adaptation, une urgence actuelle

Le rapport du GIEC préconise l’adaptation, qui serait l’une des solutions pour lutter contre le réchauffement climatique. L’adaptation est définie par Virginie Duvat, qui a participé aux travaux du GIEC, comme « l’ensemble des politiques et des mesures qui permettent de réduire les impacts du changement climatique ». 

Les réalités derrière ce mot peuvent grandement varier selon les régions du monde. Concrètement, cela peut être la mise en place de pôles de verdures dans les grandes métropoles pour lutter contre la chaleur, des plans de gestion de l’eau dans les endroits de la planète où elle manque, la mise en place de quotas de pêche, des sols agricoles qui permettent une meilleure absorption de l’eau de pluie, une amélioration des normes de construction dans le bâtiment pour mieux faire face aux catastrophes naturelles ou être moins énergivores…

L’association The Shifters a résumé l’objectif de l’adaptation : « Parvenir à un état dans lequel les systèmes humains et naturels parviennent à maintenir leurs fonctions essentielles et leur capacité d’adaptation face aux chocs climatiques. » 

De nombreux progrès dans la mise en place de l’adaptation ont déjà été observés : développement de l’agro-écologie, mesures de préservation de la biodiversité... Mais le rapport montre l’écart existant entre les niveaux actuels et ceux requis.

Ne pas confondre Adaptation et Atténuation

Autre mot clé dans les rapports du GIEC, l’atténuation désigne les mesures destinées à stabiliser ou réduire les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Cela peut-être par exemple la fermeture de centrales à charbon, des mesures visant à réduire le trafic automobile… L’Adaptation concerne elle, l’aptitude d’un système à s’ajuster au changement climatique pour en modérer les éventuelles conséquences ou à gérer les conséquences des incidences qui ne peuvent pas être évitées. 

Selon l’experte, « il faut agir vite puisque la réduction des émissions de gaz à effet de serre ne va pas suffire ». L’enjeu est dès lors de se diriger vers une « adaptation transformationnelle », pour révolutionner nos territoires et nos modes de vie. Il faut à tout prix, par exemple lorsque les littéraux sont menacés par la montée des eaux, « relocaliser, en déplaçant la population, les infrastructures et les activités vers l’intérieur des terres, dans des zones plus sûres ». 

Mais Virginie Duvat sait que cette adaptation risque d’être bloquée par de nombreux politiques : « cela demande énormément de courage politique, car il faut travailler sur l’acceptabilité sociale, ajuster les institutions et prévoir des investissements importants ». Et le risque d'attendre est, selon l'experte, de voir une augmentation des coûts et une augmentation des dommages, qui pourraient affecter à terme la croissance économique des pays.

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Le rapport du GIEC met aussi en garde contre la "maladaptation", c’est-à-dire des mesures qui permettent de s’adapter au dérèglement climatique, mais aux conséquences négatives. Par exemple, dans les métropoles, l’installation généralisée de la climatisation dans les logements. Cette dernière aide en effet les plus aisés à diminuer la chaleur dans leur domicile, mais au détriment du reste des habitants, qui voient l’air de la ville se réchauffer encore davantage. 

Le rapport cite aussi l’exemple des digues sur le littoral, qui sont parfois des solutions appropriées, mais peuvent aussi dans d’autres cas donner un sentiment injustifié de sécurité, bloquer le changement et finalement renforcer les coûts et dommages le jour où elles sont dépassées. « C’est ce qui s’est passé avec Katrina à l’été 2005, aux Etats-Unis, explique l’écologue et géographe Wolfgang Cramer, l’un des contributeurs du rapport, à 20 Minutes. L’ouragan a provoqué des inondations qui ont rapidement eu raison du système de digues qui était censé protéger La Nouvelle-Orléans, construite sous le niveau de la mer et entourée de lacs. »

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Des investissements nécessaires

En 2010, un rapport du Conseil économique pour le développement durable estimait que les coûts de cette adaptation pourraient se situer entre 1 et 6 milliards de dollars par an pour la France, tout en précisant que ces chiffres devaient être considérés « avec beaucoup de précaution compte tenu de la simplicité des méthodes utilisées qui sur-pondèrent les coûts d’investissement mais néglige les coûts de fonctionnement ».

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Rassemblement d’experts scientifiques, le GIEC n’a pas réalisé de chiffrage économique sur l’adaptation, mais Virginie Duvat estime que cela « coûtera de nombreux milliards », car les projets sont gigantesques. Elle déplore le choix fait ces dernières années de placer « une grande partie des investissements financiers sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, et non sur l’adaptation. »

Ces projets soulèvent des questions foncières. Pour relocaliser, il faut du foncier disponible, ou alors du foncier public ou acheté par l’Etat. Des procédures et un grand nombre de coûts à supporter dans les années à venir. 

Le GIEC, en sa qualité de spécialiste scientifique, n’a pas chiffré les coûts de cette adaptation. Mais l’Adaptation Gap Report a estimé en 2021 les coûts économiques de l’adaptation pour les pays en développement. Ils seraient de près de 300 milliards de dollars par an d’ici à 2030, et autour de 500 milliards de dollars d’ici à 2050. Ces coûts sont supérieurs à l’estimation du même rapport de 2016, et les résultats des études dans ces pays suggèrent une augmentation des coûts d’adaptation, notamment en cas de non-respect de l’Accord de Paris. 

Le terrible avertissement de l’inaction climatique 

Dans ce « résumé pour les décideurs », le GIEC publie des chiffres forts qui mettent en avant l’inaction climatique. La planète a déjà « gagné » 1,1°C depuis l’ère pré-industrielle, et les catastrophes sont visibles sur l’ensemble de la Terre. La moitié de la population mondiale, soit près de 3,6 milliards de personnes, subit déjà des pénuries d’eau liées au réchauffement climatique.

Le changement climatique est aussi un problème sanitaire. En 2022, 30% de la population mondiale est exposée à une chaleur présentant un risque mortel pour la santé. D’ici la fin du siècle, si aucun effort n’est fait, ce chiffre pourrait atteindre 76% de la population mondiale.

Le rapport souligne également l’augmentation des maladies liées aux problèmes d’eau ou de nourriture, comme le choléra qui progresse dans des zones touchées par l’augmentation des pluies et inondations. 

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Le réchauffement climatique a aussi des impacts sur les écosystèmes de la planète. La moitié des espèces vivantes est déjà en train de migrer pour fuir tous les bouleversements créés par l’Homme, et dans un monde à 2°C de plus, 18% des espèces terrestres sont menacées d’extinction. Nous sommes aujourd’hui à + 1,2°C, et les promesses actuelles des Etats (prises en particulier lors de la COP21 à Paris) conduisent vers un réchauffement général de 2,7°C en 2100.