Subventions : l'indispensable perfusion des exploitations agricoles 

Environnement

Subventions : l'indispensable perfusion des exploitations agricoles 

Série - Des productions soumises aux aléas, en particulier météo, des prix trop faibles… Pour beaucoup d’agriculteurs, les aides représentent une ressource plus que bienvenue. Quelle part représentent-elles dans le résultat des fermes, et sont-elles bien réparties ? [Dans le portefeuille des agriculteurs, épisode 4/5]

Pour Laurent Brun, expert-comptable dans l’Allier, le constat est clair : « Au vu des prix payés, ce sont souvent les aides qui font vivre les agriculteurs dans les bassins d’élevage ». Ce système de subventions date de la réforme de la politique agricole commune (PAC) européenne de 1992.

« On a alors fortement diminué la gestion des marchés, et on est passé sur un système d’aides directes avec notamment des critères de surfaces », explique Marine Raffray, agro-économiste à l’Assemblée permanente des chambres d'agriculture.

La PAC comprend deux piliers : le premier concerne les aides surfaciques et à la production (par animal) et pèse 7 milliards d’euros par an. Le second porte sur l’investissement, les aides « vertes » (bio et mesures agroenvironnementales), ICHN (indemnité compensatoire de handicap naturel, pour les zones difficiles comme les montagnes) et l’installation. Il représente 3 milliards d’euros par an.

En Chiffres

33 510 €

de subvention en moyenne par ferme

D’après le Rica, en 2019 les exploitations ont bénéficié en moyenne de 33 510 € d’aides, représentant 13,9 % de leurs recettes. Avec des différences selon les productions : 50 500 € en moyenne pour les éleveurs de bovins viande, 46 540 € en ovins caprins, 36 570 € en bovin lait, et 31 600 € en moyenne pour les fermes en grandes cultures.

Dans l’Aube, Florent Thiebaut touche 39 000 € d’aides par an, comprenant les aides à l’hectare, un paiement vert pour la luzerne, et une subvention jeunes agriculteurs.

La somme est loin d’être négligeable, étant donné que son Excédent Brut d'Exploitation (EBE) moyen est de 60 000 € (aides comprises). « Elles ont beaucoup baissé, constate l’agriculteur en grandes cultures. Depuis mon installation j’ai perdu 10 000 € d’aides. Quand mon père était installé, il a déjà touché 60 000 € par an ».

Chez les Cosset, éleveurs de bovins viande en Loire-Atlantique, les aides représentent 94 000 € par an, dont 23 000 € pour la conversion bio. Le reste concerne les aides surfaciques, les aides à la production (jusqu’à 165 € par vache selon leur nombre), et des mesures agroenvironnementales sur des marais.

Inégalités (un peu) compensées

Dans un rapport publié en janvier 2019, la cour des comptes dénonçait des aides PAC qui avantagent les grandes exploitations et celles dont les activités sont les plus rentables.

Une constatation qui se murmurait déjà dans les campagnes : ce sont les gros qui touchent le plus.

Laurent Piet, ingénieur de recherche à l’Inrae, a travaillé le sujet dans le cadre de l’étude Agr’Income. Il nuance : « La Cour des comptes dit que les aides sont inégales car principalement liées à un mode de calcul par hectare. Donc plus il y a d’hectares, plus il y d’aides. Mais des mesures viennent contrebalancer cet effet, comme la convergence du paiement de base et le paiement redistributif ».

La première vise à homogénéiser les montants touchés par hectare, pouvant différer. Quant au paiement redistributif, il instaure une surprime pour les 52 premiers hectares, favorisant ainsi les plus petites fermes.

Au final, Agr’Income a fait parler les chiffres : « Ceux qui ont un revenu hors subventions plus faible touchent proportionnellement plus d’aides relativement à ce revenu, on a donc un effet redistributif », rapporte Laurent Piet.

Un résultat confirmé par le Rica en 2020, qui montre que le poids relatif des subventions dans les résultats est plus important pour les exploitations à plus faible revenu et les plus petites.

En Chiffres

650 €

Pension moyenne des agriculteurs à la retraite.

A noter, le dispositif ne s’applique pas pour certaines productions. En viticulture, « il n’y a pas d’aides directes à la production qui participeraient du revenu », rappelle Bruno Deguillaume, expert-comptable à Bordeaux.

En revanche, le secteur bénéficie d’aides au développement commercial à l’export et d’aides à l’investissement, notamment pour acquérir du matériel innovant pour réduire l’utilisation des intrants ou de se passer de glyphosate.

Si les aides donnent de l’oxygène aux agriculteurs, elles ne résolvent pas les problématiques de faiblesse des prix et de situations financières difficiles. Et ce n’est pas à la retraite que la situation s’arrange, celle des agriculteurs étant en moyenne de 650 €.

Pour compléter, reste à bien valoriser son patrimoine, avec des effets pervers sur l’accès à l’installation pour les jeunes.

Episode 5  - Un patrimoine essentiel pour la retraite

Retrouvez notre prochain et dernier épisode ici.

Avec en moyenne 650 € touchés par mois, les agriculteurs misent plutôt sur leur patrimoine pour leur retraite. Bien vendre sa ferme à un repreneur devient essentiel, ce qui n’aide pas forcément les jeunes à s’installer.

Lire la suite de la série :

Épisode 5 : Retraites, le patrimoine pour échapper à la misère

Relire nos épisodes précedents :

Épisode 1 : Les agriculteurs gagnent-ils 350 € par mois ? Pas vraiment

Épisode 2 : Agriculteurs, pourquoi un surendettement est vite arrivé

Épisode 3 : Pourquoi les prix payés aux producteurs sont-ils si faibles ?