Le lithium, le très cher mais indispensable métal du futur pour la transition écologique

Environnement

Le lithium, le très cher mais indispensable métal du futur pour la transition écologique

400 % de hausse en 2021 pour le lithium, vital à nos batteries électriques en tout genre. Pour expliquer cette hausse incontrôlable de ce métal nécessaire à nos batteries électriques, entretien avec Emmanuel Hache.

Le lithium connaît une progression fulgurante de son cours boursier, avec une hausse de plus de 400 % en 2021. Métal présent dans le monde entier, il est utilisé principalement pour réaliser des piles et des batteries, pour les voitures électriques mais aussi nos téléphones portables ou ordinateurs. Avec l’essor de l’électrique dans le cadre de la transition écologique, la demande ne va pourtant pas faiblir.

Pourquoi lui ?

Emmanuel HACHE est docteur en Sciences économiques de l’université Paris I, spécialisé sur les marchés de matières premières. Titulaire d’un DEA en Économie et sociologie du développement, il travaille désormais en tant que manager de projets dans le département Économie & Évaluation environnementale à IFP Energies nouvelles sur les questions de prospectives énergétiques.

Pour l’Éco : Le lithium est-il indispensable à la transition écologique ?

Emmanuel Hache. Étant donné qu’on a une électrification du transport qui se fait sur la base de batteries lithium-ion, que le lithium est un élément indispensable à ce type de batteries, oui il sera un élément indispensable à la transition énergétique. Mais plus que le lithium, ce sont les batteries, et leur stockage qui sera indispensable.

À lire aussi > Le stockage d'énergie, clé de la transition écologique

À l’intérieur des batteries, il n’y a pas que du lithium. Le cobalt, le nickel et le cuivre vont aussi être impactés avec la transition énergétique. Je dis toujours que le XXIe siècle sera celui des métaux, tout simplement car la transition énergétique va amener des besoins supplémentaires aux besoins traditionnels. Avec la transition écologique, on a un nouveau siècle des métaux qui s’ouvre.

Après une augmentation de 400 % en 2021, la hausse est-elle amenée à se poursuivre ?

La demande sera toujours là. Donc tout va dépendre de comment l’offre va répondre à cette problématique dans les années à venir. On sait qu’il y a un développement assez important, notamment en Australie et au Chili. Les marchés sont très cycliques, il est tout à fait probable que la hausse continue dans les mois qui viennent, jusqu’à ce qu’une nouvelle production arrive sur le marché. 

Indispensable à la transition, le lithium est-il lui-même écologique ?

Non. Il y a besoin d’énormément d’eau pour faire du lithium et l’extraire émet beaucoup de C02. Lorsqu'on électrifie une voiture dans les pays développés, il faut se poser la question de si nous ne sommes pas juste en train d’externaliser une forme de pollution dans un pays producteur. Il ne faut pas seulement voir le coût économique, mais aussi le coût environnemental.

Qui sont les principaux producteurs de lithium aujourd’hui ?

Dans le monde, il y a 21 millions de tonnes de réserves, et 86 millions de tonnes de ressources. La différence, c’est que c’est économiquement et techniquement productible. Le premier producteur mondial est l’Australie (50 %). D’autres pays se démarquent comme le Chili (22 %), la Chine (17 %) et l’Argentine (8 %).

Mais 44 % des réserves se trouvent au Chili. Le « triangle du lithium », qui regroupe le Chili, l’Argentine et la Bolivie, représente une part très importante des réserves mondiales.

À l’inverse, l’Australie ne possède que 22 % des réserves, en dépit de sa production actuelle. Elle a fait le choix de développer assez massivement. On peut avoir deux appréciations du paysage du lithium, selon si on regarde les ressources ou la production.

lithium_monde

Hache, Emmanuel ; Barnet, Charlène ; Seck, Gondia-Sokhna « Le lithium dans la transition énergétique : au-delà de la question des ressources ? », Les métaux dans la transition énergétique, n° 4, IFPEN, Février 2021.

La France et les pays développés pourraient-ils devenir à l’avenir eux aussi producteurs de lithium ?

Ce n’est pour l’heure pas développé, mais on se pose la question, en France, Allemagne et Royaume-Uni, d’extraire le lithium de source géothermale. C’est plus intéressant sur le plan environnemental car c’est un lithium qualifié de « vert », c’est-à-dire qu’il consomme beaucoup moins d’eau et que l’impact environnemental à sa production est moindre. Mais ce ne sont pas les mêmes ordres de grandeur. On aurait 1 % de la production qui pourrait venir de l’Europe.

Des marchés de métaux rares très différents

Les métaux non-ferreux comme le cuivre ou l’aluminium ont une production de quelques dizaines de millions de tonnes. En parallèle, les matériaux dits stratégiques, qui sont sous le feu de l’actualité, comme les terres rares ou le lithium ne représentent que quelques dizaines ou centaines de milliers de tonnes (2 000 tonnes pour le lithium, 13 000 tonnes pour les terres rares).

Il existe deux types de lithium : celui de salar (du nom du désert de sel en Amérique du Sud) et celui de roche. En Australie, le lithium est du lithium de roche, alors qu’au Chili, c’est plutôt un lithium de salar. Les coûts de production du lithium varient ainsi selon les régions.

Sur ces marchés, les questions de formation de prix, de transparence des informations vont aussi être largement différenciées selon la taille des marchés et selon l’existence ou non de marchés financiers adossés pour gérer les risques de prix. Pour les moins développés, les transactions sont faiblement organisées et résultent de marchés de gré à gré.

Éco-mots

Marché de gré à gré

Marché sur lequel les transactions sont conclues directement entre le vendeur et l’acheteur, à la différence des marchés organisés, comme la Bourse de Paris, où les acheteurs et les vendeurs ne se connaissent pas.