Devenir trader en ligne, le rêve et les pièges 6/7 | Les nouvelles technos au service des perdants

Finance

Devenir trader en ligne, le rêve et les pièges 6/7 | Les nouvelles technos au service des perdants

[Devenir trader en ligne, le rêve et les pièges 6/7] Je décide de fuir ce milieu interlope pour revenir aux actions, une sorte de jeu vidéo qui rapporte, dans lequel on peut se lancer sans formalité. Les applications et autres technologies rendent accessibles le trading. Au risque d'en ressortir sans chemise.

Lorsqu'on vous dit "placement en actions", vous pensez sans doute au Gripsec de Gringotts, le gobelin conseiller-clientèle de Harry Potter, penché sur un livre de comptes plus lourd que lui, 100% fiable et rébarbatif. Vous avez doublement tort.

D’abord, les actions ne sont pas fiables. Tous les quatre ans en moyenne (2001, 2008, 2011, 2016, 2020) les marchés dévissent. Si elles attirent encore des investisseurs, c'est parce que rien ne vaut leur rentabilité sur le long terme.

L’Institut de l’épargne immobilière et foncière (IEIF) a fait les comptes dans une étude publiée au printemps dernier. Sur quarante ans, de 1979 à 2019, le taux de rendement annuel des actions a dépassé 13%. Contre toute attente, elles rapportent plus que les toiles de maître, dont le rendement calculé sur 350 ans est assez décevant : 1,5% par an, selon une étude parue dans le journal de la Société de statistique de Paris.

Arrivant sur le marché en 1665, il valait mieux acheter des titres de Saint-Gobain que des tableaux de Vermeer.

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Quant au côté rébarbatif, il appartient au passé. Pour investir aujourd'hui, il n'est plus nécessaire d'annoter Les Echos au crayon à papier puis de passer un télex à sa banque. Des applications sur smartphone font le job. 

Les fintech vous glissent dans la peau d'un trader

Leur apparition est un phénomène mondial, désigné sous le nom de "fintech", contraction de "finance" et "technologie". Prenez des réseaux toujours plus rapides et des paiements en ligne vraiment sécurisés, ajouter les progrès des interfaces web et des smartphones plus puissants que le PC de base d'il y a cinq ans : vous obtenez l'éclosion de centaines de start-up de fintech.

Elles viennent challenger les institutions financières installées depuis des lustres dans le paysage, avec des portails accessibles aux communs des mortels. Il y a quelques années seulement, personne ne pouvait acheter une action sans passer par un processus assez décourageant.

Il fallait prendre rendez-vous à sa banque, ouvrir un plan d'épargne en actions (PEA), fournir des justificatifs, puis se familiariser avec une application maison austère à souhait, conçue pour passer quelques ordres par semaines. Rien à voir avec les produits des nouveaux entrants. Eux jouent plutôt la carte de la salle de marché virtuelle connectée aux marchés en temps réel. 

Etoro, mauvais cavalier 

Etoro, par exemple, qui dépense beaucoup en publicité, fait tout pour glisser le client dans la peau d'un trader.  Son portail offre des indices journaliers ou mensuels assez facile à lire, avec des noms de sociétés assortie de gros boutons "vendre" ou "acheter". On peut même regarder ce que font les autres et combien ils ont gagné. La plateforme multi-joueurs n'est pas loin, le tout sans abonnement.

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L'ouverture d'un compte de démonstration est gratuite et il n'y a "pas de commissions sur les actions", promet la page de garde. Rapidement, toutefois, une signal d'alarme clignote. Etoro est régulé à Chypre, avec un siège social à Limassol. Mauvais signe tant cet île européenne est un paradis pour arnaqueurs (lire notre épisode 4).

Un petit détour par les "conditions générales" s'impose. Tout de suite, le contenu est moins drôle et nettement moins didactique. Tout est en anglais, ce qui est contraire au droit de la consommation. 

Un jargon qui tranche avec la facilité d’utilisation

Etoro ne prend pas de commissions sur les actions mais prélève des frais sur absolument tout le reste : frais de dépôt, frais de garde, frais de retrait, frais de change (tout est en dollar) et même des frais d'inactivité ! Petite simulation : en déposant 1000€ chez Etoro pendant un mois puis en le retirant, sans réaliser la moindre opération, je récupèrerais un peu moins de 900€. Le conditionnel est de rigueur car les tarifs, particulièrement obscurs, sont exprimés en "PIP", ou pourcentage en point.

Passé l'ouverture du compte de démonstration, la complexité de la bourse surgit très vite. Il suffisait, paraît-il, d'acheter un titre, d'attendre qu'il monte et de le revendre pour empocher une plus-value. En réalité, le client se retrouve face à l'équivalent d'un menu chinois sans traduction : 

CFD ? Futures ? Bear, Gap, Swing ? Absaar ? "Appel de couverture? " "Ordre au marché lié avec un ordre stop et une limite" ?! [Voir notre lexique ci-dessous, NDLR]

De quoi s'y perdre, et peut-être même y perdre la vie. Le 12 juin 2020, Alexandre E. Kearns, 20 ans, étudiant à l'université du Nebraska et client de la plateforme Robinhood (non disponible en France), s'est suicidé. Spéculant depuis l'épidémie de Covid, il pensait avoir perdu 720.000 dollars en utilisant des "contracts for difference" à effets de levier (lire notre épisode 2). Il a préféré mettre fin à ses jours afin de protéger ses proches d'éventuelles poursuites.

Lire l'épisode suivant : Spéculateurs de tous les pays, unissez-vous [7/7]

Les mots clés du trading en ligne

Contract for difference (CFD)
Futures
Bear
Gap
Swing
Absaar
Appel de couverture (ou appel de marge / "margin call")