D'une petite épargne aux paris en Bourse, parcours d'un trader amateur

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D'une petite épargne aux paris en Bourse, parcours d'un trader amateur

Acheter des actions n’est plus réservé aux professionnels de la finance. Nous avons désormais tous la Bourse dans notre poche. Comment de petits épargnants passent le pas et deviennent apprentis traders ? 

Chaque matin, Grégoire Farge scrute l’évolution de la Bourse sur une application installée sur son téléphone. Est-il soudainement devenu financier ? Pas du tout. Il fait partie des plus de trois millions de Français qui sont des actionnaires modestes. Dans le jargon financier, on les appelle les « petits porteurs ». Ce sont en général des particuliers détenant une faible quantité d’actions.

Ce trentenaire n’a ni le statut juridique ni les ambitions d’un investisseur professionnel. Mais pour lui, la finance n’est plus un monde inaccessible et il joue sans le savoir un rôle capital.

« Sur le plan macroéconomique, l’actionnariat individuel est indispensable. Il apporte une stabilité d’investissement qui profite à tous, une vision à long terme que n’apportent plus les investisseurs institutionnels »
Catherine Karyotis,

Professeure de finance au sein de l’école de commerce parisienne Neoma.

« Maintenant ou jamais »

« Je me suis toujours intéressé à la finance, mais je n’osais pas me lancer, par peur du risque. Mais j’ai aussi compris que si l’on voulait faire des bénéfices, il fallait les prendre, ces fameux risques ! » s’exclame le jeune père de famille installé à Monaco.

Pour lui, l’ouverture du capital de la Française des Jeux (FDJ), le 21 novembre 2019, a été le déclencheur. « Je joue régulièrement au Loto, je savais que cette entreprise avait le monopole dans son secteur et il y avait une décote de 2 % réservée aux particuliers… Bref, je me suis dit, c’est maintenant ou jamais. »

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Mais au fait, comment acheter des actions quand on est un particulier débutant ? Le plus simple est de contacter son banquier et de solliciter l’ouverture d’un Plan d’épargne en actions (PEA). Celui-ci permet d’acquérir et de gérer un portefeuille d’actions d’entreprises européennes tout en bénéficiant d’une exonération d’impôts. C’est la solution qu’a choisie Grégoire Farge. « J’ai fait ouvrir un PEA en ligne via ma banque et en 45 minutes, j’avais les actions souhaitées avec l’assurance que ça allait être bien fait », souligne-t-il.

Il a ainsi acheté 30 actions au cours de départ de 19,50 euros. « Environ un mois après, c’est plutôt très positif, le cours oscille aujourd’hui entre 23,5 euros et 24 euros », se réjouissait Grégoire Farge mi-décembre.

N’importe qui peut se porter acquéreur d’actions de grandes entreprises, y compris celles qui sont cotées au CAC 40, l’indice boursier de référence en France. D’ailleurs, à peine un mois après son premier essai, le jeune investisseur a décidé d’acquérir une action du groupe LVMH. « C’est un groupe dans lequel j’ai confiance, j’y travaille ! », précise-t-il.

Portrait-robot

Le profil type d’un petit porteur français ? Un homme, âgé de plus de 45 ans, professionnel indépendant ou cadre supérieur et gagnant plus de 3 000 euros par mois.

En Chiffres

3,2 millions

petits porteurs d’actions indirects, en France en 2018.

« L’actionnariat individuel doit être encouragé pour son intérêt pédagogique : il faut que les particuliers comprennent à quoi servent la finance et l’entrepreneuriat », estime Joëlle Durieux, directrice générale de Finance Innovation.

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Toutefois, après les crises successives (1987, 2007, etc.), de nombreux petits porteurs se sont détournés des marchés. En 2018, la France comptait 3,2 millions de petits porteurs d’actions indirects, contre 7,2 millions en 2007, hors épargne salariale. Aujourd’hui, l’épargne rapporte peu voire pas du tout et les actions intéressent à nouveau. En témoigne l’engouement pour les titres de la FDJ : 500 000 particuliers en ont acheté.

Diversité et régularité

« Il ne faut pas prendre la Bourse pour un casino ! Il faut adopter une gestion active, suivre l’économie et la santé des entreprises en question », prévient Catherine Karyotis. D’ailleurs, pour éviter de se lancer seuls, certains particuliers choisissent d’intégrer des clubs d’investissement ou s’en remettent à des organismes de placement collectifs.

« Pour réduire les risques, mieux vaut diversifier ses placements, investir de manière régulière une même somme et ne jamais céder à la nervosité »
Pascale Micoleau-Marcel

Déléguée générale de l’association La Finance pour tous.

À condition de respecter ces conseils, tout particulier peut tenter l’aventure. Pour Grégoire Farge, c’est devenu un sujet de conversation entre amis, ils ont même un groupe de discussion WhatsApp dédié ! « Je me suis pris au jeu et j’évite d’avoir de l’argent qui dort bêtement », conclut-il dans un sourire.

La finance à votre échelle, pour aller plus loin :

- La chaîne YouTube Heureka de Gilles Mitteau, qui a travaillé sept ans en banque d’investissement

- L’essentiel de la Bourse et des marchés de capitaux, par Catherine Karyotis, Gualino, 2018.

- La Bourse, le trading et leurs secrets : ou de la première SICAV au Condor, par Pascal Trichet, A. Franel éd., 2015.