Les banques sociales, réelles alternatives en devenir ? 

Finance

Les banques sociales, réelles alternatives en devenir ? 

Pour l'économiste Anastasia Cozarenco, les banques sociales constituent une alternative attrayante au modèle de la banque traditionnelle.

Pourquoi elle ?

Anastasia Cozarenco

Dr. Anastasia Cozarenco est professeur associé à Montpellier Business School. Elle est titulaire d'un doctorat en économie d'Aix-Marseille School of Economics et a bénéficié de la bourse postdoctorale du Centre Européen de Recherche en Microfinance (CERMi), Université libre de Bruxelles.

Ses recherches actuelles portent sur la finance sociale et la microfinance, avec une attention particulière à la réglementation, aux services non financiers, aux subventions, à la discrimination et au genre. Elle est co-titulaire de la Chaire de Finance Sociale et Durable, créée en partenariat avec la Caisse d'Epargne Languedoc Roussillon et directrice du Yunus Center for Social Business and Financial Inclusion à Montpellier Business School. Elle a publié des articles académiques notamment dans Journal of Business Ethics et Journal of Banking and Finance.

Cette tribune est publiée dans le cadre de notre partenariat avec les Rencontres du Développement Durable.

Les recherches scientifiques suggèrent que le niveau économique d’un pays est étroitement lié au développement de son secteur financier. Ainsi, les pays riches sont généralement ceux qui bénéficient d’un secteur financier dynamique. Mais alors, comment aborder les besoins bien réels de services financiers que subissent des ménages à faibles revenus.

L’accès à un compte bancaire et à un compte d’épargne, au crédit pour financer un projet entrepreneurial ou un événement familial, ou à un produit d’assurance pour faire face aux accidents de la vie sont autant de nécessités que rencontrent les ménages les plus pauvres pour gérer un budget restreint, souvent compliqué par des revenus incertains.

Aujourd’hui, le quart de la population mondiale n’a pas accès à un compte bancaire et seuls 29% ont accès au crédit bancaire. Ce problème d’accès ne se limite pas aux pays en développement. 

Même s’il est assez facile d’ouvrir un compte bancaire dans les pays riches, l’accès au crédit reste difficile pour certains. Les données publiées en 2021 par la Banque Mondiale montrent que, en ce qui concerne l’accès au crédit bancaire, les inégalités demeurent et que ceux qui en souffrent le plus sont les femmes et les populations pauvres, y compris dans la zone Euro et en Amérique du Nord.

Un quart de la population mondiale n'a pas accès à un compte bancaire
Anastasia Cozarenco

Professeur associé d'économie à Montpellier Business School

Dans toutes les régions du monde, l’inclusion financière est un outil de lutte contre la pauvreté lorsqu’elle offre des services bancaires diversifiés et de qualité aux individus vulnérables. C’est l’objectif majeur des institutions de microfinance (IMF) qui proposent des produits financiers innovants dans le monde entier.

Les IMF peuvent être vues comme un cas particulier de banques sociales. Ce vocable désigne des organisations financières dites hybrides car elles contribuent au bien commun tout en visant la pérennité financière1.

Les valeurs sociétales des banques sociales reposent sur des principes fondamentaux qu’on peut résumer comme suit :

- Les fonds servent le bien commun et l'économie réelle durable (par opposition à la spéculation de court terme), et ce en toute transparence. 

- Les crédits accordés apportent une réelle valeur ajoutée en soutenant l'économie sociale et l'entrepreneuriat social.

- Les bénéfices sont réinvestis dans cette même optique.

Les emprunteurs ciblés par les banques sociales sont donc principalement des entreprises sociales dont les diverses missions sont la lutte contre la pauvreté, la promotion du commerce équitable, le soutien aux services de santé, le développement des énergies renouvelables, ou encore l’éducation et la formation.

Les taux d’intérêt pratiqués par les banques sociales sont généralement inférieurs à ceux des banques classiques car leurs bailleurs de fonds acceptent implicitement un retour financier sur investissement moindre qui permet de générer l’impact social. Les banques sociales favorisent aussi le développement local et encouragent un dialogue suivi avec leurs clients.

L’origine des banques sociales remonte aux monts-de-piété créés à la fin du Moyen Âge en Italie. Ce modèle a ensuite évolué avec l’essor des banques coopératives au milieu du 19ème siècle et les caisses d’épargne en Europe.

Le secteur des banques sociales a particulièrement attiré l’attention du public à la suite de la crise économique de 2007-2010 qui a érodé la confiance envers les banques. Plusieurs grandes institutions financières se sont alors retrouvées au bord de la faillite, tandis que, parallèlement, les banques sociales connaissaient une croissance inédite.

En fin de compte, les banques sociales offrent une alternative attrayante au modèle de la banque traditionnelle, sévèrement pris en défaut durant la dernière crise financière.

Les succès financiers de plusieurs banques sociales suggèrent que des initiatives financières locales et durables peuvent faire progresser la société, même sans subventions publiques. À l’instar des institutions de microfinance prépondérantes dans les pays du Sud, les banques sociales participent à cette nouvelle génération d'acteurs financiers qui parviennent à combiner objectifs sociaux et soutenabilité financière.

Pour aller plus loin 

Cornée, S., Cozarenco, A., & Szafarz, A. (2022). The Changing Role of Banks in the Financial System: Social versus Conventional Banks (No. 2022-02). Center for Research in Economics and Management (CREM), Université de Rennes 1, Université de Caen et CNRS.

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