Qu'est-ce qu'un SPAC, cet ovni boursier qualifié de « capital-investissement du pauvre » ?

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Qu'est-ce qu'un SPAC, cet ovni boursier qualifié de « capital-investissement du pauvre » ?

Être acquise par un SPAC évite à une entreprise non cotée de lancer elle-même un processus, long et incertain, d’introduction en Bourse.

Un acronyme s’est imposé depuis trois ans à la Bourse : le Spac (pour Special Purpose Acquisition Company).

D’origine américaine, il s’agit d’un véhicule d’investissement sans activité opérationnelle, introduit en Bourse pour acquérir une société non cotée dans un secteur et un délai déterminés – en général deux ans. Une fois acquise, la société se retrouve cotée (c’est la procédure « de-SPAC »).

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Les fondateurs d’un SPAC (« sponsors ») lèvent de l’argent auprès d’investisseurs qui souscrivent à son introduction en Bourse ; cet argent financera tout ou partie de l’acquisition. Les sponsors sont des personnalités dont l’expertise doit faciliter l’identification de la cible.

La palette est variée : Bill Ackman, patron du hedge fund Pershing Square, le rappeur Jay-Z, l’ancien président américain Donald Trump… En France, le banquier star Matthieu Pigasse et le magnat des télécoms Xavier Niel, fondateur de Free, en sont déjà des spécialistes – ils viennent d’acquérir Deezer.

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Le succès des SPAC a été brutal : ils ont représenté la moitié des sommes levées lors d’introductions en Bourse (IPO) à Wall Street, en 2021. En Europe, 33 SPAC ont réuni 7,2 milliards d’euros.

Éco-mots

Introduction en Bourse (IPO)

Fait pour une entreprise de vendre pour la première fois des actions, c'est à dire des parts d'elle-même, sur les marchés financiers.

Atouts et désagréments

Ces structures présentent des avantages. Être acquise par un SPAC évite à une entreprise non cotée de lancer elle-même un processus d’IPO lourd et incertain. Cela lui évite aussi de dévoiler trop d’informations au marché (les règles sont moins contraignantes pour une acquisition).

Pour les sponsors et les investisseurs du SPAC, ça peut être le jackpot : ils se voient attribuer des titres – à prix préférentiel ou gratuits – qui pourront être convertis en actions ordinaires au moment du « de-SPAC ».

Le SPAC est également bienvenu pour les actionnaires des start-up : il offre une porte de sortie supplémentaire, moins risquée qu’une IPO. Enfin, les transactions générées par les SPAC font la fortune des banquiers et autres conseils.

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Mais cette belle histoire cache des déceptions. Grab, BuzzFeed, Virgin Galactic, Beachbody… Nombreuses sont les entreprises dont le cours de Bourse s’est effondré après avoir fusionné avec un SPAC, en raison d’une valorisation d’origine bâtie sur des promesses irréalisables.

Un SPAC risque aussi de surpayer sa cible : la pression à l’achat s’accentue à mesure que la date butoir approche (il doit acheter !) et les vendeurs en profitent. Sans oublier la réputation surfaite de certains sponsors. Nombre de SPAC ont été liquidés faute de cibles jugées satisfaisantes, et l’argent rendu aux investisseurs.

Ces travers conduisent les régulateurs américains à encadrer les SPAC pour protéger les investisseurs, en particulier ceux qui achètent les actions sur le marché secondaire (après l’IPO).

L’enthousiasme pour les SPAC retombe. Toute innovation financière connaît une phase d’euphorie puis d’écrémage, avant de s’intégrer au paysage. Comme disent les banquiers, « le SPAC fait désormais partie de notre boîte à outils ».

Ces véhicules sont même devenus un enjeu pour les Bourses européennes, qui cherchent à les attirer par une réglementation adaptée. Euronext, qui gère notamment la Bourse de Paris, n’est pas en reste. Paris compte six SPAC.

Pour aller plus loin 

« Spac : opportunités et risques d’une nouvelle façon de se coter en Bourse », par Laurent Grillet-Aubert, de l’Autorité des marchés financiers