Rachat d’Activision par Microsoft : l’ambition de devenir l’incontournable Netflix du jeu vidéo

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Rachat d’Activision par Microsoft : l’ambition de devenir l’incontournable Netflix du jeu vidéo

En rachetant le studio Activision Blizzard pour 69 milliards de dollars, Microsoft s’est offert l’une des sociétés du jeu vidéo les plus lucratives au monde. Cette acquisition permet d’ouvrir à Microsoft une porte vers le segment des jeux mobiles, dont il était quasiment absent et de continuer à développer son activité de streaming via le Game Pass.

69 milliards de dollars. C’est la somme déboursée par Microsoft pour obtenir le studio de jeu vidéo Activision Blizzard (Call of Duty, Candy Crush). Le groupe créé par Bill Gates va devenir le 3e plus gros secteur de l’industrie en chiffre d’affaires, derrière le chinois Tencent et le japonais Sony. 

Cette acquisition est la plus coûteuse jamais réalisée par Microsoft, devant celle du réseau social professionnel LinkedIn en 2016 (26,2 milliards de dollars, soit 23 milliards d’euros). Elle ne doit rien au hasard : le géant de Seattle veut devenir hégémonique sur le marché toujours plus prometteur des jeux vidéo et s’inscrit dans une stratégie claire : développer un catalogue de jeux incontournable pour les gamers.

En Chiffres

180 milliards de dollars en 2021

En 2021, le marché du jeu vidéo a généré plus de 180 milliards de dollars de revenus, des chiffres en hausse par rapport à 2020 (+11,3 %) estime Newzoo. Les chiffres pourraient dépasser les 200 milliards en 2024. 

Créer un riche catalogue de jeux

Depuis 2018, le groupe a acquis une vingtaine de studios de développement, lui permettant d’alimenter son Game Pass, le service d’abonnement de l’entreprise, avec des licences fortes. Lancé en 2017, il permet aux joueurs d’avoir accès à un catalogue de jeux de différents éditeurs pour un prix unique par abonnement mensuel (9,99 euros en France) sur les Xbox One et Series et Windows 10 et 11.

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Les différentes offres de Microsoft pour son Game Pass.

« Microsoft est très clairement en train de devenir le Netflix du jeu vidéo, confie Charles-Louis Planade, analyste spécialiste du jeu vidéo chez Midcap Partners. Le secteur semble évoluer d’un achat des jeux à l’unité vers un mode abonnement, avec beaucoup de contenu (ce que fait Netflix sur le streaming de films et séries), et là-dessus, Microsoft est très largement en avance sur les autres. »

Une avance qui ne peut que grandir avec cette dernière acquisition. Le studio Activision Blizzard n’est autre que l’éditeur de la franchise ultra-populaire et lucrative Call of Duty : 3 milliards de dollars de bénéfices en 2020. Et les jeux développés par Activision Blizzard comptent 400 millions de joueurs actifs mensuels.

« C’est dans la continuité de ce que faisait Microsoft déjà avant, poursuit l’expert, c’est-à-dire faire des acquisitions pour donner de l’exclusivité aux abonnés de son offre Game Pass, avec de grandes exclusivités ». 

La PDG de Microsoft Satya Nadella a rappelé ses ambitions dans le secteur, constatant que le jeu vidéo était, avec 3 milliards d’utilisateurs, « la plus grande forme de divertissement et celle qui se développe le plus vite », avec une prédiction à 4,5 milliards de consommateurs en 2030.

Le jeu mobile en ligne de mire

Microsoft s’ouvre aussi avec l’acquisition du studio qui développe Candy Crush une porte vers le segment des jeux mobiles, dont il était quasiment absent. Un départ vers le sans console s’observe, et pour Charles-Louis Planade, « Microsoft devient le leader, après avoir été longtemps le numéro 2 derrière Sony. Le groupe affirme ainsi sa volonté d’être l’indétrônable numéro 1 sur l’après-console, c’est-à-dire le streaming. »

Avec le Game Pass, et pour peu que vous ayez une machine compatible (Xbox, PC et smartphones Android récents), ainsi qu’une manette Xbox, vous pouvez jouer n’importe où. Les titres sont streamés, comme les films ou séries avec Netflix, en étant présents sur un serveur. Grâce à la magie du cloud, un téléphone est ainsi capable de faire tourner un jeu très exigeant en ressources.

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Cinquième jeu le plus téléchargé en 2021, Candy Crush Saga est toujours une poule aux œufs d'or.

Les autres GAFA sur les rangs

Mais si Microsoft veut devenir « le Netflix, du jeu vidéo », il n’est pas seul géant du numérique à vouloir dominer ce marché. Louis-Charles Planade explique : « Le jeu vidéo est l’une des nouvelles priorités des GAFAM, et Microsoft a pris beaucoup d’avance. Mais on attend une réaction forte de la part des autres, en particulier Google et Amazon, qui possède déjà la plateforme Twitch, où de nombreux utilisateurs se filment en direct en train de jouer à des jeux. Il faut aussi surveiller Netflix, qui a déjà annoncé ses velléités sur les jeux vidéo. »

La plateforme de film et série a ainsi racheté en 2021 Night School, son premier studio de jeu vidéo. Et depuis novembre, le géant du streaming a lancé une offre baptisée « Netflix Gaming », réservée à ses abonnés et conçue pour permettre aux utilisateurs de télécharger des jeux mobiles sur leur smartphone ou encore leur tablette.

Qui gagnera donc le cœur et le porte-monnaie des gamers ? Les plateformes de streaming reconverties en éditeurs de jeux ? Ou les éditeurs de jeux qui se veulent plateforme de streaming ?

Sony tiendra-t-il le choc ?

Signe de l’importance de l’acquisition surprise d’Activision Blizzard par Microsoft, le cours boursier de Sony s’est effondré, les investisseurs craignant que le champion japonais ne soit pas capable d’affronter dans les années à venir le géant américain. À la clôture de la Bourse japonaise, l’action de Sony affichait un recul de 12,8 %, soit une perte de capitalisation de 20 milliards de dollars. Du jamais-vu en plus de six ans.

Les investisseurs craignent en particulier que la très populaire franchise Call Of Duty ne soit bientôt plus disponible sur les consoles Playstation de la marque japonaise. « Même s’il ne fera pas ce choix tout de suite, il est très probable que Microsoft transformera, à terme, Call of Duty en une franchise exclusive pour ses plateformes, explique l’analyste Serkan Toto, fondateur à Tokyo de Kantan Games dans les Echos. Il n’a pas payé une telle somme pour continuer à alimenter les consoles concurrentes. »