Tout comprendre au Web 3.0 en 6 questions

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Tout comprendre au Web 3.0 en 6 questions

À bientôt 33 ans, le Web voit arriver sa nouvelle révolution : le Web 3.0. De quoi s’agit-il ? Quelles évolutions va-t-il avoir dans nos vies ? Pour l’Éco vous explique tout, en 6 questions.

De quoi parlaient Elon Musk et Jack Dorsey, 185 milliards de dollars à eux 2, sur Twitter le 21 décembre dernier ? Du Web 3.0. Vous froncez les sourcils ? Dans cinq minutes, vous aurez tout compris sur cette possible révolution d’Internet.

C’est quoi le Web 3.0 ?

Le Web 3.0, ou plus simplement Web3, fait parler de lui ces derniers mois. Pour certains analystes, la prochaine étape d’évolution du Web serait le Web sémantique (voir dernière réponse). Pour d’autres, le Web 3.0 serait avant tout marqué par la personnalisation, rendue possible par le propre stockage et l’utilisation des données.

Mais la version qui a fait parler d’elle dans l’actualité récemment est un Web 3.0 décentralisé. La différence avec le web actuel se situerait dans son architecture, de sorte que le contrôle sur ce qu’il s’y passe soit bien moins évident pour les entités « dirigeantes », entreprises géantes du numérique ou États.

Le terme « Web décentralisé » est utilisé pour désigner une série de technologies qui remplacent ou améliorent les protocoles, réseaux et services de communication actuels et les distribuent de manière à résister au contrôle ou à la censure par un seul acteur.

Si on parle de Web 3.0, c’est évidemment qu’il y a eu deux versions antérieures. Né le 13 mars 1989 de la tête de Tim Berners-Lee, le Web 1.0, se résumait à un simple portail d’information, peu organisé, qui a permis à Internet d’être accessible au public.

Et à partir du milieu des années 2000, le Web 2.0 a fait son apparition. C’est la version que tout le monde utilise aujourd’hui, avec YouTube, Google ou encore Facebook. Un Web tourné vers l’interactivité qui a permis une simplicité d’utilisation, et qui a conquis le monde entier.

L’idéologie qui sous-tend le Web3 est de s’attaquer à ce web actuel, monopolisé par une poignée de géants du numérique et difficilement régulable. 

D’où vient le concept de Web 3.0 ?

Son fondateur est Gavin Wood, un informaticien connu pour avoir co-fondé Ethereum, une blockchain disposant de sa propre cryptomonnaie. Ethereum est aujourd’hui la deuxième cryptomonnaie au monde après le bitcoin. Son prix s’élève à près de 3000 euros pièce, loin des 37 000 euros nécessaires pour acquérir un bitcoin.

Dans un article de John Markoff du New York Times datant de 2006, ce dernier définissait le Web 3.0 comme « une supposée troisième génération de services basés sur Internet qui comprennent collectivement ce que l’on pourrait appeler « le Web intelligent » ». Wood a définitivement inventé le terme de Web 3.0 en 2014, alors qu’il commençait à investir davantage dans la création de technologies décentralisées.

Éco-mots

Blockchain

Technologie transparente et sécurisée de stockage et de transmission d’informations, qui fonctionne sans organe central de contrôle.

Pourquoi ça fait l’actualité ?

Le Web3 fait récemment parler de lui avec la montée en puissance des NFT (jetons non fongibles) et des cryptomonnaies ces derniers mois et années.

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Il a également fait parler de lui lorsqu’un groupe de passionnés de cryptomonnaies s’est regroupé en un collectif pour tenter d’acheter un exemplaire original de la Constitution américaine. Ils avaient levé 40 millions de dollars sur Ethereum pour acquérir l’une des 13 copies restantes, se constituant en une DAO (Decentralized Autonomous Organization), une organisation décentralisée dont les règles sont inscrites dans une blockchain.

Pourquoi fait-il débat ?

Deux camps s’affrontent. Pour ses défenseurs, les plateformes en ligne actuelles sont trop centralisées. Aucune action n’a lieu sans l’autorisation de ces grands groupes tels que Meta (Facebook) ou Alphabet (Google). Ces entreprises ont amassé de grandes quantités de données personnelles et de contenus sans que les utilisateurs en aient vraiment conscience, leur conférant un incomparable avantage comparatif par rapport à tout nouvel entrant.

Ses défenseurs espèrent redonner du pouvoir aux internautes, en supprimant les intermédiaires que sont aujourd’hui les géants de la tech, avec un web décentralisé où les utilisateurs pourront faire ce qu’ils souhaitent.

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Pour ses détracteurs, ce concept est loin d’avoir donné la preuve de son intérêt au-delà d’applications de niche, dont beaucoup sont des services destinés aux utilisateurs de cryptomonnaies. Elon Musk, pourtant connu pour être attiré par les cryptomonnaies, s’est récemment moqué de ce web 3.0 sur Twitter. Il pense surtout que c’est « un mot à la mode en marketing », confie-t-il sur le réseau social.

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Jack Dorsey, qui a récemment quitté son poste de PDG de Twitter, va plus loin. Pour lui, le Web3 libre et décentralisé ne peut-être qu'une illusion si des investisseurs en capital-risque s'en mêlent. Certains investisseurs en capital-risque ont en effet déjà commencé à investir des milliards d’euros dans des projets (27 milliards en 2021), et ça ne serait pas près de s’arrêter. L'ex-PDG craint que ces sommes ne dénaturent et ne métamorphosent l’idée originelle de décentralisation vers une logique de financiarisation.

Une tendance qui générera de nouvelles entités dominant tout l’ensemble, comme c’est déjà le cas avec le Web 2.0 (Google, Facebook, Amazon, Microsoft), selon le cofondateur de Twitter.

Enfin, certains font part de leurs inquiétudes concernant certains aspects du projet, en particulier la finance décentralisée. Un fonctionnement qui pourrait favoriser le blanchiment d’argent.

Éco-mots

Capital-risque

Le capital-risque est un investissement, généralement sous forme d’argent, apporté au profit d’une jeune entreprise par des investisseurs. Ce financement prend la forme d’une prise de participation au capital de ladite entreprise. Pour les investisseurs, le capital-risque permet d’apporter du capital, un réseau et de l’expérience au profit d’une entreprise naissante, innovante et au futur prometteur.

Comment fonctionnerait-il ?

En étant construit à partir de la blockchain, le Web3 pourrait permettre de créer des actifs financiers, sous forme de jetons, pour assurer le fonctionnement interne de chaque service. Avec le système de blockchain, tout serait ultra-sécurisé, car cette dernière repose un système cryptographique de validation par les utilisateurs à chaque transaction.

Chaque internaute aurait alors à sa disposition un compte personnalisé, enregistrant sur la blockchain toutes ses activités. Il pourrait, par exemple, gagner un jeton pour n’importe quelle contribution sur ce Web3, lui donnant un moyen de participer à l’expansion de cette nouvelle version du Web. Ce Web3 accordera à quiconque la permission d’utiliser les services du réseau, sans passer par des intermédiaires.

Le Web sémantique, c’est quoi ? (ou l'histoire d'un autre Web3)

Pour Tim Berners-Lee, l’inventeur du Web, le Web 3.0 serait plutôt le Web sémantique. L’idée du Web sémantique est de permettre une recherche intelligente sur le Web, faite par des ordinateurs et basée sur des définitions qu’ils puissent « comprendre », des définitions données pour le monde entier.

En faisant une requête sur un moteur proposant de la recherche en langage naturel, vous l’interrogerez comme vous parlez, et il transformera cette demande en langage compréhensible et cohérent pour la machine. Dans cette version, il est plus question de traitement et de compréhension de la donnée, que de décentralisation.