En ce dimanche 1er mai 2022, Pour l’Éco vous retrace l’histoire de ce jour férié, marqué dès son origine par d’importantes mobilisations sociales.

Le calendrier fait bien les choses pour les syndicats : une semaine pile après la victoire d’Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle, se déroule la Fête du travail.

Ce jour, symbole de contestation sociale, donne l’occasion aux syndicats comme la Confédération générale du travail (CGT), Force Ouvrière (FO), ou encore la Fédération syndicale étudiante (FSE) de faire entendre leurs requêtes. Sur la liste des revendications, cette année : la hausse des salaires, l’amélioration des conditions de travail et surtout, grogne contre la réforme des retraites qu’Emmanuel Macron souhaite mettre en place. Ce dernier parle d’augmenter l’âge légal de départ à 65 ans.

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Pour l’Éco retrace l’histoire de ce jour férié.

Une lutte pour la journée de 8 heures aux États-Unis

La Fête du travail trouve son origine aux États-Unis.

En 1886, après deux ans de mobilisation des syndicats, 200 000 salariés américains obtiennent la journée de huit heures de travail contre dix à l’époque. Cette victoire laisse un goût amer aux travailleurs qui n’en bénéficient pas. Quelque 400 000 ouvriers et militants vont donc protester le 1er mai pour demander la généralisation de ce temps de travail.

Les manifestations durent quatre jours et sont parfois très violentes. À Chicago, le 3 mai 1886, la répression policière fait trois morts parmi les grévistes. La réplique des ouvriers est immédiate : ils posent, le lendemain, une bombe artisanale qui fait 15 morts du côté des forces de l’ordre. Trois manifestants anarchistes seront condamnés à la prison à perpétuité, cinq autres à la pendaison.

Pourquoi le 1er mai ?

Ces grévistes américains ont choisi de manifester le 1er mai car il s’agit du « moving day » aux États-Unis : le jour où l’on renouvelle les baux de location et les contrats de travail. Il s’agit également du premier jour comptable des entreprises.

Aujourd’hui néanmoins, la Fête du travail (Labor day) est célébrée le premier lundi de septembre au pays de l’Oncle Sam.

Et en France ?

En France, c’est en 1889, lors de la « deuxième internationale des travailleurs » (le congrès international socialiste) célèbrant le centenaire de la Révolution française, que les socialistes décident de faire du 1er mai un jour de grève et de revendications sociales, en mémoire des événements de Chicago.

Lors de la première édition de 1890, les grèves sont plutôt timides et attirent peu d’ouvriers. Le souhait principal, à l’instar des syndicats américains, est d’instaurer la journée de huit heures. Sur les pancartes des manifestants, des triangles rouges représentent le triptyque "huit heures de travail, huit heures de sommeil, huit heures de loisirs". Mais l’année suivante, les mobilisations de travailleurs se feront plus massives… et plus violentes.

Le 1er mai 1891 est connu pour le « massacre de Fourmies ». Dans cette ville du Nord, une unité militaire reçoit l'ordre de mettre fin à une manifestations de travailleurs. La répression fait neuf morts, dont deux enfants, et 35 blessés.

L’année 1906 reste aussi dans les mémoires pour les heurts entre la police et les manifestants : 800 personnes sont arrêtées ce 1er mai. Cette fois, le pouvoir politique est contraint de se pencher sur la question. Le gouvernement de Georges Clemenceau crée en 1906 le ministère du Travail. Il a pour vocation d’incarner un espace d’échanges autour des questions sociales.

Des efforts qui finissent par payer

Il faut attendre le 23 avril 1919 pour que la journée de travail de huit heures soit officiellement ratifiée par le Sénat français et que le 1er mai, « jour international des revendications salariales », devienne une journée chômée.

En 1936, le Front populaire au pouvoir répond aux différentes revendications des ouvriers en entérinant la semaine de 40 heures et en instaurant deux semaines de congés payés.

En 1941, sous l’occupation nazie, le régime de Vichy tente de s’approprier la fête des travailleurs. Le maréchal Pétain déclare que le 1er mai est « la fête du travail et de la concorde nationale ». Clin d’œil du calendrier, c’est aussi la saint Philippe, le prénom du maréchal.

S’il était déjà chômé, il faut attendre le 30 avril 1947 pour que le 1er mai soit payé. 

Éco-mots

Jours chômés

Jours non travaillés, en général les dimanches. Le 1er mai est le seul jour obligatoirement chômé (selon l’article L3133-4 du Code du travail, d’ordre public) et payé pour tous les salariés, à l’exception de certains services (pompiers, etc.).

Et ailleurs aussi : ce jour est férié dans de nombreux pays comme la Russie, le Japon ou encore l’Afrique du Sud, ainsi que dans tous les États européens, à l’exception des Pays Bas et la Suisse.