C'est quoi la "maladie hollandaise" (et comment la Russie n'y a pas échappé) ?

Idées

C'est quoi la "maladie hollandaise" (et comment la Russie n'y a pas échappé) ?

Après avoir trouvé de nouveaux gisements de gaz naturel en 1959, les Pays-Bas font le choix de miser sur cette nouvelle ressource. Mais cela va se faire au détriment du reste de leur économie. Ce ne seront pas les seuls à tomber dans le piège.

La “maladie hollandaise” qualifie la stratégie de développement d’un pays qui est basé sur les exportations de matières premières (pétrole, gaz, charbon, etc) ou de ressources naturelles (minerai, céréales, bois, etc). 

Elle tire son nom du pays d’origine où l’on a pu constater ce phénomène. Les Pays-Bas (Hollande), en trouvant de nouveaux gisements de gaz naturel en 1959, ont misé sur une stratégie de court-terme, exploitant au maximum cette ressource pour pouvoir accumuler des richesses rapidement. Et, en centrant leur politique économique sur cette matière première, les Pays-Bas vont délaisser leur industrie locale. On vous raconte l'histoire de cette dépendance.

Origine de la maladie Hollandaise 

À la fin des années 50, les Pays-bas découvrent donc de nouveaux gisements dans la province de Groningue ainsi qu’en mer du Nord. Cette ressource naturelle est vue comme une chance car en exportant le gaz naturel vers d’autres pays, les recettes de l’État et l’économie hollandaise vont augmenter rapidement. 

Le pays batave consacre son énergie dans l’exportation du gaz naturel, ce qui fait augmenter la demande de florins (monnaie hollandaise de l'époque). Très demandée, celle-ci s’apprécie. 

Éco-mots

Appréciation (monnaie)

Représente le gain en valeur d'une monnaie par rapport à d’autres monnaies, révélée par une hausse du taux de change effectif. Si un euro valait anciennement 1,50 dollar, et vaut aujourd’hui plus que 2 dollars sur le marché des changes, on dit que l’euro a gagné en valeur face au dollar. Les devises peuvent notamment s’apprécier grâce au degré de « sureté » estimé par des investisseur d'un gouvernement et de la banque centrale d'un pays. Par exemple, la Suisse a longtemps été considérée comme un refuge pour les investisseurs, ce qui signifie que la devise s’apprécie en temps de crise économique. L'inverse est une dépréciation. 

Cette appréciation de la monnaie hollandaise n'est pas en soi une mauvaise nouvelle, mais dans ce cas cela va engendrer des effets pervers pour l’industrie locale, délaissée du fait de la stratégie court-termiste d’exportations de matières premières. 

À lire aussi > Une monnaie forte, est-ce que c'est bon pour l’économie ?

Conséquences dramatique de cette stratégie d’exploitation

Les économistes W. Max Corden et J. Peter Neary ont étudié les conséquences de l’augmentation des recettes dues aux exportations de gaz naturel hollandais sur le taux de change.  Les auteurs définissent trois secteurs dans une économie : un secteur très compétitif à l'international, peu compétitif à l'international, et un secteur où la compétitivité n’est pas soumise au marché international (secteur des services par exemple qui ne sont pas exportés à l’étranger). 

Éco-mots

Compétitivité 

C’est la capacité, pour une entreprise, un secteur d'activité ou une économie, à faire face à la concurrence interne ou extérieure, à conquérir des parts de marché et à occuper une position forte sur les marchés.

Le secteur très compétitif est ici le secteur des matières premières car le pays dispose de grandes réserves de gaz naturel. Selon la théorie des avantages comparatifs de Ricardo, un pays a intérêt à se spécialiser dans le secteur où on est le plus compétitif. 

À lire aussi > [Fiche] David Ricardo et l'avantage comparatif

Éco-mots

Avantage comparatif

Chaque pays a intérêt à se spécialiser dans les secteurs d’activité où son avantage comparatif en termes de coûts relatifs est le plus élevé, ou bien là où son désavantage est le plus faible

Les salaires des autres industries manufacturières moins compétitives augmentent également pour essayer de suivre la tendance nationale. Cependant, en augmentant les salaires, ils deviennent de moins en moins compétitifs. Ainsi, on peut voir apparaître une économie à deux vitesses avec le secteur des matières premières (gaz principalement) très compétitif, et les industries manufacturière très peu compétitives. 

La monnaie hollandaise qui s’apprécie du fait de la forte demande de gaz, fait que les importations deviennent moins chères. Les hollandais peuvent acquérir des marchandises provenant d'autres pays pour peu cher car leur monnaie à gagner en pouvoir d’achat à l'international. 

Les exportations hollandaises quant à elles deviennent plus chères et donc l’industrie locale perd en compétitivité. Il devient moins cher d’acheter une télé provenant du Japon, que d’acheter une télé produite aux Pays-Bas. L’économie hollandaise se désindustrialise peu à peu. Le chômage augmente et passe de 1,1% en 1970 à 5,1% en 1977. 

Cette stratégie n'est également viable qu'à court terme. Quand les cours du gaz baissent, ou si les réserves de gaz commencent à s’épuiser, c’est toute l’économie qui est en péril. L’économie n’est plus diversifiée et la crise s’installe. 

La Russie aussi prise dans l’étau 

Les leçons de l'exemple malheureux des Pays-Bas n'ont malheureusement pas été retenues par de nombreux gouvernements de par le monde. La maladie hollandaise a pû être constatée dans de nombreux pays comme le Venezuela, l’Algérie, ou encore l’Australie. Et la Russie n’a pas dérogé à la règle.

L’économie russe reste en 2022 très dépendante de ses exportations de matières premières. Le gaz et le pétrole représentent quasiment deux tiers de la totalité des exportations russes. Un tiers de son PIB provient des exportations de ces matières premières. Sa dépendance au secteur de l'énergie est forte. 

La Russie, géant des hydrocarbures

En 2020, le pays est le second producteur de gaz naturel au niveau mondial, ce qui représente 18% du gaz naturel dans le monde. La Russie est également le second producteur de pétrole dans le monde, avec 12,4% de la production mondiale. 

La Russie est le premier pays exportateur de gaz naturel (22% des exportations mondiales en 2020), le second exportateur de pétrole (13% des exportations mondiales) et troisième exportateur de charbon (15,5% des exportations mondiales).

Dans le contexte actuel, la menace d’un embargo des pays occidentaux sur le gaz et le pétrole russe aurait un impact dévastateur sur l’économie russe. La diversification de l'économie russe pose problème quant à sa grande dépendance aux matières premières. Le conflit Ukrainien et les sanctions économiques opérées contre la Russie peuvent amener le pays à opérer un virage stratégique. 

À lire aussi > Poutine : à l’origine de sa popularité, le redressement économique russe