Comment l’Inquisition espagnole a tué la croissance, jusqu'à 200 ans plus tard
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Comment l’Inquisition espagnole a tué la croissance, jusqu'à 200 ans plus tard

André Zylberberg, directeur de recherche émérite, Centre d’économie de la Sorbonne
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Une zone géographique où elle a été la plus forte accuse, 200 ans après la fin de l’Inquisition (1478-1834), un déficit du PIB par tête d’environ 8 % par rapport à une autre où cette juridiction ecclésiastique fut statistiquement inactive.

L’Inquisition espagnole a perduré pendant plus de 350 ans. Elle pourchassait avec une cruauté inouïe toutes les déviances supposées à la stricte orthodoxie catholique, dont elle se voulait la seule garante. Ses tribunaux n’avaient pas besoin de mener des enquêtes très fouillées.

Les dénonciations émanant des notables, des voisins, des rivaux en tous genres et même des membres d’une même famille, fournissaient continûment leur lot de coupables potentiels. La société espagnole vivait dans un régime de méfiance généralisée.

Il était dans l’intérêt de chacun de limiter au maximum ses interactions avec les autres et de se cantonner à un cercle d’amis sûrs, si possible pas trop riches et éloignés des affaires et du commerce.

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Trois économistes ont voulu mesurer l’impact qu’a pu avoir cette longue période de persécutions religieuses sur l’Espagne d’aujourd’hui. Pour cela, ils ont construit une base de données couvrant toute la période de l’Inquisition en épluchant les comptes rendus des tribunaux. Leurs observations rassemblent ainsi 67 000 accusés ayant fait l’objet d’un procès.