D'où vient l'expression « la note est salée » ?

Idées

D'où vient l'expression « la note est salée » ?

Devenue la norme en temps d'inflation, l'expression « la note est salée » tire son nom du sel de l'Antiquité.

Née au XIXe siècle, cette expression populaire signifie que la facture est trop élevée et n’a jamais été autant utilisée que ces derniers mois au cours desquels l’inflation et le Covid sont venus « saler » nos notes.

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La formule renvoie au sel qui, dès l’Antiquité, est utilisé comme unique moyen de conserver la viande, pour des rites religieux et même des échanges commerciaux.

Denrée très précieuse et inaccessible au commun des mortels, le sel est, dans l’Histoire, l’apanage des puissants.

Monopole royal

Preuve de son immense valeur : la vente du sel devient au Moyen-Âge un monopole royal. Le condiment fera l’objet d’un impôt très impopulaire, la gabelle, créée en 1315 par Louis X avant d’être adoptée dans les différents comtés et duchés de France.

De cette taxe sur le sel, point de départ de nombreuses révoltes, va découler un sentiment d’injustice qui va petit à petit déteindre sur le terme « saler ». En argot d’abord, ce verbe signifie critiquer violemment quelqu’un.

Mais dès le XVe siècle, on l’utilise aussi dans le sens de faire payer quelque chose trop cher. Le marchand malhonnête sale sa marchandise, peut-on lire dans des écrits du Moyen-Âge.

L’association avec le terme « note » vient bien plus tard, au début du XIXe siècle, vraisemblablement quand la note, synonyme de « mémoire à solder », finit par s’imposer. On commence par dire « saler une note », et même « répandre la salière dessus », avant que la forme indirecte s’impose.

Aujourd’hui associé aux termes « facture » ou « addition », « saler » pourrait s’accorder à nos prélèvements automatiques : parlera-t-on bientôt d’abonnements salés ?