D'où vient l'expression « se faire de la thune » ?

Idées

D'où vient l'expression « se faire de la thune » ?

Mot d'argot mais usuel aujourd'hui, la thune est un mot utilisé depuis de nombreux siècles. Mais son sens a bien évolué au fil du temps...

« Tout le monde il veut seulement la thune », chantait Angèle en 2018. « Contresens », lui aurait-on répliqué au XVIIe siècle, car si ce mot désigne aujourd’hui l’argent, « thuner » est à l’époque le fait, pour un thuneur, de quémander une thune, c’est-à-dire… une aumône.

Clopin Trouillefou, le chef des mendiants dans Notre-Dame de Paris est décrit, en 1831, comme « le roi de Thunes, successeur du grand-coësre, suzerain suprême du royaume de l’argot » par Victor Hugo. « Thune » serait une ancienne version de Tunis, une ville qui renvoyait à l’idée d’opulence dont ce roi des pauvres ne pouvait disposer.

De l'argent pour survivre

Mais pour certains, le mot puiserait ses racines dans le terme gallo-romain tutina, dérivé de tutari, qui signifiait « se prémunir du danger de la faim et du froid » et renvoyait aussi à l’idée d’aumône. Dès 1837, la thune perd définitivement son sens d’aumône pour devenir une pièce de cinq francs.

En octobre 1910, lors de la première grande grève des cheminots, on bat le pavé en appelant à « la thune pour tous », la mise en place d’un salaire minimum journalier à hauteur… d’une thune, cette pièce de cinq francs.

Aujourd’hui, ni la pièce ni la monnaie n’existent plus, mais nous utilisons toujours ce mot pour désigner l’argent au sens large. Dans un avenir proche, gageons que nous parlerons encore de « thune », lorsque nous échangerons dans le métavers des NFT ou de la monnaie virtuelle.