Électricité : quand une féroce course à l'innovation change le monde à jamais (The Current War)

Idées

Électricité : quand une féroce course à l'innovation change le monde à jamais (The Current War)

Le film The Current War (2017), raconte la féroce course à l’électricité entre George Westinghouse, Thomas Edison et Nikola Tesla. Leur but : électrifier l’Amérique et changer le monde.

Pop'Éco est la chronique de Pour l'Éco qui décrypte la Pop'Culture à travers à un angle économique. À lire dans notre magazine : Énergies renouvelables, sommes-nous tombés dans le panneau ?

« Des années de travail, 10 000 filaments différents avaient été testés. Et puis, en mettant celui-ci, le générateur a démarré et l’ampoule a brillé» Quand Thomas Edison (Benedict Cumberbatch) tente de décrire ses sentiments au moment de l’invention de l’électricité, le temps se suspend.

« Notre meilleur filament n’avait tenu que 10 minutes. Et là, on s’approchait des 20 minutes. Quand l’aiguille du chrono a passé les deux heures, on a poussé un cri. Au passage des 10 heures, on était plongés dans le silence, assis autour de cette ampoule, ivres de la magie qu’on avait produite. On la fixait comme si c’était l’enfant Jésus qui jouait du Mozart. Et là, j’ai su : le monde ne serait plus jamais pareil. »

Et la lumière fut

Rembobinons. Il y a à peine 150 ans, les machines sont actionnées au pied, à la main ou à la vapeur. L’humanité s’éclaire à la bougie. Des petites maisons dans les prairies de l’Ouest américain à la Maison Blanche, le risque d’incendie est omniprésent.

Ce n’est qu’en septembre 1882, lors d’une première démonstration par Thomas Edison, que les rues autour de la Bourse de New York s’éclairent pour la première fois à l’électricité, devant une foule hypnotisée. 

Le lieu n’est pas choisi par hasard. Une fois la technologie inventée, il faut la déployer sur l’immense territoire des États-Unis. Le coût est énorme.

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Lors d'une démonstration de sa technologie devant des investisseurs, Edinson termine sa présentation par cette phrase : "Messieurs, sortez vos chéquiers."

Edison en est conscient et assure avec aplomb au plus riche investisseur des États-Unis, John Pierpont Morgan : « Investissez 500 000 dollars pour vous offrir, d’ici le siècle prochain, une vie plus éclairée et plus sûreLaissez-moi vous rendre si riche qu’en repensant à ce moment, vous vous demanderez : “Comment ai-je pu être si misérablement pauvre ?” »

La guerre des courants

Mais si Thomas Edison est le pionnier, George Westinghouse, ingénieur brillant, le suit de près. La concurrence acharnée entre les deux systèmes électriques entraîne une intense course à l’innovation. « Chez Edison Electric, nous faisons une innovation mineure tous les 10 jours, et une innovation majeure tous les six mois », explique le patron à une jeune recrue du nom de... Nikola Tesla. 

Edison et Westinghouse ont tous les deux conscience de l’enjeu. « L’avenir sera fait de cuivre, anticipe Edison. Automatisation, transport… Celui qui contrôle ce courant contrôle le futur»

Pour dominer le marché, il existe deux leviers : la technologie et le prix. Edison est doublement battu par Westinghouse. Le courant alternatif de ce dernier est plus adapté aux longues distances du territoire américain et bien moins coûteux. Il remporte un nombre croissant de marchés.

En difficulté, Edison s’égare dans les coups bas et se marginalise. John Pierpont Morgan, fort du pouvoir de ses dollars investis dans Edison Electric écarte l’inventeur et fusionne sa société, donnant naissance au géant General Electric, qui utilisera la technologie développée par Westinghouse.

« Bientôt tout le monde aura l’électricité et personne ne se souviendra d’avant », prophétise Edison. Les meilleures innovations ne sont-elles pas celles auxquelles on s’accoutume si bien qu’on en oublierait presque qu’il a fallu un jour les inventer ?