Être payé(e) au lance-pierre, une expression adaptée aux travailleurs des plateformes

Idées

Être payé(e) au lance-pierre, une expression adaptée aux travailleurs des plateformes

Vieille de plus d'un siècle, cette expression a vu son sens originel se perdre peu à peu pour ne garder que l'idée d'une faible rémunération. 

L’expression est née en même temps que l’objet qu’elle désigne, vers la fin du XIXe siècle. Si elle véhicule d’abord l’idée de rapidité, elle prend peu à peu le sens d’insuffisance. « Être payé(e) au lance-pierre » signifie en effet être sous-payé ou très mal rémunéré par rapport au travail effectué. 

Cet objet, emblématique de La Guerre des boutons et manié par Tom Sawyer ou Bart Simpson, est composé à sa création d’une fourche et d’un élastique issu des premières chambres à air en caoutchouc des vélos d’alors. 

L’expression  signifie d’abord que l’on rémunère une personne de manière rapide, à l’image de la vitesse des projectiles lancés. Mais elle prend aussi le sens d’approximation – difficile de viser une cible avec un lance-pierre. Au fil du temps, « payer au lance-pierre » perd le sens de rapidité pour ne conserver que l’idée de précision insuffisante, avant que cette notion ne disparaisse : aujourd’hui, seul le sens d’insuffisance subsiste. 

Une spécificité français

Pour l’anecdote, cette image du lance-pierre n’est pas reprise dans la langue anglaise ou allemande. Les Anglais utilisent l’expression « être payé des cacahuètes », pendant que les Allemands adoptent l’image d’un « salaire de la faim ».

D’un registre plutôt familier, l’expression est aujourd’hui particulièrement adaptée aux travailleurs des plateformes du Net, rémunérés par micro-paiements reçus par à-coups, à l’image des tirs effectués avec un lance-pierre.