« Faire les trois-huit », une expression venue d'une revendication sociale

Idées

« Faire les trois-huit », une expression venue d'une revendication sociale

Chaque mois, Pour l’Éco rappelle l’origine d’une expression courante en lien avec l’économie. Ici, "faire les trois-huit" , une organisation du travail où trois équipes se succèdent sur l'ensemble de la journée pour faire fonctionner une usine 24 heures sur 24.

« Faire les trois-huit » est une manière de désigner une organisation du travail bien précise. Il s’agit d’une forme de travail posté : les employés se succèdent au même poste en suivant le même rythme défini.

Trois équipes se succèdent ainsi, par tranches de 8 heures. Par exemple, une équipe sera en activité de 6 heures du matin à 14 heures, la suivante de 14 heures à 22 heures et la dernière de 22 heures à 6 heures du matin le lendemain.

Cela permet de faire fonctionner une entreprise 24 heures sur 24 pour honorer ses commandes, sans discontinuer, étant entendu que, dans une usine, par exemple, l’arrêt des machines peut avoir un coût élevé. Le système de travail posté est donc particulièrement répandu dans l’industrie ou dans les transports.

Un travail souvent pénible

Le « trois-huit » étant le système le plus répandu de travail posté, il est entré dans le langage courant et peut, par extension, désigner un travail pénible exécuté en horaires décalés.

La durée choisie n’est pas un hasard. Elle provient d’un patron : Robert Owen, entrepreneur britannique et père du mouvement coopératif.

En 1817, il invente un slogan resté célèbre et repris par les ouvriers : « Huit heures de travail, huit heures de loisir, huit heures de repos ». 

La journée de huit heures devient alors l’une des principales revendications des syndicats. Il faut attendre 1919 et la crainte de voir le communisme russe se propager jusqu’en France pour qu’elle soit instituée, afin de calmer les ardeurs révolutionnaires des ouvriers français.

La loi est votée le 23 avril 1919, la journée de huit heures a donc 100 ans cette année !