Faut-il relire Keynes avant de sanctionner trop lourdement la Russie ?

Idées

Faut-il relire Keynes avant de sanctionner trop lourdement la Russie ?

Dans un livre longtemps jugé prémonitoire, l’économiste estimait que les sanctions imposées à l’Allemagne par le Traité de Versailles de 1919 étaient insoutenables et compromettaient la construction d’une paix durable. Ses réflexions peuvent nourrir le débat à propos de l’intensité des sanctions économiques adoptées contre la Russie.

C’est l’ouvrage qui a contribué à façonner la légende de Keynes, économiste un rien prophète, célébré pour ses intuitions parfois géniales. Il publie Les conséquences économiques de la paix en décembre 1919, un peu plus de six mois après avoir démissionné de la délégation britannique à la conférence de la paix de Paris.

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De janvier à mai 1919, il représente en effet Her Majesty’s Treasury, l’équivalent de la Direction générale du Trésor outre-Manche, dans les âpres négociations entre les Allemands et les Alliés à propos des réparations de la Grande Guerre.

John Maynard Keynes y défend une ligne pragmatique. Il milite pour qu’un chiffrage réaliste des dommages de guerre soit mené et que des réparations à la fois proportionnées et soutenables soient exigées de l’Allemagne. Dans le memorandum préparatoire aux négociations qu’il adresse dès octobre 1918 au gouvernement britannique, il écrit : « Si on veut traire l’Allemagne, on ne doit pas d’abord la ruiner ».