Créer son entreprise, que faut-il pour se lancer ?

En séries

Créer son entreprise, que faut-il pour se lancer ?

SÉRIE - Pour certains entreprendre semble être une évidence. Pour d'autres, la vocation vient au fil des opportunités. Mais que ce soit pour monter une startup ou pour ouvrir une boucherie, une bonne dose de confiance en soi est nécessaire pour y aller. [Série | "Entreprendre : âmes sensibles, s’abstenir", saison 1, épisode 1/5]

Entre sauter de la Tour Eiffel et créer son entreprise après avoir emprunté un million à ses amis, qu’est-ce qui fait le plus peur ? "Sauter de la Tour Eiffel quand même ! En créant une entreprise, on ne met pas sa vie en jeu".

Taïg Khris, l’ancien champion de roller, sait de quoi il parle, il a expérimenté les deux. Il s’est lancé plusieurs fois dans l’entrepreneuriat pour ouvrir un magasin de roller, installer des skateparks dans les villes, vendre des agendas à l’effigie de sportifs, commercialiser une boisson énergisante et, plus récemment, monter une start-up au milieu des mastodontes des télécoms.

Taïg Khris

Taïg Khris, fondateur de Onoff

"J’ai toujours eu envie de créer des choses, de faire des choses. Et si je ne le faisais pas moi-même ça ne se faisait pas", explique-t-il. Ainsi sont nées les sociétés de ce serial entrepreneur, pas forcément pour "gagner de l’argent, mais plutôt pour rendre réel quelque chose" qu’il avait "imaginé" ou "rêvé".

Sans oublier l’organisation des records mondiaux, que ce soit le saut depuis la Tour Eiffel ou le record de saut en longueur réalisé au Sacré-Cœur, où il fallait à chaque fois concevoir le projet, lever des fonds, obtenir les autorisations, etc.

Quand l'idée vient  

Raconté par Taïg Khris, monter une boîte paraît simple. Peut-être parce que l’homme est un poil casse-cou, très déterminé et optimiste. Sa start-up Onoff est la première entreprise à laquelle il consacre 100 % de son temps. 

127839151_1002446100256010_4188687468290399498_n.jpg

L'application Onoff de Taïg Khris permet de posséder un nombre illimité de numéros, depuis un seul smartphone

Voici l’idée imaginée par Taïg Khris, sur son lit d’hôpital après une énième blessure : créer des "cloud numbers", des numéros de téléphone numériques, pour ne plus dépendre des cartes SIM physiques. Sauf que ... il ne connait rien aux Télécoms. 

"Déjà pour savoir si c'était faisable, j’ai dû chercher le nom du métier des personnes qui pouvaient m'aider ! J’ai fini par trouver un chef architecte télécoms qui m’a dit "c’est jouable, c’est une bonne idée mais ça va prendre plusieurs années et il faudra des millions d’euros"."

Taïg Khris marche avec des béquilles, détient à peine 15 000 euros en banque pour vivre et n’a suivi aucune formation en lien avec l’entrepreneuriat ou les télécoms, mais il répond : "Super, ça va marcher !" 

Précision : Taïg Khris n’est jamais allé à l’école, même pas à la maternelle. Une décision de ses parents qui a fait de lui un autodidacte. Il lui reste tout à apprendre : les régulations des telecoms, les contraintes d’un business plan, le cadre législatif de la dissolution du capital, bref les joies entrepreneuriales.

J’ai toujours eu envie de créer des choses, de faire des choses. Et si je ne le faisais pas moi-même ça ne se faisait pas.

Taïg Khris

Fondateur de la startup Onoff

Attention, avoir une idée de génie ou un rêve n’est pas forcément nécessaire pour créer une entreprise. "La bonne idée c’est celle qui trouve des clients", rappelle Sonia Boussaguet, professeure d’entrepreneuriat de l’école de commerce Neoma.

Et à ceux qui pensent avoir "une idée révolutionnaire", elle recommande de ne pas faire l’impasse sur l’étude de marché. "Ne pas connaître le marché, les clients potentiels, les concurrents, c’est une erreur fatale".

Apprendre et s'enrichir avant de se lancer

Nicolas de Bronac a toujours voulu "créer quelque chose", l’entrepreneuriat est même "viscéral" pour lui. Après le lycée, il est parti en école de commerce pour cinq ans.

Arrive alors l’idée de monter une franchise, "je trouve super le principe d’élaborer un concept et d’en faire profiter d’autres entrepreneurs", raconte l’homme de 37 ans.

Rationnel et déterminé, il glisse son CV dans la boîte aux lettres personnelle d’Alain Afflelou, qui l’embauche et permet à Nicolas d’apprendre tout ce dont il a besoin sur la gestion d’une franchise.

Avant ses 25 ans, il commence à réfléchir à un secteur dans lequel implanter une franchise à l’échelle nationale. Optique : marché bouché. Nourriture : déjà trop d’acteurs. Sport : investissement trop conséquent.

"J’ai abandonné mes domaines de prédilection et j’ai pris la liste des secteurs d’activités françaises. Quand je suis arrivé sur le pressing, c’était une évidence".

Le tout pour entreprendre ce n’est pas d’avoir LA bonne idée, c’est de faire n’importe quelle activité et d’essayer de la faire un petit peu différemment des autres.

Nicolas de Bronac,

Fondateur de Sequoia Pressing.

De Bronac voit le secteur de pressing comme un métier à défricher, "un peu vieillot", avec une seule franchise nationale, qui utilise une technologie qui allait être interdite (le perchloréthylène, un solvant nocif pour la santé et polluant). Aux États-Unis, une autre technologie a été développée pour le nettoyage à sec. Banco ! Le futur fondateur de Sequoia Pressing achète le brevet en janvier 2008.

"Ensuite c’est là que les ennuis commencent", rit-il, un peu jaune. Créer la société juridiquement, "c’est facile, ça met une semaine". Écrire un business plan, aller voir des fournisseurs, demander conseil aux professionnels du secteur - pas vraiment accueillants -, trouver des financements…

Pour toutes ces étapes, une autre entrepreneuse, Charlotte Cadé a été épaulée. L’entrepreneuriat n’était pas une vocation première, elle se voyait plutôt faire ce qu’elle avait appris en école de commerce, du marketing, et "évoluer classiquement dans une grande boîte".

Mais son expérience personnelle lui a donné l’idée de créer Brocante Lab, devenu ensuite Selency, une plateforme de brocante en ligne. Et en novembre 2013, elle se "lance dans cette aventure", dit-elle et quitte l’entreprise où elle était salariée depuis trois ans.

Pendant huit mois elle travaille toute seule pour créer la plateforme, élaborer la structure juridique, trouver des vendeurs... Bref monter l'intégralité du projet. Son conjoint, salarié à temps plein à ce moment-là, l’aide pour le business plan et la recherche de financement, avant de s'associer au projet après le lancement officiel.

À l'été 2014 et pour lancer correctement la plateforme, Charlotte Cadé décide chercher des renforts et recrute une commerciale en 2014. “C’était vraiment nécessaire pour décoller, il nous fallait absolument plus de produits” à vendre. 

Niveau technologie, les patrons de Brocante Lab ont tout de même peiné. Ils cherchaient un troisième associé qui soit plus compétent dans ce domaine, sans succès. “Créer une boîte dans la Tech, quand aucun des fondateurs ne vient du monde de la Tech, c’est pas évident…”, concède Charlotte Cadé. Le développement de la plateforme Brocante Lab a d’abord été sous-traité, puis une seconde plateforme a été conçue “en tunnel”, explique la fondatrice, qui se souvient d’un “projet mal géré. Qquand la plateforme a vu le jour, c’était plein de bugs”.

Aujourd'hui à la tête d'une équipe de 50 personnes, elle relativise cette période stressante: "De toute façon, je n’avais pas grand-chose à perdre, j’avais le droit au chômage donc je m’étais donné un an et demi pour tester ce projet et sinon je trouverai un autre job".

Sans plan B ni hésitation

L’ancien architecte Olivier Davenier a lui aussi dit adieu au salariat pour créer son affaire. Ce bon vivant a "besoin d’être heureux pour travailler", comme il dit. Et dans le cabinet d’architecte renommé où il a fêté son 45e anniversaire, il ne l’était plus.

Il décide alors de démissionner et de prendre du temps pour réfléchir, puis entame une reconversion pour une boucherie. "Ce n'est pas une idée qui m’est venue d’un claquement de doigts, tout petit j’hésitais entre archi ou boucherie", témoigne celui qui a naturellement donné le nom "Archi-boucher" à son enseigne.

Sans prévoir de plan B, il a effectué un stage, trouvé un contrat d’apprentissage, passé un CAP, et créé son entreprise, sans jamais hésiter. Même pas lorsqu’il s’est bléssé au dos en portant une carcasse.

Olivier s'est fait aider par un expert-comptable pour toutes les démarches administratives. "Une fois que la paperasse est faite, ça va vite", affirme l'artisan, qui a tout de même mis de longs mois à trouver un local et a ouvert sa boutique avec un mois et demie de retard à cause des travaux. 

Comme ces quatre entrepreneurs, 815 000 autres personnes se sont lancées dans l’aventure de l’entrepreneuriat en 2019 selon l’Insee. Mais trouver une idée et s’inscrire sur le répertoire des entreprises est loin d’être la partie la plus compliquée de la vie d’une entreprise.

Très vite, ils vont devoir faire face à leurs concurrents, aux galères techniques, aux besoins de financement, aux aléas économiques... une succession d'obstacles !

Nos personnages, que vous retrouverez jusqu'à la fin de la série : 

Le patron de PME. Nicolas de Bronac, fondateur de la franchise Sequoia Pressing, 37 ans. Il a toujours voulu créer une entreprise et a été attiré par la franchise après son diplôme obtenu dans une école de commerce d’Anger. Sequoia pressing fondé en 2008, 62 boutiques, 200 salariés. 

La startuppeuse. Charlotte Cadé, cofondatrice de Selency (ex-Brocante Lab), 33 ans. Plutôt orientée vers une carrière de marketing, elle a eu l'idée de créer une plateforme de brocante en ligne et s'est lancée dans l'entrepreneuriat avec son conjoint Maxime Brousse comme associé. Brocante Lab fondé en 2014, 50 salariés. 

L’artisan. Olivier Davenier, boucher à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, 52 ans. Ancien architecte, il n’était plus heureux dans son métier et a décidé de se reconvertir en boucher. Boutique Archi-boucher ouverte en 2018, un salarié et un apprenti. 

Le serial entrepreneur. Taïg Khris, fondateur de la startup Onoff, de la gamme de papeterie TK Concept, d’un magasin de roller et associé d’une boisson énergisée, 45 ans. Ancien champion du monde de roller, il a créé plusieurs petites entreprises avant de se consacrer à 100% à Onoff après une énième blessure. Onoff fondé en 2014, 60 salariés.

A suivre dans Entreprendre : âmes sensibles, s’abstenir

Se lancer c'est bien, et ensuite ? Les premiers pas des entrepreneurs sont aussi excitants qu'erreintants, premier client, premier contrat, première boutique... Les premières fois sont toujours spéciales, qu'elles soient des réussites ou des échecs.