Elinor Ostrom, et la gouvernance des biens communs 
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Portraits d'Économistes

Elinor Ostrom, et la gouvernance des biens communs 

Antoine Tirot
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Politologue de formation mais également économiste, Elinor Ostrom est reconnue pour ses travaux sur la gouvernance des bien communs, faisant d’elle la premiere femme à être prix nobel d’économie en 2009. 

Qui suis-je ? 

Elinor Ostrom naît le 7 août 1933 à Los Angeles en Californie. Fille d’une mère musicienne et d’un père designer séparés, elle se considère appartenir à un milieu social modeste. Elle  est diplômée de la Beverly Hills High School en 1951, puis rejoint les bancs de la prestigieuse université de Californie de Los Angeles (UCLA) où elle obtient un “Bachelor of Arts” (licence d’arts) avec la mention science politique en 1954. 

Elle commence sa carrière professionnelle en tant qu’employé dans une firme d’export, puis devient assistante de ressources humaines. Ostrom ne s'épanouit pas dans les différents postes qu’elle occupe et pense à faire une carrière universitaire. Elle postule pour un doctorat en économie à l'université UCLA mais l’établissement refuse sa candidature, du fait de son manque de niveau en trigonométrie. 

Elle sera néanmoins acceptée dans un master de sciences politiques en 1962 dans la même université. L’année suivante, Elinor Ostrom se marie avec Vincent Ostrom, professeur de sciences politiques à cette époque. 

En 1965, elle poursuit sa carrière universitaire en effectuant une thèse de sciences politiques, toujours dans l'université de Californie, portant sur la gestion d’une nappe phréatique en Californie du sud. 

Elle pointe le manque de coordination et de gouvernance collective dans la gestion de cette ressource d’eau douce. La nappe phréatique connaît un problème d'infiltration d’eau de mer, ce qui incite chaque utilisateurs à pomper toujours de plus en plus d’eau, menant à sa surexploitation. 

Dans sa thèse, elle montre comment les différents exploitants sont parvenus à trouver des solutions en recourant à des arènes de décision publiques (tribunaux) et privées (association d'usagers) afin de construire des accords pour réguler leur consommation et investir dans des solutions techniques de restauration des stocks d'eau douce.

Elle remet en cause le concept de “tragédie des communs” théorisés par l’économiste Garrett Hardin en 1968. 

Éco-mots

Tragédie des communs 

La tragédie des communs décrit une situation dans laquelle des individus, motivés uniquement par leur intérêt personnel, finissent par surexploiter une ressource limitée qu'ils partagent avec d'autres individus. Hardin prend l’exemple des terres communales que les bergers partagent pour faire paître leurs vaches. Si chaque nouvelle vache que possède un berger lui rapporte beaucoup, il lui en coûte par ailleurs très peu en nouvelle nourriture puisque le coût de celle-ci est partagé entre tous les utilisateurs de la terre communale. Il aura ainsi tout intérêt à maximiser le nombre de vaches qu’il possède. En fait, il aura une information tellement tronquée des coûts de cette opération, qu’il ne réalisera même pas que les autres bergers et lui sont en train de surexploiter la terre communale et que bientôt l’herbe ne pourra pousser assez vite pour nourrir adéquatement une seule vache. 

Le couple Ostrom quitte l’université de Californie pour s’installer à Bloomington dans l'État de l’Indiana. Elinor Ostrom occupe le poste de professeur adjointe dans l'université d'État de l’Indiana et devient professeur principal de sciences politiques en 1974. 

Elle est nommée directrice du département de sciences politiques de l'établissement en 1980, et ce pendant quatre ans. Dans cette même université, elle fonde avec son mari le “Workshop in political theory and policy analysis” (Atelier sur la théorie politique et l'analyse des politiques). 

Ses principaux travaux portent sur la gouvernance des biens communs, comme par exemple les forêts au Népal, le système d’irrigation en Espagne, les pêcheries en Indonésie ou dans l’État du Maine aux Etats-Unis. Son approche est pluridisciplinaire, mêlant anthropologie, sociologie et économie. Elle écrit en 1990 son livre best seller “Governing the commons”. 

Éco-mots

Bien commun

Bien que tout le monde peut consommer (bien "non exclusif"), qui n'appartient à personne et on ne peut en interdire l'accès pour des raisons de coûts ou techniques. C'est un bien "rival" , en quantité limitée et sa consommation par un agent réduit celle des autres.

Elle crée et dirige le centre d’étude de la diversité institutionnelle à l’université d'État de l’Arizona. Elle y développe une approche institutionnaliste des politiques publiques, ce qu’on peut aussi appeler la “théorie des choix publics”. 

En 2001, elle devient conseillère scientifique du comité international des sciences aux Etats-Unis. En 2009, Elinor Ostrom est récompensé du prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel, faisant d’elle la premiere femme ainsi que la seule non-économiste de formation à recevoir ce prix. 

La prix Nobel 2009 meurt le 12 juin 2012 à la suite d’un cancer du pancréas diagnostiqué 8 mois auparavant. 

La Gouvernance des bien communs d’Ostrom

Les travaux d’Elinor Ostrom sur la gouvernance des bien communs ont mis en lumière ce champ de recherche, encore peu connu et novateur. 

Le commun peut se définir comme « une gestion commune de ressources partagée pour une communauté d'utilisateurs », selon Ostrom. Il peut s’agir de plusieurs ressources comme par exemple un pâturage, une pêcherie, l’eau, d’un logiciel informatique ou encore d’un site Internet comme Wikipédia. 

Ostrom définit les communs comme un mode de gestion des ressources durable et efficace dans un système d'auto gouvernance. Les usagers du bien en question (pêcheries, pâturages, etc) gèrent eux-mêmes ces ressources. Le plus important dans le commun n’est pas la nature du bien, de la ressource, mais l’auto-organisation c'est à dire une institution auto-organisée capable de créer des règles d’usage, de façon soutenable, responsable, durable, pour les générations futures. 

La politologue insiste sur l’importance du rôle des institutions (normes, règles, culture, régime politique, etc) dans la gouvernance des communs. Ces institutions ne sont pas les mêmes dans différents pays ou régions du monde. La décentralisation des politiques est primordiale selon elle, car seuls les locaux (usagers) ont une réelle connaissance du terrain et peuvent se contrôler entre eux. 

L’exemple le plus célèbre repris est celui d’une pêcherie. « Si vous vendez le poisson et retournez pêcher davantage, tant qu'on peut vendre, cela conduira probablement à une surpêche. Mais si l'on établit une règle commune pour ne pas pêcher une partie de l'année, les pêcheurs gagneront plus d'argent sur vingt ans, car la filière restera productive »

Le commun est une critique et une alternative au système de propriété exclusive détruisant “la solidarité et l’environnement” selon elle. Sa thèse est qualifiée de troisième voie entre le privé et le public. 

Mes dates

- 7 août 1933 : Naissance à Los Angeles

- 1990 : Publication de son oeuvre phare Governing the commons 

- 2009 : Elle est la première femme à recevoir le Prix Nobel d'économie

- 12 juin 2012 : Décès à Bloomington (États-Unis)