Jean Tirole et l’économie du bien commun

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Jean Tirole et l’économie du bien commun

Économiste français Prix Nobel d’économie en 2014, Jean Tirole s’intéresse principalement au rôle de l’État dans la régulation des marchés, au droit de la concurrence, ou encore l’économie industrielle.

Qui suis-je ?

Jean Tirole naît le 9 août 1953 à Troyes (Aube) et suit une classe préparatoire aux grandes écoles au lycée Henri Poincaré à Nancy. Brillant mathématicien, il intègre l’école Polytechnique en 1973 et y découvre l’économie. Après avoir obtenu un doctorat en mathématique de la décision à l’université Paris Dauphine, Tirole s’exile aux États-Unis et plus précisément au Massachusetts Institute of Technology (MIT) pour y effectuer un « Phd » (doctorat) en sciences économiques.

Il reçoit le prix de la « Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel », ou « Prix Nobel », en 2014 pour ses travaux analysant la puissance du pouvoir de marché et de la régulation. L’économiste français présente dans ses articles et ses livres un cadre général en matière de régulation et de politique de la concurrence, notamment dans le secteur des télécoms et le secteur bancaire. Il devient ainsi à l’époque le troisième français à recevoir le Prix Nobel d’économie, après Gérard Debreu en 1983 et Maurice Allais en 1988 (s’ajoutera à cette liste Esther Duflo en 2019).

Économiste et ingénieur de l’école des Ponts, Jean Tirole est par ailleurs directeur d’étude à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), professeur invité au MIT et président de la Toulouse School of Economics (TSE).

Les travaux de Jean Tirole sont reconnus dans le monde entier. Il est décoré par de multiples distinctions académiques. En 1993, il reçoit le prix Yrjö Jahnsson qui récompense le meilleur jeune économiste européen. En 2007, il reçoit la médaille d’or du CNRS, ce qui en fait le second économiste après Maurice Allais à recevoir cette distinction.

En 2020, le président Emmanuel Macron décide de consulter Jean Tirole et Olivier Blanchard pour constituer une commission d’économistes afin d’établir « les grands défis économiques de demain ​​​». Les principaux sujets relatés sont la lutte contre le réchauffement climatique, les inégalités ou encore la refonte de notre système de retraite.

L’économie du bien commun

Dans son livre pédagogique « L’économie du bien commun » paru en 2016, l’économiste y décrit sa vision de la discipline économique et les réformes nécessaires pour améliorer la société. La recherche du bien commun, « c’est la recherche d’institutions qui font en sorte que l’intérêt individuel ne rentre pas en conflit avec l’intérêt collectif », confie-t-il.

Dans la première partie de son livre, Jean Tirole prône une économie ouverte aux autres domaines académiques comme l’histoire, la psychologie, la sociologie, ou encore le droit. Il parle également de l’état de la recherche en économie, des limites sociales du marché, des différentes versions de l’homo economicus, du rôle de l’Etat dans l’économie, mais aussi de la gouvernance et de la responsabilité sociétale des entreprises.

Éco-mots

Homo economicus

Concept d’inspiration néoclassique par lequel on désigne un agent économique rationnel dans ses choix, c’est-à-dire recherchant un maximum de satisfaction pour un minimum de dépenses.

Selon lui, l’économie « documente et analyse les comportements individuels et collectifs, mais […] aspire aussi à rendre le monde meilleur en émettant des recommandations de politique économique ». L’objectif de la discipline est « similaire à celui de la médecine : l’économiste, comme l’oncologiste, diagnostique, propose si nécessaire le meilleur traitement adapté étant donné l’état (forcément imparfait) de ses connaissances et recommande l’absence de traitement s’il n’est pas nécessaire ».

Jean Tirole adhère au postulat d’'individualisme méthodologique, c’est-à-dire que « les phénomènes collectifs résultent des comportements individuels et, à leur tour, affectent ces derniers ». Il ne cache pas l’omniprésence de la théorie des jeux dans ses travaux.

Dans la deuxième partie de son livre, l’économiste français indique des ébauches de politiques économiques nécessaires pour la France, selon lui, et revient sur le rôle de l’État dans l’économie.

Bien que partisan de l’économie de marché, il est conscient qu’il existe des défaillances : « dans une économie de marché, les intérêts individuels ne vont pas toujours dans le sens du bien commun ». C’est l’État qui a le rôle de « corriger ces défaillances de marchés car il responsabilise les acteurs économiques et il est responsable de la solidarité ».

Cependant, pour Tirole, l’État ne doit pas interférer à l’intérieur du marché, celui-ci doit se cantonner à définir les règles du jeu et à corriger les dérives du marché. L’économiste souhaite également déléguer les décisions politiques à des autorités indépendantes car elles « constituent l’un des instruments qui permettent à la démocratie de tempérer les excès de la tentation électoraliste et d’assurer l’indépendance de l’État dans la durée. »

« Les Français confondent la protection du salarié avec la protection de l’emploi »,
Jean Tirole.

L’économiste affirme dans son livre et dans son discours général qu’une réforme du marché du travail français est primordial. Il se prononce en faveur d’un contrat unique, qui supprimerait ainsi le CDI (emploi trop protégé) et le CDD (emploi pas assez protégé). Jean Tirole se fait l’apôtre d’un marché du travail beaucoup plus flexible : « il faut protéger le salarié et non l’emploi ». Il propose une tarification du licenciement en imposant le principe licencieur-payeur. Les employeurs qui licencient trop paieront plus de cotisations sociales (malus) et les employeurs qui licencient peu paieront moins de cotisations (bonus).

Mes dates clés

1973 : Naissance à Troyes

1993 : Prix du meilleur jeune économiste européen, prix Yrjö Jahnsson

2007 : médaille d’or du CNRS

2014 : Distingué Prix Nobel d’économie

2016 : Publication du livre « Économie du bien commun »

2020 : Participation au rapport Blanchard-Tirole