Jerome Powell, la Fed face au retour de l'inflation 

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Jerome Powell, la Fed face au retour de l'inflation 

Avocat de formation et actuel gouverneur de la Réserve Fédérale américaine (FED), Jerome Powell n’est pas sans rappeler son prédécesseur Paul Volcker dans ses choix de politiques monétaires pour lutter contre l’inflation.

Qui suis-je ?

Jerome Hayden Powell naît le 4 février 1953 à Washington DC aux États-Unis. Il obtient un diplôme en sciences politiques à la célèbre université de Princeton en 1975, puis un doctorat de droit à l’université de Georgetown en 1979. Contrairement aux anciens directeurs de la FED, Powell ne dispose pas de doctorat d’économie. 

En 1979, Powell s'installe à New York et devient clerc du juge Ellsworth Van Graafeiland de la Cour d'appel des États-Unis. De 1981 à 1983, Powell est avocat chez “Davis Polk & Wardwell”, et de 1983 à 1984 chez le cabinet “Werbel & McMillen”. 

Powell décide de rejoindre en 1984 la banque d'investissement “Dillon, Read & Co”, où il se spécialise notamment dans les projets de fusions-acquisitions. Entre 1990 et 1993, il travaille au département du Trésor des États-Unis, et évolue en 1992 au poste de sous-secrétaire au Trésor pour les finances nationales après avoir été nommé par George H. W. Bush. 

En 1993, Powell est le directeur général de “Bankers Trust”, ancienne banque américaine rachetée en 1999 par la Deutsche Bank. Il retourne ensuite à la Dillon, Read & Co. en 1995. 

De 1997 à 2005, Powell travaille pour “Carlyle Group”, un gestionnaire d’actifs industriels. Il continue sa carrière dans différents fonds d'investissements comme la “Severn Capital Partners”, et le “Global Environment Fund”. Il est également chercheur invité au “Bipartisan Policy Center”, un groupe de réflexion situé à Washington entre 2010 et 2012. 

En décembre 2011, le natif de Washington est nommé au Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale par le président Barack Obama. Le 2 novembre 2017, le président de l’époque Donald Trump parachute Powell à la présidence de la Réserve fédérale, en remplacement de Janet Yellen. Son mandat est reconduit pour quatre ans en 2021 par le nouveau président démocrate Joe Biden. 

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Jerome Powell durant ses différents mandats doit faire face à la gestion de la crise Covid ainsi qu’au grand retour de l’inflation aux États-Unis. 

Gestion de l’inflation, le retour de la doctrine Volcker. 

Lors de la crise sanitaire, le sénat et les parlementaires américains ont décidé d’élaborer un plan de relance massif d'environ 1 900 milliards de dollars, soit l’équivalent du PIB italien en 2020. Ce plan prévoit notamment des chèques de 1 400 dollars pour plusieurs millions d'Américains, ainsi que 350 milliards de dollars d'aide aux États et aux collectivités locales.

De son côté, la FED lance une série d'actions sans précédent pour contrer l'impact de la pandémie sur les marchés financiers, comprenant notamment l’expansion spectaculaire du bilan de la Fed et l'introduction de nouveaux outils, comme l'achat direct d'obligations d'entreprises (quantitative easing), et des programmes de prêts directs.

Éco-mots

Quantitative easing

L’assouplissement quantitatif, ou quantitative easing (QE) en anglais, est un outil de politique monétaire non conventionnelle. Utilisé pour lutter contre le risque de déflation et de récession, il consiste, pour une banque centrale, à intervenir de façon massive, généralisée et prolongée sur les marchés financiers en achetant des actifs (notamment des titres de dette publique) aux banques commerciales et à d’autres acteurs. Ces achats massifs entraînent une baisse des taux d’intérêt. Cela permet aux ménages, aux entreprises et aux États de continuer à se financer à de bonnes conditions, favorisant la croissance économique et la remontée du taux d’inflation.

Ce plan de relance conjugué aux tensions des chaînes globales de valeurs ont créé une surchauffe où l’offre n’arrivait pas à s'adapter à la demande. L’évolution des prix dépasse les 8% en septembre 2022 aux États-Unis, soit l’inflation la plus élevée depuis 1980. 

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Éco-mots

Chaînes globales de valeurs

La mondialisation a provoqué une fragmentation des chaînes globales de valeur. Cela signifie que les diverses opérations de conception, de logistique, de production et de services nécessaires à la fabrication d'un produit final peuvent être réparties à travers un grand nombre de pays. Par exemple, des crevettes sont pếchés dans la mer du Nord, mise en boîte au Maghreb, puis consommées en Allemagne ou en France. Le but est d'optimiser les coûts de production. Cependant quand les frontières sont fermées, il est plus difficile de faire transiter des marchandises, ce qui créent des délais d'approvisionnements. 

La FED sous la direction de Powell ne peut pas rester immobile et décide d'augmenter les taux d'intérêts directeurs, jusque là proche de zéro, pour casser la dynamique inflationniste. Pour rappel, la Banque centrale américaine doit, en plus de superviser la croissance et l’emploi, maintenir la stabilité des prix. 

Les directives de Jerome Powell ne sont pas sans rappeler son prédécesseur Paul Volcker. Ce dernier, ancien président de la Réserve Fédérale avait vaincu l’inflation aux États-Unis dans les années 80 en augmentant les taux d'intérêts de 9 à 19%. Cependant, cela avait provoqué une récession et une hausse du chômage. 

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Powell comme Volcker est prêt à combattre l’inflation quitte à probablement entraîner une récession. Le 26 août dernier, lors de la traditionnelle réunion des banquiers centraux à Jackson Hole, Powell énonce que la lutte contre l’inflation « va faire souffrir les ménages et les entreprises, mais y renoncer serait encore plus dommageable »

Les taux d'intérêts ont augmenté pour la cinquième fois en un an, et s'élèvent aujourd'hui entre 3 et 3,25%. Le chef de la FED affirme dans ses différents discours avoir « la volonté absolue de lutter contre l'inflation », et espère un atterrissage « en douceur ». La Réserve Fédérale souhaite ralentir la croissance pour faire baisser l’inflation, sans provoquer une récession, ce qui ne sera pas une mince affaire. 

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Dates clés :

1953 : Naissance à Washington DC

1979 : Doctorat à Georgetown

1992 : Sous-secrétaire au Trésor 

2011 : Membre du conseil des gouverneurs de la FED

2017 : Président de la FED