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Portraits d'Économistes

Paul Krugman et la nouvelle théorie du commerce international

Économiste américain néokeynésien célèbre pour avoir obtenu le Prix Nobel d'économie en 2008. Cette récompense lui a été décernée pour ses travaux portant sur “les effets des économies d'échelle sur les modèles du commerce international et la localisation de l’activité économique”

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Qui suis-je ?

Paul Robin Krugman est un économiste américain néokeynésien célèbre pour avoir obtenu le Prix Nobel d'économie en 2008. Cette récompense lui a été décernée pour ses travaux portant sur “les effets des économies d'échelle sur les modèles du commerce international et la localisation de l’activité économique”. Il a écrit de nombreux ouvrages dont “Pourquoi les crises reviennent toujours?” (2014). 

Paul Krugman est aussi professeur à l’Université de Princeton depuis 2000 et éditorialiste dans de nombreux magazines tels que “Fortune”, “Foreign Policy”, “The Economist” et “The New York Times”.

Il naît à Albany dans l'État de New York le 28 février 1953. Il est le petit-fils d'immigrants ukrainiens de confession juive. L’économiste américain est un étudiant brillant brillant et obtient une bourse nationale d’étude pour intégrer l'université de Yale où il est diplômé  d’un bachelor d’histoire et d’économie en 1974. 

Il continue ses études et obtient un doctorat d’économie en 1977 au Massachusettes Institute of Technology (MIT). Son intérêt pour le commerce international est déjà perceptible puisque sa thèse porte sur les taux de change flexibles. Durant son passage au MIT, Krugman fait partie d’un groupe d’étudiants envoyés travailler à la banque centrale du Portugal pendant trois mois. 

Après l'obtention de son doctorat, il devient professeur assistant en économie à Yale, son ancienne université. Il rejoint le corps enseignant du MIT deux ans plus tard, en 1979. Entre 1982 et 1983, Krugman travaille à la Maison Blanche, durant le mandat de Ronald Reagan, en tant que membre du “Council of Economic Advisers” (Conseil des conseillers économiques). 

Il réintègre le MIT en 1984, pour être professeur titulaire d’économie. Il sera également, à cette période, professeur associé à Stanford, Yale ou encore à la London School of Economics (LSE). L’économiste américain est également chercheur associé au “National Bureau of Economic Research” depuis 1979. Ses travaux de recherches sont nombreux, il s'intéresse aux questions de la fiscalité, de la distribution des revenus et surtout du commerce international. 

En 2000, Krugman rejoint les bancs de l’université de Princeton, où il est professeur d’économie et d'affaires internationales. Un an auparavant, en 1999, l’économiste signe une tribune dans le prestigieux journal du “New York Times”. Il est depuis cette date un chroniqueur régulier (plus d’une centaine de chroniques à son actif) et est reconnu comme un des plus grands vulgarisateurs d’économie aux États-Unis et dans le monde entier à travers ses articles. Il publie également des papiers dans les médias “Slate” et “Fortune”. 

Paul Krugman est récompensé du prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel, plus communément appelé prix Nobel d'économie, en 2008 pour ses travaux sur le commerce international. Il analyse l’importance des économies d'échelle combinées à l'hypothèse selon laquelle les consommateurs apprécient la diversité des produits (large choix). Nous y reviendrons plus en détail dans la seconde partie. 

En 2010, il est nommé président de l’Eastern Economic Association, association à but non lucratif promouvant les échanges éducatifs et scientifiques sur les affaires économiques. Paul Krugman prend sa retraite universitaire en 2015, mais continue de publier des articles dans le New York Times

Krugman est encore aujourd'hui considéré comme un des économistes les plus influents dans le monde. Il a écrit 27 livres, publié plus de 200 articles scientifiques dans les plus grandes revues académiques et il est également le deuxième auteur le plus fréquemment utilisé dans les programmes universitaires. L’économiste se considère lui-même comme étant “libéral moderne” et est rattaché au courant du néo-keynésianisme, étant la synthèse entre l’idéologie néo-libérale et keynésienne (à ne pas confondre avec la pensée Post-Keynésienne). 

Nouvelle théorie du commerce international

Krugman prend le relais de l'explication du commerce international théorisé par Smith et Ricardo puis du modèle HOS (Heckscher-Ohlin-Samuelson). Les auteurs classiques expliquent les échanges de biens entre pays de part les avantages absolus (Smith) et comparatifs (Ricardo). Les seconds énoncent que le commerce international est expliqué par les différences de dotations en facteurs de production (capital et travail) des pays qui y participent.

Éco-mots

Avantage absolu, comparatifs et dotations factorielles

L’avantage absolu est une théorie qui défend l'intérêt pour un pays de se spécialiser dans la production d'un produit ou service dans lequel il détient le meilleur avantage par rapport aux autres pays, ou bien là où son désavantage est le plus faible (avantage comparatif). Dans les deux cas, le pays a intérêt à se spécialiser dans les productions pour lesquelles il dispose d’un avantage absolu ou comparatif et à commercer avec les autres pays pour exporter ses productions et importer celles qu’il ne produit pas ou pas suffisamment. Ainsi, chaque pays développe ses propres productions et tous les pays gagnent à l’échange commercial. Selon l’analyse HOS, la dotation factorielle explique la spécialisation internationale des pays. Un pays se spécialise dans la production de biens ou de services nécessitant le facteur de production, le capital (machines, brevets, etc) ou travail (main d'œuvre) qu’il détient de manière relativement abondante. Un pays va importer les biens ou les services qui incorporent le facteur de production qui est, chez lui, relativement rare.

Selon les théories précédentes, les pays s'échangent des produits différents, un pays A vend des voitures au pays B qui lui vend des céréales en retour. Krugman remarque cependant que des pays de niveau de richesse semblables s'échangent des produits similaires, c’est ce qu’on appelle le commerce intra-branche (même secteur d'activité). 

Par exemple, il note que la Suède exporte ses voitures de marque Volvo en Allemagne, et importe des voitures de marque BMW fabriquées en Allemagne. Selon l’économiste, ces échanges de produits similaires sont expliqués par le fait que les consommateurs ont un goût pour la diversité de biens. Les échanges internationaux peuvent être expliqués, selon Krugman, par cette hypothèse. 

La nouvelle théorie du commerce international remet également en cause l'hypothèse de concurrence parfaite. Ainsi, la production et le fonctionnement des marchés se fait dans un monde où existent des rendements d'échelle croissants, une différenciation des produits, des marchés oligopolistiques, une concurrence entre firmes qui repose sur des investissements en recherche et développement.

Éco-mots

Rendements d'échelles croissants

En terme simple, cela veut dire que plus une entreprise produit, plus le coût unitaire d’un produit ou d’un bien diminue. L'entreprise est donc incité à produire plus pour diminuer ses coûts de production.

La prise en compte des économies d'échelle mènent à donner un rôle à la taille des nations, expliquant certains échanges internationaux en raison d'un développement initial des firmes sur un marché important. 

Cela peut expliquer la concentration géographique d'une industrie ou d’un secteur donnée, comme dans la Silicon Valley aux États-Unis par exemple. En effet, l’existence de telles économies d'échelle a pour effet de favoriser les nations (et les entreprises nationales) qui produisent des volumes importants. De plus, une nation entrée la première dans la production d'un bien ne pourra pas être concurrencée par une autre, avantagée par un taux de salaire plus faible, mais qui ne peut accéder à un niveau de production suffisant pour bénéficier des économies d'échelle. 

Les pays se spécialisent alors dans quelques marques, dans différents types de produits et non pas dans un seul secteur. La France est par exemple spécialisé dans plusieurs secteurs comme l'automobile (Renault, Peugeot), le luxe (LVMH, groupe Kering) ou encore dans l'aéronautique (Airbus). 

Mes dates clés

1953 : Naissance à Albany (État de New York)

1977 : Doctorat au MIT 

1982-1983 : Membre du “Council of Economic Advisers” à la Maison Blanche 

1999 : Première chronique au NY Times

2008 : Prix Nobel d’économie 

Quand il s’agit de la question majeure de fournir du travail aux personnes qui doivent vraiment travailler, sur ce point-là, la vieille Europe nous bat à plate couture, malgré des prestations sociales et des régulations qui devraient détruire énormément d’emplois.
Paul Krugman

Economic Times, 2014