Thorstein Veblen et la consommation ostentatoire

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Thorstein Veblen et la consommation ostentatoire

Économiste iconoclaste, il étudie la consommation des classes supérieures américaines. Il y observe une part de vanité qui la distingue de celle des classes populaires.

Qui suis-je ?

Cet économiste américain (1857-1929) adhère à une théorie évolutionniste institutionnelle dans laquelle les institutions sont le socle à partir duquel les systèmes économiques et les sociétés peuvent être analysés. Il explore les comportements des individus sans chercher à y trouver un quelconque déterminisme.

Les travaux de Veblen s’opposent au paradigme dominant en économie qui présuppose que toute évolution du marché amène vers un équilibre stable. L’auteur est d'ailleurs considéré comme un des principaux représentants de l’hétérodoxie en économie.

Les théories économiques de Veblen font appel à l'histoire, la psychologie, l'anthropologie et la philosophie pour décrire les évolutions du capitalisme et de la société. 

Le terme « d’effet Veblen » a été introduit par Harvey Leibenstein, économiste américano-ukrainien de la fin du XXe siècle, sans pourtant le citer dans ses référénces. Il décrit le paradoxe à l'œuvre quand la consommation d'un bien augmente en même temps que son prix. 

Thorstein Veblen partage quelques idées avec Marx mais s'oppose à la théorie marxienne et à l’évolutionnisme darwinien.

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L’auteur s'inspire aussi de Kant à qui il a dédié sa thèse de doctorat de philosophie publiée en 1884 et intitulée Ethical Grounds for a Doctrine of Retribution (Fondements éthiques d'une doctrine de la rétribution). 

Il était membre de l'Alliance technique fondée en 1918-19 par Howard Scott, le père du mouvement technocratique auxquel appartient aussi Veblen. Le système politique est considéré comme comme corrompu et inefficace pour créer et distribuer les richesses, c'est pourquoi les technocrate proposent que chaque richesse produite soit partagée de manière égale entre tous les citoyens et préconise l'instauration d'un ordre social autarcique. L'Alliance a notamment mené une enquête sur le gaspillage énergétique du sysfème capitaliste en Amérique du Nord. d'examiner les processus économiques et sociaux en Amérique du Nord. 

La « culture pécuniaire » du « bien de luxe » 

Thorstein Veblen s’attache à l’étude des biens ayant une élasticité-prix positive : leur consommation augmente quand le prix augmente. C’est justement parce qu’à mesure que le prix augmente, et que le bien devient donc inaccessible, qu’une certaine portion de la population, les plus riches, vont en augmenter leur consommation. 

L’auteur désigne ces biens par le terme « bien de luxe ». En plus d’être de qualité, ils fournissent au consommateur une exclusivité. Lorsque ces biens, par exemple le parfum, ne sont pas assez chers, la qualité ou la valeur symbolique sont perçues comme trop faibles. Veblen qualifie donc leur consommation « d’ostentatoire ». 

L’effet Veblen est caractérisé par une « utilité fonction croissante » du prix. L’effet de snobisme répond à une « utilité fonction décroissante » du nombre de consommateurs. Ces deux effets traduisent une « culture pécuniaire » dans laquelle les consommateurs les plus aisés souhaitent se différencier des autres : l’utilité, pour un consommateur, de la consommation d'un bien augmente avec l’exclusion des autres.

La « culture pécuniaire » s'applique aux femmes. Les épouses des plus riches ne doivent rien savoir et le faire savoir, comme une marque de noblesse. Le savoir n’est ainsi consommé que par les hommes. Très critique à l’égard de cette culture, l’auteur y voit un « gaspillage honorifique » de la part d'individus concentrés sur la visibilité de leur richesse. À ses yeux, les institutions cérémonielles, comme la religion ou le milieu académique, participent activement à cette « culture pécuniaire ».

Critique du capitalisme 

L’auteur tente d'analyser l’évolution du système, qui se transforme constamment sous l’impulsion, la technologie aidant, des nouvelles formes de contrôle dont disposent les classes supérieures pour s’accaparer l’usufruit du capital.

Pour l’auteur, les vested interests (intérêts acquis) sont à l'orgine de la sortie régulière du cadre de la concurrence pure et parfaie dans lequel le système capitaliste est censé évoluer. Ces intérêts sont définis comme « un droit légitime d'obtenir quelque chose pour rien ». Ce sont des richesses immaterielles ou des actifs intangibles ammassé.e.s par les agens capitalistes via des procédés, notamment la publicité trompeuse, que Veblen qualifient d'immoraux.

Cela engendre un écart entre la productivité intrinsèque du capital et la capacité d'accaparement de l’usufruit, avec des crises économiques à la clé.

Dans son analyse, l’auteur prend en compte les impulsions, la coopération, la rivalité, le travail bien fait des individus. Il met ainsi en opposition d'un côté l'industrie et la qualité des biens et des services produits ainsi que leur utilité sociale, de l'autre la dynamique capitaliste de l’accumulation de richesses comme but intrinsèque. 

Dates et ouvrages 

1857- Naissance à Cato (Etats-Unis) 

1898 - Why is Economics not an Evolutionary Science? (Pourquoi l'économie n'est-elle pas une science évolutionnaire ?)

1899 - The Theory of the Leisure Class - An Economic Study of Institutions. (Théorie de la classe de loisir)

1904 - The Theory of Business Enterprise. (Théorie de l'entreprise d'affaires)

1929 - Mort à Menlo Park (Etats-Unis) 

Pour s'attirer et conserver l'estime des hommes, il ne suffit pas de posséder richesse ou pouvoir ; il faut encore les mettre en évidence, car c'est à l'évidence seule que va l'estime.
Thorstein Veblen

Théorie de la classe de loisir, 1899