Gentrification

Dico de l'éco

Gentrification

Ce terme décrit le processus de transformation de quartiers populaires sous l’effet de l’installation de catégories sociales plus favorisées.

Dès l’origine, le terme « gentrification » revêt une connotation négative. Le mot a été inventé en 1964 par la sociologue marxiste Ruth Glass à partir du terme anglais « gentry », qui désigne de façon ironique la bonne société, les gens « bien nés ».

À l’époque, elle crée le concept pour décrire le changement de population dans des quartiers londoniens où les ménages aisés remplacent peu à peu les ménages populaires.

Opposition sur les causes du phénomène

Dans les années 1970 et 1980, des géographes anglais et américains reprennent l’expression pour la théoriser. D’intenses débats opposent entre eux les géographes sur les causes de ce phénomène.

Certains soutiennent que la gentrification est d’abord le fruit de politiques publiques de rénovation des quartiers populaires centraux. Pour d’autres, le facteur décisif est le choix individuel audacieux de certains ménages plus aisés qui décident par eux-mêmes d’emménager dans ces quartiers.

« Depuis, ces deux théories ont été combinées puisque les deux facteurs participent au processus de gentrification », explique Charlotte Recoquillon, de l’Institut français de géopolitique. À noter que le terme « gentrification » a en partie perdu sa dimension critique dans le monde anglo-saxon, où il est souvent utilisé comme synonyme de réhabilitation urbaine.

« Boboïsation »

En France, depuis le début des années 2000, on parle « d’embourgeoisement » ou de « boboïsation » (du terme « bobo », contraction de bourgeois-bohème) pour représenter ce phénomène de recomposition socio-spatiale, de remplacement des populations populaires par des classes sociales plus aisées, plus diplômées, recherchant des espaces plus urbains, plus dynamiques.

Ils investissent les centres-villes ou les quartiers vidés de leurs activités industrielles et faisant l’objet de nombreuses rénovations et réhabilitations par les municipalités.

Ségrégation

Un des effets de cette gentrification est le départ des populations traditionnelles hors de ces quartiers. La recherche de qualité de vie, de proximité, de bio attire des commerces adaptés à ce mode de vie et de consommation, ce qui a pour effet le renchérissement du coût de la vie.

De même, la hausse des prix des logements pénalise les classes populaires et moyennes à tel point que certaines villes comme Paris instaurent un encadrement des loyers pour contenir l’évolution des prix de l’immobilier. Dans d’autres villes, certains quartiers luttent contre l’arrivée des yuppies (Young Urban Professional, jeunes cadres), à l’instar du Queens à New York, mobilisé contre l’installation d’Amazon début 2019.

La gentrification de l’espace urbain pose alors la question du profil social des quartiers, du droit à la ville pour tous et de la nécessité de maintenir la mixité sociale par la construction de logements sociaux, afin de ralentir ce phénomène d’embourgeoisement.