Centres médico-psychologiques (Psychiatrie)

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Centres médico-psychologiques (Psychiatrie)

L'internement contraint d'un patient représente une privation de libertés et ne doit pas être pris à la légère. Problème, il n'existe souvent pas d'autres issues pour les professionnels de santé.

Début juin, le Conseil constitutionnel a demandé au gouvernement de revoir sa copie. Un décret sur "l’isolement et la contention des malades psychiatriques" de la loi Touraine de 2016 confirmait la compétence d'un psychiatre pour juger de l'internement sous contrainte d'un patient. Mais les "Sages" en ont décidé autrement : cette atteinte à la liberté doit passer par la décision d'un juge. 

La question réside désormais dans la réactivité de la justice : un psychiatre pouvait décider jusque là de l'internement d'un patient en urgence, pour des périodes de 12h, jusqu'à 48h consécutives. Le juge des libertés et de la détention saura-t-il être aussi efficace ?

Quelles structures pour soigner les maladies mentales ? 

Ces aller-retours juridiques ont fait réagir les professionnels. Ils se défendaient dans une lettre adressée au ministère de la santé : "Les pratiques de contention et d’isolement peuvent entraîner un traumatisme psychique aux conséquences durables. Elles sont néanmoins favorisées par la dégradation de l’offre de soin psychiatrique, notamment la pénurie de psychiatres et de personnels soignants des établissements publics." 

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En amont, des accompagnements existent pour soulager la conscience et soigner la santé mentale, mais ils sont difficiles d’accès et onéreux.

Selon un rapport de l'OCDE publié le 8 juin 2021, 67% des personnes souhaitant bénéficier de soins de santé mentale ont déclaré avoir eu des difficultés à les obtenir. "Onze pays de l'OCDE ne comptent qu'un psychologue ou moins pour 10.000 habitants", notent les auteurs du rapport.

En France, la sécurité sociale ne rembourse pas les consultations chez un psychologue et seulement 34€ chez un psychiatre.

Les centres médico-psychologiques (CMP) sont les seuls endroits où soigner les dépressions et troubles psychiatriques gratuitement. 

Appelés dispensaires d'hygiène mentale jusqu’en 1986, les CMP rassemblent plusieurs professionnels : médecins psychiatres, des psychologues, des infirmiers, des assistants sociaux, des ergothérapeutes, des psychomotriciens, des orthophonistes et des éducateurs spécialisés (cette interdisciplinarité n’est “pas toujours assurée” selon un récent et sévère rapport commandé par le gouvernement).

Ils tentent de prévenir les troubles mentaux, qu’ils soient cognitifs, comportementaux ou affectifs. Ces professionnels de santé interviennent pour la prévention, le diagnostic, les soins ambulatoires, au centre ou à domicile.

En Chiffres

7 pour 1 000

patients de 18 à 79 ans, hospitalisés en psychiatrie en France, en 2019. 

419 000 patients ont été hospitalisés en psychiatrie en 2019. 137 000 d’entre eux ont consulté pour troubles de l’humeur. 

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Les CMP réalisaient en 2019 plus de la moitié des actes psychiatriques en ambulatoire en France (entre 44,8 % et 77,7 % selon les départements). Le reste des soins se fait via des ateliers thérapeutiques et des demies journées en centre d’activité thérapeutique à temps partiel (CATTP, 13%), au domicile du patient (6%) et en “liaison médico-sociale” (1%).

L’État ne finance que 43% des 561 structures psychiatriques françaises via la dotation annuelle de financement (DAF), l’équivalent de l’hospitalisation de 289 000 patients. 

Selon un rapport de l'OCDE, les troubles mentaux représentent plus de 4,2% du PIB des pays de l'OCDE. Des coûts qui intègrent les traitements mais pas seulement : plus d'un tiers d'entre eux sont liés à des taux d'emploi trop faibles et une perte de productivité. Les auteurs pointent également du doigt, une espérance de vie des personnes souffrant de graves problèmes de santé mentale bien inférieure à la moyenne de la population.

Meilleur dépistage et moins de stigmatisation

Lise Demailly, professeure émérite de sociologie à l’Université de Lille, constate une “extension continue en France du recours aux services psychiatriques, qui ne cesse de se vérifier avec les effets retard de la crise du COVID-19”.

Premiers concernés, les étudiants ont été 11,4% à avoir des idées suicidaires, selon une étude menée par le Centre national de ressources et de résilience (CN2R).

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Ce recours croissant à la psychiatrie s’explique aussi par “un meilleur dépistage, une augmentation de la prévalence des troubles psychiques ou une moindre stigmatisation”.

Néanmoins l’offre ne suit pas la demande : “le délai d’obtention d’un rendez-vous médical varie quant à lui de quelques jours à trois mois dans les CMP” selon le rapport commandé par le gouvernement.

Des assises de la santé mentale et de la psychiatrie sont attendues. Le Président de la république avait annoncé le 14 janvier dernier une rencontre avant l’été 2021.

Brève histoire de la prise en charge psychiatrique en France : 

- Avant la Révolution, les “fous” sont placés en prison. L’internement est décidé par le préfet, qui garantit l’ordre public, et le médecin, dans l’intérêt du malade. 

- 1795 : Philippe Pinel et Jean-Baptiste Pussin classifient les maladies mentales d’après des signes cliniques.

- Au XIXe siècle, les établissements psychiatriques sont principalement gérés par des congrégations religieuses.

- 1838 : La psychiatrie est réglementée par l’aliéniste Jean-Etienne Esquirol. Un statut médical est créé. Le texte reste en vigueur jusqu’en 1990.

- 1960 : Les CMP sont créés. La psychiatrie est “sectorisée”. Les petites structures sont préférées aux grands hôpitaux pour une prise en charge continue par la même équipe de soignants et le maintien des patients au sein de la société.

- 1990 : La loi renforce le droit des malades et établit de nouvelles frontières entre l’hospitalisation à la demande du patient et l’hospitalisation contrainte.

- 2005 : Le Plan Santé mentale développe l’information auprès du grand public, renforce le droit des malades ainsi que ceux de leurs proches et met l’accent sur la formation et la recherche.