Qui suis-je ?

Adam Smith (1723-1790) est l’un des plus importants auteurs classiques de l’économie. Son œuvre phare, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, pose les fondements de la théorie économique moderne, en s’interrogeant notamment sur les sources de la croissance et de la répartition des richesses, sur la formation des prix et des salaires, ou le rôle de la concurrence au sein des marchés pour l’allocation des ressources.

On lui doit également une Théorie des sentiments moraux qui s’interroge sur la propension de la nature humaine à l’empathie et à la coopération, fondement de toute société policée.

Ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais plutôt du soin qu'ils apportent à la recherche de leur propre intérêt. Nous ne nous en remettons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme.

Adam Smith

Mes dates clés

  • Naissance : Le 5 juin 1723, à Kirkcaldy, en Écosse
  • 1776 : Publication de la Richesse des nations, texte fondateur du libéralisme économique
  • Mort : Le 17 juillet 1790, à l'âge de 67 ans, à Édimbourg, en Écosse

Adam Smith et la division du travail

Toute monnaie est une affaire de croyance.

Adam Smith

Toujours d’actualité, la division du travail ?

Quel est sa théorie ?

Prenons un exemple dans une manufacture de la plus petite importance, mais où la division du travail s’est fait souvent remarquer : une manufacture d’épingles. Un homme qui ne serait pas façonné à ce genre d’ouvrage (…) pourrait peut-être à peine faire une épingle dans toute sa journée (…). Mais de la manière dont cette industrie est maintenant conduite (…), cet ouvrage est divisé en un grand nombre de branches, dont la plupart constituent autant de métiers particuliers. Un ouvrier tire le fil à la bobine, un autre le dresse, un troisième coupe la dressée, un quatrième empointe, un cinquième est employé à émoudre le bout qui doit recevoir la tête. (…) J’ai vu une petite manufacture de ce genre qui n’employait que dix ouvriers. (…) Ces dix ouvriers pouvaient faire entre eux plus de quarante-huit milliers d’épingles dans une journée (…). Mais s’ils avaient tous travaillé à part et indépendamment les uns des autres, et s’ils n’avaient pas été façonnés à cette besogne particulière, chacun d’eux assurément n’eût pas fait vingt épingles, peut-être pas une seule, dans sa journée, c’est-à-dire (…) peut-être la quatre-mille-huit-centième partie de ce qu’ils sont maintenant en état de faire, en conséquence d’une division et d’une combinaison convenables de leurs différentes opérations. (…)

Cette séparation est en général poussée plus loin dans les pays qui jouissent du plus haut degré de perfectionnement ; ce qui, dans une société encore un peu grossière, est l’ouvrage d’un seul homme devient, dans une société plus avancée, la besogne de plusieurs. (…) Cette grande augmentation dans la quantité d’ouvrage qu’un même nombre de bras est en état de fournir, en conséquence de la division du travail, est due à trois circonstances différentes : (…) un accroissement d’habileté chez chaque ouvrier individuellement ; (…) à l’épargne du temps qui se perd ordinairement quand on passe d’une espèce d’ouvrage à une autre ; et (…) enfin, à l’invention d’un grand nombre de machines qui facilitent et abrègent le travail, et qui permettent à un homme de remplir la tâche de plusieurs. (…) Cette grande multiplication dans les produits de tous les différents arts et métiers, résultant de la division du travail, est ce qui, dans une société bien gouvernée, donne lieu à cette opulence générale qui se répand jusque dans les dernières classes du peuple.

(…) Observez, dans un pays civilisé et florissant, ce qu’est le mobilier d’un simple journalier ou du dernier des manœuvres, et vous verrez que le nombre des gens dont l’industrie a concouru pour une part quelconque à lui fournir ce mobilier, est au-delà de tout calcul possible. La veste de laine, par exemple, qui couvre ce journalier, toute grossière qu’elle paraît, est le produit du travail réuni d’une innombrable multitude d’ouvriers. Le berger, celui qui a trié la laine, celui qui l’a peignée ou cardée, le teinturier, le fi leur, le tisserand, le foulonnier, celui qui adoucit, chardonne et unit le drap, tous ont mis une portion de leur industrie à l’achèvement de cette œuvre grossière. Combien, d’ailleurs, n’y a-t-il pas eu de marchands et de voituriers employés à transporter la matière à ces divers ouvriers, qui souvent demeurent dans des endroits distants les uns des autres ! Que de commerce et de navigation mis en mouvement ! »
Adam Smith, Richesse des Nations, traduction de Germain Garnier 1776)

240 ans plus tard…Est-ce toujours vrai ?

Ce passage célèbre sur la division du travail ouvre la Richesse des Nations, d’Adam Smith. Il montre comment la croissance de la productivité repose sur la spécialisation du travail humain en des tâches de plus en plus étroitement définies. Pour Smith, la division du travail, qu’elle ait lieu au sein d’une usine, d’une économie ou entre pays, est source de richesse, car elle permet à chacun, en se spécialisant, d’être le plus productif possible, en tirant le meilleur parti de sa capacité à apprendre et à inventer des outils adéquats, et en évitant les pertes de temps et de savoir-faire associées au passage d’une tâche à l’autre.

La division du travail culmine avec l’invention, en 1913, de la chaîne de montage par Henry Ford, qui permet de décomposer la fabrication d’une automobile en un grand nombre de tâches très étroitement définies. Si ce mode d’organisation a été dénoncé pour ses aspects aliénants (revoir Les Temps modernes, de Charlie Chaplin !), il n’en a pas moins permis d’équiper des millions de ménages américains avec des voitures bon marché : grâce à l’invention de Ford, construire une auto prenait une heure et demie au lieu de douze, ce qui permit à Ford à la fois de doubler les salaires et de vendre son modèle T à des prix défiant toute concurrence. La division du travail pourrait sembler moins pertinente de nos jours, à cause de la complexification des tâches effectuées par les humains et du fait que les tâches étroites et répétitives sont désormais confiées à des machines. Or, il n’en est rien.

Selon Adam Smith, la division du travail est en effet limitée par l’étendue du marché. Dans une petite ville, le café vendra aussi des journaux, car le marché n’est pas assez vaste pour absorber l’offre d’un magasin entièrement spécialisé dans une de ces deux activités. Mais dans une ville plus grande, il y a la place pour un café et un marchand de journaux. De même, la libéralisation graduelle des échanges internationaux a permis la montée en puissance d’un énorme marché global pour les biens et services depuis le milieu des années 1990. Du coup, la division du travail a atteint de nouveaux sommets. Ainsi, à Shenzhen (Chine), des chaînes d’assemblage produisent des copies de tableaux de maîtres occidentaux fort prisées par la nouvelle bourgeoisie chinoise. Les entreprises multinationales déploient leurs unités aux quatre coins de la planète en fonction des conditions locales de coûts : centre d’appels à Marrakech, informaticiens à Bangalore, salle de marché à Hong Kong… Pour produire ses Mac et ses iPhone, Apple mobilise plus de deux cents usines, réparties dans de nombreux pays.

La batterie de l’iPhone est fabriquée par le Coréen Samsung, qui possède lui-même des usines dans 80 pays. Le gyroscope vient d’une entreprise suisse, l’écran est japonais, et l’accéléromètre allemand. Quant à l’assemblage, il est fait à Shenzhen, Chine, par une entreprise basée à Taïwan.
Bref, nous ne sommes pas près d’oublier ce premier chapitre de la Richesse des Nations

Le travail est la seule mesure universelle, aussi bien que la seule exacte, des valeurs, le seul étalon qui puisse nous servir à comparer les valeurs de différentes marchandises à toutes les époques et dans tous les lieux.

Adam Smith