Fort d’une quarantaine de "traders publics", cet organisme pilote notamment les nouveaux emprunts français. Son obsession : trouver, auprès d’investisseurs, les financements les moins chers et les plus sûrs pour sécuriser la dette tricolore.

Créée en 2001, l’Agence France Trésor (AFT) s’occupe de la trésorerie de l’État, gère les 1 929 milliards de dette souveraine et pilote les nouveaux emprunts français. Les objectifs de cette entité sous tutelle du ministère de l’Économie sont fixés par la loi annuelle des finances. Le budget 2020, voté en octobre 2019 par le Parlement, prévoyait 205 milliards d’euros de levées de dettes (260 après révision en septembre 2020). Pour 2021, l'Agence a indiqué qu'elle prévoyait d'émettre 260 milliards d'euros d'obligations à moyen et long terme.

La crise économique liée au Covid-19 a fait exploser les besoins en financement de l’État. L’objectif annuel est passé à 260 milliards d’euros. Du jamais-vu dans l’histoire des finances publiques.

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Sous l’autorité de la directrice générale du Trésor et présidente de l’AFT, Odile Renaud-Basso (notre photo), et du directeur général Anthony Requin, les 47 « traders » (18 contractuels et 29 fonctionnaires) de l’agence échange de la dette d’État contre de l’argent frais. L’AFT vend ces titres à des banques centrales et commerciales ainsi qu’à des investisseurs français ou internationaux, qui eux-mêmes les proposent aux particuliers : dans les livrets A, assurances-vie ou autres produits financiers.

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Récupérer le contrôle de la dette

Le rôle de ce service d’État est aussi d’assurer la sécurité des transactions et la fiabilité de la détention de la dette nationale. Avec l’urgence pandémique, la Banque centrale européenne (BCE) – et donc la Banque de France – a racheté jusqu’à 30 milliards d’euros par semaine sur les marchés obligataires. Une politique appliquée depuis 2015 qui a permis à la Banque de France d’acquérir une grande partie de la dette tricolore. Avant l’utilisation de cet outil monétaire, les investisseurs étrangers détenaient 70 % de la dette française contre 51 % aujourd’hui.

Deux temporalités de titre existent : les bons du trésor français inférieurs ou égaux à un an et les Obligations assimilables du Trésor (OAT), de deux à 50 ans. L’AFT lorgne les titres au long cours afin de prévenir la hausse des taux d’intérêt. Fin 2018, la moyenne approchait les huit ans, un temps qui assure une charge de la dette stable. En 2019, la France a payé 38,8 milliards d’euros d’intérêt, soit 3 % du PIB.

L’AFT doit enfin veiller à ce que l’État « respecte à tout moment et en toutes circonstances l’ensemble de ses engagements financiers ». Autrement dit, la dette française ne doit jamais devenir insolvable. La cellule « post-marché », l’une de neuf branches que compose l’AFT, suit les opérations et analyse ces risques.

De la dette au service de la transition écologique

En 2017, l’AFT a créé les obligations vertes de la dette française. Un moyen pour l’État de « mettre la finance au service de la transition écologique » et ainsi viser à respecter les Accords de Paris sur le climat. Cet actif atteindra sept milliards d’euros en 2039 avec un rendement de 1,75 %.

Pour l’instant, l’encours est de 27,4 millions d’euros (2019). L’AFT suit régulièrement ces obligations pour s’assurer du caractère vert des projets financés. Néanmoins, elles ne représentent même pas 1 % de la dette publique française. Déjà présents depuis une dizaine d’années, les émetteurs privés restent leaders sur ce marché en proposant 89 % des obligations vertes. Autre souci : cette segmentation de la dette publique donne aux investisseurs privés le choix des politiques publiques qu’ils acceptent de financer.

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