Un cygne noir fut découvert en Australie, au XVIIIe siècle. Un évènement extraordinaire pour les Européens car, jusqu’alors, les cygnes étaient supposés être tous blancs. Voir un tel oiseau, rapporté par les colons anglais, raconte l’essayiste et financier Nassim Taleb1, a été "une incroyable surprise… Cette histoire montre que notre apprentissage est limité et notre savoir bien fragile.

Désormais, un cygne noir désigne un évènement positif ou négatif, hautement improbable, irrégulier, une aberration avec peu de chances de se réaliser, notamment dans le domaine financier. Ses conséquences sont extrêmement puissantes et après coup, tout est fait pour lui trouver des explications, "pour le rendre prévisible, car généralement, notre esprit est incapable d’accepter l’idée d’imprédictibilité". Nous avons en effet tendance à surestimer nos savoirs à l’aide de modèles et de théories et, à l’inverse, à sous-estimer l’incertitude. Or le monde n’est ni prévisible ni calculable et même une impossibilité théorisée peut ensuite être réfutée par la réalité. L’économie et la finance en témoignent fréquemment.

Certains voient aujourd’hui dans le coronavirus un cygne noir, un choc d’offre et de demande menaçant les économies mondiales d’une grave crise économique. D’autres s’interrogent : pourquoi avons-nous été "surpris" ? Car tout pouvait être prévu – sous-capacités hospitalières, désindustrialisation, interdépendance mondiale… Du moins a posteriori bien sûr car, a priori, personne n’y avait pensé.

Pour aller plus loin

1. Le Cygne noir, Nassim Taleb, Les Belles Lettres 2012