[Guide] La mondialisation à l’épreuve du Covid-19, et pas seulement

En se répandant à travers la planète, le Covid-19, avec ses dizaines de milliers de victimes et ses dommages collatéraux économiques et sociaux, est pointé, à tort ou à raison, comme une métaphore de la mondialisation.

Que dit vraiment le virus de l'économie en 2020, de ses insuffisances et des corrections qu’il faut lui apporter ? Avant même la pandémie, la mondialisation était en procès. Les batailles commerciales sino-américaines, la mort annoncée de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le Brexit, la montée des régimes autoritaires souverainistes l’ont affaiblie. Faut-il, alors, démondialiser ou mondialiser autrement ?

Personne ne réclame le retour des vieilles frontières, mais tout le monde réclame une révision des priorités. Même en France, un pays dont les entreprises ont conquis le monde, certains s’interrogent sérieusement sur la réalité des bénéfices qu’elle apporte.

À ce débat, le virus donne une tonalité paradoxale. Après avoir dénoncé la puissance insolente de la mondialisation, voilà soudain qu’on s’inquiète de sa fragilité et de ses effets pervers.

En Chiffres

60 000

Soit le nombre de firmes multinationales sur la planète.

Ces entreprises de grande taille, possédant des filiales dans plusieurs pays et concevant leur organisation et leur stratégie de production et de vente à l’échelle globale, contrôlent plus de 500 000 filiales.

La mondialisation est réellement née avec les grandes découvertes et se développe dans une première phase du XVIe au XIXe siècle, mêlant colonisation et développement des échanges. Elle s’est ensuite accélérée au cours de la seconde moitié du XXe siècle.

La mondialisation a permis le rattrapage économique de certains pays, comme la Chine. Elle a aussi boosté le pouvoir d’achat des consommateurs occidentaux. Revers de la médaille, la mondialisation a également contribué au creusement des inégalités internes. En mettant en concurrence les salariés des pays riches avec ceux des pays en développement, la mondialisation participe aussi à l’augmentation du chômage dans les pays développés, qui se désindustrialisent.

Le miracle de la croissance chinoise, bénéficiant à un cinquième de la population mondiale, est l’événement économique le plus important du dernier quart de siècle. Mais il ne peut se produire qu’une seule fois. Et maintenant que la phase de croissance de rattrapage est terminée pour la Chine, ce moteur du commerce mondial va ralentir.

Barry Eichengreen

Économiste américain né en 1952, “Is globalization on its last legs ?”, World Economic Forum, 2016

Pourquoi la mondialisation est-elle en crise : la master class de Dani Rodrik