La notion d’opinion publique, assimilable à la rumeur ou à la réputation, apparaît au Moyen-Âge. C’est une forme de contrôle social populaire. Lors des procès, il en était tenu compte au même titre que des preuves matérielles. Au XVIIIe siècle, elle désigne ce que pense une partie de la population, celle des "éclairés", dotés d’un capital économique, social et culturel élevé et qui, dans les salons et les clubs, s’expriment au nom de la raison et critiquent l’absolutisme royal. C’est une opinion publique élitiste qui débat d’idées, communique et contribue à la formation d’une sorte d’espace public, lieu de délibération collective. Dans le même temps, les "mouches" de la lieutenance générale de la police portent à la connaissance du roi les rumeurs et les bruits du peuple.

Aujourd’hui, l’opinion publique, c’est le point de vue supposé de la population, du plus grand nombre. C’est une construction politique et médiatique de ce que pense le peuple qui s’exprime et qui agit. Elle est donc associée à la démocratie, "le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple", selon la formule d’Abraham Lincoln1, et devient un enjeu capital. Il faut la connaître grâce aux enquêtes et aux sondages, avoir son soutien. Elle peut modifier l’exercice de la démocratie en la transformant en une démocratie d’opinion et de ce fait, orienter les choix politiques. Pierre-Henri Tavoillot2 explique que "le peuple-société veut que l’espace public soit son reflet exact, que le privé – l’intime et l’économique – l’emporte sur le public […] et que l’État obéisse à tous ses désirs". Internet a "révolutionné l’espace public" dit Tavoillot, en le rendant "soudain, complexe et mondial". Les réseaux sociaux mêlent toutes les sphères (privé/public, production/consommation d’informations), favorisent le communautarisme par opinions partagées et les fake news : le meilleur comme le pire !

1 Seizième président des États-Unis (1861-1865)

2 Comment gouverner un peuple-roi ? Traité nouveau d’art politique, Odile Jacob, 2019