Verdir l’économie, vraie ou fausse solution pour sauver la planète ? Notre dossier pour y voir plus clair.

[Guide] Économie ou planète, faut-il choisir ?

Les engagements pris par les États, les entreprises et les ONG, en 2015, à la COP 21 de Paris, n’ont pas été tenus. La trajectoire visant à limiter la hausse des températures à 2°C d’ici 2100 par rapport aux niveaux pré-industriels semble de plus en plus intenable. L’impératif est pourtant bien connu : il faut changer notre façon de produire et de prélever les ressources naturelles. Bref, changer de croissance.

Verdir l’économie, est-ce finalement une vraie bonne solution pour nourrir 9,7 milliards d’humains en 2050 sans détruire l’environnement ?

On ne parle que de croissance verte, d’énergie propre, de produits durables, de circuits responsables, de labels équitables…On pourrait donc croire qu’il n’y a vraiment pas de quoi s’inquiéter, que tout est vertueux. Mais s’agit-il là de slogans pour se rassurer ou des signes avant-coureurs d’une vraie révolution en marche ?

Certains citoyens et activistes ont déjà tranché : pour eux, la croissance économique infinie, même verte, n’est pas tenable. Il faut aller vers une société de la décroissance pour sauver la planète. Et n’hésitent pas à attaquer les États en justice.

Des éléments clés et notre sélection d’articles pour vous aider à comprendre les transformations environnementales que connaît le monde économique actuellement.

Faisons le tour des acteurs économiques. Le premier constat, c’est que les transformations sont là. Les entreprises n’en sont plus à se demander si elles doivent changer ou pas, mais à calculer le rythme optimal de leur verdissement. Les consommateurs refusent d’avaler des substances nocives, ils s’arment d’applis et font changer les recettes des géants de l’agroalimentaire.

En Chiffres

Entre 1 900 et 10 000 milliards

de dollars par an. Coût de l’inaction climatique à l’échelle planétaire (soit 2 à 12 % de la production mondiale brute).

Les solutions existent. Bientôt, on pourra se chauffer grâce aux vitres transformées en panneaux solaires transparents ; nos murs seront isolés par des matériaux passant de l’état liquide à l’état solide en fonction des besoins ; les entreprises pourront acheter leurs matières premières sur une bourse des matériaux recyclés ; les pays pourront adopter le Bonheur national brut, cet indicateur de richesse inventé par le Bhoutan, comme unique indicateur de richesse.

L’économie verte, c’est avant tout de l’innovation.

Croissance verte : le plaidoyer de l’économiste Philippe Aghion

Mais ne soyons pas naïfs : il reste de vraies tensions entre les mécanismes qui font tourner l’économie libérale – cette machine à consommer, véritable fabrique de besoins toujours croissants – et les limites physiques de notre monde que les scientifiques s’épuisent à rappeler.

"L’économie est un ensemble de transformations, qui ont leur unité de mesure en physique : la tonne de CO2 émise ou de ressources puisées. Pas d’euro de valeur ajoutée sans énergie utilisée, c’est physiquement impossible."

Jean-Marc Jancovici

Professeur à Mines ParisTech, expert de l’énergie.

L’encadrement de l’économie, par la gouvernance et la régulation, jouera un rôle primordial pour accélérer ou freiner la transition, discriminer entre les propositions vraiment vertueuses et les fausses solutions gadgets. Aujourd’hui, les règles du jeu encouragent le vert, mais elles ne font pas payer le brun.

Polluer n’est pas encore réellement coûteux. Même le citoyen est paradoxal. Il voudrait bien faire, mais…

S’il y a bien un économiste historique qui ne croît pas une seule seconde au concept de croissance verte, c’est Nicholas Georgescu-Roegen.

Portrait

Nicholas Georgescu-Roegen

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Pour l’intellectuel roumano-américain, l’objectif d’une croissance illimitée dans un monde fini est impossible à tenir car les ressources de base pour alimenter ce modèle restent l’énergie fossile et son stock limité. Ce concept du "développement durable" ou de croissance verte me semblait dès lors être un oxymore, une poudre de perlimpinpin, car il reste basé sur l’idée même de croissance. Ses travaux de recherche et son observation minutieuse des évolutions économique, notamment dans sa ville de Nashville (USA), inspirent l’ouvrage The Entropy Law and the Economic Process, publié en 1971.