La France est-elle tombée dans la « trappe à liquidité » ?

John Maynard Keynes (1883-1946) a développé ce concept pour caractériser une « situation dans laquelle une politique d’expansion monétaire devient inefficace et n’assure plus la relance économique ». L’arme des taux d’intérêt (devenus trop bas) devient inopérante. Le désir de détenir des liquidités reste grand, l’économie est atone, mais avec de possibles risques financiers majeurs (bulles immobilières ou financières). L’analyse keynésienne explique qu’en période de ralentissement économique, il convient de soutenir la demande avec une politique de crédit facile et peu cher. Les taux d’intérêt faibles doivent encourager l’endettement pour qu’on dépense davantage. La croissance est alors relancée. C’est ainsi que, depuis la crise des subprimes, en 2008, les taux d’intérêt en zone euro ne cessent de baisser pour atteindre aujourd’hui un niveau proche de zéro. Certains États empruntent même à taux négatifs. Le 18 juin 2019, pendant quelques heures, le taux d’emprunt à 10 ans de la France était passé sous 0 %, autrement dit, les investisseurs « ont payé pour prêter ». Tant mieux pour l’État ! Cependant, malgré des taux d’intérêt faibles, les banques préfèrent placer leurs liquidités et les investisseurs préfèrent choisir des actifs financiers sûrs (comme la dette française), au lieu de financer l’économie réelle. Il est vrai que la croissance molle (1,3 %), le chômage encore élevé (8,5 %) en France, et les risques économiques et commerciaux globaux (Brexit, guerre commerciale sino-américaine) avivent la méfiance. Voilà pourquoi l’épargne des Français, notamment l’épargne de précaution, ne faiblit pas (14 %). Les liquidités sont « en réserve », dans la trappe.