Agir en économie - L’action vue par trois théoriciens

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Elsa Assalit

Vous avez peut-être déjà entendu cette phrase d’Henri Bergson “Vivre consiste à agir” ou ce célèbre adage de Friedrich Nietzsche “La connaissance tue l'action, pour agir il faut être obnubilé par l'illusion”. Du coup agir ça veut dire quoi? Et quelles sont les implications du terme dans le monde économique et social ? Trois économistes de renom se sont penchés sur la question.

Ludwig von Mises - Agir c’est aussi choisir de ne rien faire 

Faire un choix qui va changer le cours des choses, c’est la définition du verbe agir de Ludwig von Mises (1881-1973). Selon cet économiste autrichien, la notion de choix implique que l’homme qui agit est conscient qu’il agit.

De plus, l’action implique une finalité et la conscience du lien de causalité entre le moyen d’action et la finalité de l’action. Pour faire simple, on travaille pour (sur-)vivre car on a conscience que travailler permettra de gagner de l’argent, ceci permettant alors de payer son loyer et d’acheter de quoi manger et ainsi d’atteindre l’objectif final : vivre.

Mais pour changer le cours des choses, pas forcément besoin de bouger ! Ainsi, parler ou ne pas parler, sourire ou rester sérieux, régler ou ignorer un problème... sont des actions. Pour résumer : “Agir n'est pas seulement faire mais tout autant omettre de faire ce qu'il serait possible de faire.” 

Pour agir donc, on va faire usage de moyens d’action. Celui qui doit choisir et contemple les solutions qui s’offrent à lui, les classera selon une échelle de valeur, qui lui est propre. La valeur d’un moyen va alors dépendre de sa capacité à contribuer à atteindre l’objectif.

Selon cette définition de von Mises, il ne faudrait alors plus reprocher aux Etats et entreprises adeptes du greenwashing de faire semblant d’agir, puisque finalement même en ne faisant rien ils agissent. Pour rappel, le greenwashing, c’est mettre en avant des arguments écologiques pour construire auprès du public une image verte ne correspondant pas à la réalité.

Pour changer leur manière d’agir, il faudrait plutôt faire en sorte que leur objectif ultime soit tel que la protection de l’environnement soit alors mieux coté sur leur échelle de valeur, et devienne un choix stratégique à suivre. Cela pourrait passer par des mesures législatives punitives ou incitatives.

Max Weber - Agir au sein d’une société

Cet économiste et sociologue allemand (1864-1920) propose lui de définir l’action comme un comportement humain auquel celui qui agit va attribuer, un sens subjectif

Ainsi, deux personnes vont attribuer un sens différent à un même comportement. Faire du lèche-vitrines devant le Disney Store ou manifester son mécontentement vêtu d’un gilet jaune sont bien deux sens différents donnés à un même comportement, celui de déambuler sur les Champs Elysées. Mais à la différence de Ludwig von Mises, Max Weber admet que ce sens donné à l’action n’est pas forcément conscient.

Weber étudie en particulier l’action “sociale” : selon lui, les individus agissent de manière différente selon le contexte social et la réaction attendue de leurs pairs. Ouvrir un parapluie pour se protéger de la pluie n’est pas une action sociale, car elle ne se fait pas en fonction d’autres individus. Par contre, choisir d’acheter un parapluie noir plutôt que celui avec la photo de Jon Snow, par peur d’être jugé, c’est bien une action sociale.

L’économiste distingue quatre types d’actions sociales

  • l’action rationnelle en finalité (orientée vers la recherche d’efficacité pour atteindre un objectif) : c’est le chef d’entreprise qui pour améliorer son profit va opter pour une division du travail, qui augmentera la productivité ;
  • l’action rationnelle en valeur (guidée par le respect de valeurs et convictions) : le salarié qui a une forte conscience écologique qui démissionne car son entreprise ne respecte pas ses engagements climatiques ;
  • l’action traditionnelle (motivée par l’habitude, la tradition) : c’est la pause café de 10h avec ses collègues ;
  • l’action affective (déterminée par la passion, l’émotion) : c’est le salarié qui tape du poing sur la table parce qu’il en a marre que ses collègues de l’open space fassent du bruit.

Karl Marx - Agir pour s’émanciper

Il faut agir en homme de pensée et penser en homme d’action.” Karl Marx (1818-1883) définit l’action en l’opposant à la théorie. Cette dernière est nécessaire mais doit permettre de penser l’action pour transformer la société, et pas simplement de l’observer.

Cette citation le laisse voir, Karl Marx a une approche quelque peu différente de son compatriote Max Weber. Quand ce dernier tente de comprendre la motivation derrière l’action humaine, et pourquoi les choses sont telles qu’elles sont, Marx essaie lui de savoir comment les choses devraient être, et réfléchit aux moyens pour y parvenir. 

Dans son sens, l’action prend alors une tournure beaucoup plus pratique : l’action est émancipatrice, libératrice, dans un contexte de lutte des classes et d’aliénation par le travail. Si on transpose cette réflexion au monde actuel, l’action selon Karl Marx ce sont les manifestations des gilets jaunes, les sit-in des salariés de Conforama ou encore le boycott des produits Danone au Maroc