Prendre son temps avant de décider ne fait pas de vous un indécis. Laisser flotter les idées, peser le pour et le contre, écouter, tout cela peut en réalité renforcer la qualité de décision.

« Il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu’on peut faire le jour même ! » Ce dicton, qui trouve ses racines chez le poète Hésiode, au VIIIe siècle avant notre ère, connaît une déclinaison dans toutes les langues.

Il est très prisé par une société qui valorise la vitesse, l’efficacité, le respect d’échéances toujours plus courtes. Bref, un leader doit savoir décider vite, très vite !

Ne pas savoir le faire, c’est prendre le risque d’apparaître lent, mou, comme celui qui n’assume pas. La procrastination (l’attitude qui consiste à reporter une décision ou une action) est plus qu’une incompétence, c’est une faute !

Rappelons-le, la procrastination peut exposer à des sanctions plus ou moins sévères : remettre à plus tard le paiement de ses impôts ou ses factures, c’est l’amende ou la pénalité assurée. Ne pas rendre un dossier dans les temps à son N + 1 peut être un motif de licenciement. Tarder à ranger son désordre, c’est provoquer la détestation de ses colocs ou de ses collègues…

L’art du bon moment

Et pourtant, de grands hommes (et quelques femmes illustres aussi) ont été de grands procrastinateurs.

Dans la liste, beaucoup d’artistes comme Victor Hugo ou Leonard de Vinci, des politiques comme Bill Clinton et un manager fameux, Steve Jobs. On se pince !

Le mystère s’épaissit encore quand on apprend qu’un des plus grands patrons actuels, Jeff Bezos (Amazon), affirme aimer les indécis, car il les trouve plus intelligents et capables d’envisager à la fois le bon et le mauvais d’une situation.

Quel est donc le secret de ces leaders procrastinateurs ? Ils sont maîtres de leur temps et savent résister aux injonctions du « tout, tout de suite ». Ils ont compris qu’il leur fallait plus d’informations pour prendre une décision. Ils sentent que, pour être optimale, celle-ci doit être rendue au bon moment. Se précipiter serait une erreur.

Et puis ils se connaissent : ils ont besoin du shot d’adrénaline du dernier moment pour être vraiment performants et créatifs. D’autres sont animés par le respect de leurs collaborateurs, ils veulent prendre le temps de solliciter leur avis.

Le hasard selon Bachelard

Ces procrastinateurs ne sont pas des leaders désœuvrés repoussant la décision ou l’action sine die par paresse. Au contraire, ils multiplient les activités, recherches et consultations pour revenir, après des détours qui peuvent sembler obscurs, à la décision tant attendue.

Ils ne refusent pas non plus de décider par manque de courage, par peur de la sanction, ils n’enterrent pas tout ce qui peut les exposer. Ces procrastinateurs assument leurs responsabilités.

Internet est leur terrain de prédilection, car la Toile est l’endroit où on a le plus de chances de faire des trouvailles et de trouver des réponses qu’on ne cherchait même pas. 

Leur meilleure alliée ? La sérendipité, cette capacité à trouver au milieu de nulle part, comme par hasard, la solution concrète à un problème. Le philosophe des sciences Gaston Bachelard (1884-1962) les y encourage : « Celui qui trouve sans chercher, c’est celui qui a longtemps cherché sans trouver. » Les procrastinateurs seront bien les leaders de… demain !