Comment on mesure le niveau de vie

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Béatrice Madeline

En sciences économiques, le niveau de vie est une donnée statistique couramment utilisée pour effectuer des comparaisons internationales, mesurer les inégalités pour mieux les combattre ou évaluer l’incidence du progrès technique. Cette notion répond ainsi à une définition précise : le niveau de vie est déterminé par ce dont un individu dispose réellement pour vivre, explique Julie Labarre, chef de la division Revenus et patrimoine des ménages à l’Insee.

Le revenu disponible

Première étape : connaître le revenu disponible exact d’un ménage, c’est-à-dire un ensemble de personnes qui vivent sous le même toit et partagent leurs ressources. Pour cela, on prend en compte d’un côté les revenus du travail (salaires, honoraires…), les revenus d’activité pour les indépendants, les revenus de remplacement éventuels (prestations chômage, pensions de retraite), les revenus du patrimoine (revenus fonciers et placements financiers). De l’autre, on retire les impôts payés (sur le revenu, taxe d’habitation, fonciers…). Puis on ajoute les prestations sociales touchées : allocations familiales, minima sociaux. Le résultat obtenu, c’est le revenu disponible.

Les économies d’échelle

Pourtant, à revenu égal, un ménage de cinq personnes – un couple et trois enfants, par exemple – n’aura pas le même niveau de vie qu’un couple sans enfant. Pour pouvoir comparer des ménages de tailles différentes, le revenu disponible doit donc être ramené au nombre de personnes que compte le ménage. Avec une petite subtilité, cependant. Plus un ménage est nombreux, plus il réalise des économies d’échelle. Prenons l’exemple de la cuisine : chaque ménage (sauf exception, bien sûr) en possède une. Qu’il s’agisse d’une vieille dame seule ou d’une famille nombreuse. Cette dernière réalise donc une économie relative, puisqu’avoir une cuisine par personne ne lui serait d’aucune utilité.

Pour prendre en compte ces économies d’échelle, on rapporte (divise) le revenu disponible non pas au nombre de personnes du ménage, mais à des « unités de consommation », manière de chiffrer les économies d’échelle. Ainsi, le premier adulte d’un ménage est compté comme une unité de consommation. Les adultes suivants comptent pour 0,5 seulement, ainsi que les enfants de plus de 14 ans. Les enfants de moins de 14 ans, eux, comptent pour 0,3 unité de consommation.

En chiffre

1 ou 5 ?

Pour comparer différents ménages, le revenu disponible doit être ramené au nombre de personnes que compte le ménage.

Pourquoi situer la limite à 14 ans ? « Les études internationales montrent que c’est à cet âge que le niveau de consommation se modifie vraiment », explique Julie Labarre. De fait, un collégien a besoin de bien plus de choses qu’un écolier (un ordinateur, des livres, du matériel scolaire) ; il utilise en général les transports en commun quotidiennement, pratique souvent un sport, part en vacances… et mange comme quatre ! D’où un « coefficient » plus important accordé aux ados de plus de 14 ans.

Un outil de justice sociale

Pour effectuer cette mesure complexe du niveau de vie, l’Insee se base sur de nombreuses sources : déclarations fiscales, enquêtes sur l’emploi et sur les revenus fiscaux et sociaux… Un travail d’envergure qui permet aussi de calculer d’autres indicateurs essentiels, par exemple le seuil de pauvreté – qui va donner droit à des aides sociales. La mesure du niveau de vie est donc aussi un instrument de justice sociale.

Ne pas confondre

Revenu et niveau de vie

« Vu son niveau de vie, il doit avoir de gros revenus ! » Qui n’a jamais entendu ce genre de remarque ? Pourtant, les deux ne sont pas forcément liés… Le revenu effectivement perçu par les individus, qu’il s’agisse d’un salaire, de revenus d’une activité libérale, de revenus fonciers ou autres, est sujet à impôts et taxes. Ceux-ci peuvent être plus ou moins élevés : un impôt élevé diminue la possibilité d’avoir un train de vie luxueux.

Par ailleurs, même après impôts, les revenus doivent s’apprécier au regard de la taille de la famille : avec cinq ou six enfants, on dépense plus qu’avec un seul. Le niveau de vie « apparent », celui que les gens voient, peut aussi différer selon les régions ou les pays. On peut avoir une grande maison dans une région rurale et pourtant toucher un salaire bien plus faible qu’un Parisien logé dans un petit appartement. Bref, le niveau de vie n’est pas affaire d’apparences, mais bien de statistiques !

Pour aller plus loin

Une carte du niveau de vie en France : www.data.gouv.fr/fr/reuses/niveau-de-vie-des-francais-la-carte-par-commune/

Un article critique sur le lien entre le bien-être réél des individus et leur niveau de vie : www.cepii.fr/PDF_PUB/em/2011/em2011-08.pdf

Des études et données de l’Observatoire des inégalités, par exemple : www.inegalites.fr/A-quel-niveau-de-vie-est-on-riche?id_theme=15

Un rapport du Pipame (Pôle interministériel d’anticipation des mutations économiques) : www.entreprises.gouv.fr/files/files/directions_services/etudes-et-statistiques/prospective/Industrie/2017-Fabrication-additive.pdf