Internet modifie-t-il vraiment la façon de s'informer ?

En théorie

Internet modifie-t-il vraiment la façon de s'informer ?

Selon une récente enquête menée par nos soins, le top 26 des sources en ligne les plus consultées reste pour l’essentiel composé de médias traditionnels.

Internet est omniprésent dans nos vies : 90 % des ménages français y sont connectés et 77 % de nos concitoyens surfent quotidiennement sur le web – une proportion qui grimpe à 93 % chez les 16-24 ans, selon l’Insee. Lieu de loisir et de travail, internet est aussi un vaste espace de diffusion d’informations.

Le web est-il pour autant devenu un canal majeur d’information en France ? Dans une étude que nous avons conduite pour la Fondation Descartes, nous avons cherché à le déterminer et, plus largement, à comprendre comment les Français s’informent sur la Toile.

À lire : Covid-19 : une pandémie de théories du complot

Pendant 30 jours, nous avons enregistré l’intégralité de l’activité internet d’un panel de 2 372 personnes représentatives de la population. Nous avons pu analyser leur consultation de près de 3 000 sources d’information en ligne, sur leur ordinateur ou leur Smartphone.

La confiance ne compte pas tant que ça

Au cours de notre étude, nous avons demandé aux participants d’indiquer leur niveau de confiance envers diverses sources d’information en ligne afin de déterminer s’ils consultent davantage celles en lesquelles ils disent avoir le plus confiance. De manière assez surprenante, nous n’avons observé́ qu’un lien extrêmement faible entre la confiance en une source et sa consultation.

Il est possible qu’il s’agisse là d’une conséquence du comportement de « papillonnage » des Français sur internet. Il se peut en effet que ces derniers passent d’une source d’information à une autre, moins pour rechercher une information précise que par divertissement ou curiosité intellectuelle.

Ces sources regroupent les sites web, les applications mobiles, les pages Facebook et Twitter ainsi que les chaînes YouTube allant des médias français « traditionnels » aux « pure players » présents uniquement sur internet, en passant par les médias de « réinformation » connus pour diffuser des informations fausses ou trompeuses. À la fin de l’étude, nous avons adressé aux participants un questionnaire sur leur utilisation d’internet pour s’informer.

À lire : La GAFA-économie expliquée

La télé règne encore

Premier constat de cette étude : 3 % du temps de connexion à internet des Français est consacré à la consultation de sources d’information en ligne. Cela représente en moyenne 4,9 minutes par jour de connexion. À titre de comparaison, le journal de 20 heures de TF1, qui réunit chaque soir plusieurs millions de Français devant leur poste de télévision, dure à lui seul 30 minutes environ et, chez les plus de 15 ans, la durée d’écoute individuelle quotidienne des principaux journaux TV est en moyenne de 20 minutes, selon l’étude gouvernementale "Les jeunes et l’information".

En Chiffres

72 %

Le nombre de participants à l’enquête qui déclarent s’informer quotidiennement via la télévision

On le voit, internet est loin d’avoir détrôné la télévision en tant que principal canal d’information des Français. C’est d’ailleurs aussi ce que montrent les résultats du questionnaire que nous avons adressé aux participants à cette étude : 72 % d’entre eux déclarent s’informer « plus ou moins tous les jours » via la télévision, 56 % via internet, 45 % via la radio et 13 % via la presse papier.

Les principaux acteurs de l’information médiatique en France n’ont pas non plus changé avec le développement d’internet. En effet, le top 26 des sources d’information en ligne consultées par le plus grand nombre de participants à notre étude est essentiellement composé de médias traditionnels.

C’est donc sur les sites internet, les applications mobiles et les pages des réseaux sociaux des grands journaux régionaux et nationaux, des radios privées et du service public et des principales chaînes de télévision que s’informent avant tout les Français depuis leur ordinateur ou leur téléphone.

Le risque des sources douteuses

Ce qui a en revanche changé avec internet, c’est la quantité de sources d’information facilement disponibles. Cela se traduit par un comportement de « papillonnage » des internautes, qui sautent d’une source d’information en ligne à l’autre, sans y rester longtemps. Chez les participants à notre étude, la durée moyenne de consultation d’une source d’information à chaque visite est de 1,9 minute seulement.

Si internet n’a pas totalement rebattu les cartes de l’information en France, son fonctionnement facilite l’accès à des sources douteuses ou trompeuses.
Laurent Cordonier

Docteur en Sciences sociales, Université de Paris

Et chacun d’entre eux a visité en moyenne 15 sources d’information différentes au cours des 30 jours de l’étude. Un tel comportement, s’il permet aux internautes de diversifier leurs sources d’information, recèle aussi un danger, celui de les conduire sur des sites non fiables.

C’est d’ailleurs ce que l’on observe : 39 % des participants ont consulté́ au moins une source d’information jugée non fiable au cours de l’étude – ces participants ont passé́ en moyenne 11 % de leur temps d’information sur de telles sources. Si internet n’a pas totalement rebattu les cartes de l’information en France, son fonctionnement facilite l’accès à des sources douteuses ou trompeuses et, donc, la diffusion d’« infox » et autres théories du complot.

Faut-il casser les GAFA ?