Le "concours de beauté" de Keynes, ou la création du consensus sur les marchés

En théorie

Le "concours de beauté" de Keynes, ou la création du consensus sur les marchés

Pour Keynes, la valeur des actifs sur les marchés financiers ne dépend pas seulement de critères objectifs sur leurs fondamentaux économiques, mais aussi des anticipations que font les autres investisseurs.

L’économiste anglais John Maynard Keynes (1883-1946) a utilisé cette analogie avec un concours fictif organisé par un journal londonien pour illustrer le fonctionnement des marchés boursiers.

Le jeu consistait à élire les six plus belles femmes parmi une centaine de photographies, le gagnant étant celui dont la sélection se rapprochait le mieux des photos les plus choisies : autrement dit, le prix devait aller au lecteur qui s’approchait le plus du consensus.

De la création du consensus

Keynes fait alors remarquer que pour remporter le prix, le lecteur ne doit pas tenir compte de ses goûts et choisir celles "qu’il estime les plus susceptibles d’obtenir le suffrage des autres concurrents"qui, eux aussi, choisiront celles qu’ils pensent que les autres éliront, et par conséquent adopter une conception collégiale de la beauté.

L’intuition de Keynes : sur les marchés financiers, les comportements sont similaires. Pour lui, la valeur des actions négociées sur le marché ne dépend pas tant des fondamentaux réels des entreprises, par exemple leur profitabilité, que des prédictions et anticipations par les autres investisseurs du prix que fixera le marché.

Avoir tort, mais tous ensemble

Mais alors, quelle est la logique de l’investissement financier ? S’agit-il d’une allocation optimale ou efficace des capitaux par le marché si les investisseurs ne sélectionnent pas les investissements selon la vraie valeur des actifs, mais cherchent plutôt à pressentir ce que les autres pensent que les autres pensent… à l’infini ? Mieux vaut avoir tort avec tout le monde que raison tout seul !

C’est un phénomène de mimétisme et de contagion, une logique autoréférentielle, pour reprendre la formule de l’économiste français André Orléan.

C’est une rationalité stratégique des investisseurs qui peut conduire à l’inefficience des marchés financiers et expliquer les bulles spéculatives.

À lire : Des siècles de bulles spéculatives et ce n’est pas fini

1. Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, 1936