Les fluctuations régulières de l’activité ont toujours fasciné les économistes. Voici pourquoi.

Depuis plus de 30 ans, l’activité économique connaît un rythme de croissance qui s’est bien éloigné de celui des Trente Glorieuses. Nombreux aujourd’hui sont ceux qui n’hésitent pas, face à un régime de croissance faible, du chômage, du sous-emploi et avec une inflation faible, à évoquer une « stagnation séculaire ».

Des phases de 10 ans

Croissance, crise, récession, reprise… l’activité économique n’est pas linéaire, elle connaît des fluctuations récurrentes autour d’une tendance (trend), avec des intensités et des durées variables, c’est ce que l’on appelle des cycles. Identifier et trouver des explications à ces phénomènes a toujours fasciné, les économistes comme les hommes politiques, car leurs caractéristiques sont liées au système économique lui-même.

Clément Juglar, économiste français, est bien le premier, au XIXe siècle (1862), à avoir mis en évidence des cycles d’une durée d’environ 10 ans, des cycles dits « majeurs », car ils touchent les affaires et sont typiques des économies peu régulées. Ils ne sont pas le fruit du hasard, mais le résultat du mécanisme monétaire sur lequel repose l’économie de marché : le cycle du crédit.

« L’origine de la misère, c’est la prospérité », disait Juglar.

Il est vrai que le crédit amplifie les fluctuations : en phase de croissance, le crédit est facile et alimente la demande de consommation et d’investissement, mais en phase de récession, le crédit est limité, ce qui accentue le ralentissement.

La Grande Dépression de 1929 entre dans cette catégorie de cycle, comme en partie la crise des subprimes de 2008 qui, d’un problème de crédits hypothécaires américains, est devenue une crise mondiale.

Cycle économique.

Une révolution en « ique »

Puis dans les années 1920, Nicolaï Kondratiev, économiste russe, identifie des cycles beaucoup plus longs, de 50 à 60 ans, directement liés au fonctionnement du système économique. Joseph Schumpeter (1883-1950), économiste autrichien, complète cette analyse avec les changements profonds du système de production comme résultat des innovations majeures de produits et de procédés.

Elles provoquent une « destruction créatrice », c’est-à-dire la disparition d’activités et de métiers obsolètes, dépassés par le progrès technique – tel le poinçonneur du métro –, mais aussi l’apparition d’activités innovantes beaucoup plus performantes. Ces cycles sont alors liés à la productivité et aux gains de productivité.

La période des Trente Glorieuses est typique de la phase de croissance du cycle Kondratiev. De même, les Trente « piteuses » qui suivent le retournement de 1973 (choc pétrolier). Même explication pour la dernière révolution des années 2000. En effet, cette dernière, celle des activités en « ique » (informatique, robotique) a largement contribué aux évolutions, voire révolutions, du monde de la finance, du travail et de la structure sociale.

Cette analyse des cycles fait apparaître les mécanismes internes dits « endogènes » du fonctionnement de l’économie de marché et dont les interactions ont des effets déstabilisants. Les interactions salaires-profits-investissements-productivité sont à l’origine des fluctuations de croissance et de ralentissement de l’activité économique.

Lisser ou laisser faire le cycle ?

Toutefois, l’instabilité de la croissance peut aussi s’expliquer par des chocs extérieurs, exogènes, tels des chocs pétroliers, ou encore des chocs monétaires. Les libéraux tendent à privilégier cette approche dans la mesure où ils considèrent l’économie de marché comme intrinsèquement stable. On peut alors considérer que les effets décalés sur l’économie des politiques monétaires, par exemple, peuvent se révéler procycliques comme contracycliques. C’est le cas aussi des chocs affectant la demande ou l’offre, suite à des politiques économiques affectant les décisions des agents économiques.

L’analyse des cycles montre la difficulté d’anticiper les évolutions de l’activité économique, la durée des phases de croissance comme celle des phases de récession avec leurs conséquences économiques et sociales.

La question reste de savoir s’il faut en appeler à l’État et à sa politique économique pour « lisser » le cycle comme le préconisent les Keynésiens et ainsi réduire l’amplitude des fluctuations au prix d’une sortie de crise plus longue, ou au contraire comme le pensent les libéraux, laisser l’économie s’assainir, plus rapidement, mais plus douloureusement sur les plans économique et social ?