Pourquoi les méthodes d’E. Duflo, A. Banerjee et M. Kremer les ont amenés au “Prix Nobel”

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Par Clément Rouget

Si Esther Duflo, Abhijit Banerjee et Michael Kremer sont devenus “Prix Nobel”, ils le doivent avant tout à l’utilisation en économie d’une méthode révolutionnaire : les “essais comparatifs aléatoires”. Pour ces chercheurs, il s’agit d’appliquer des techniques jusque là propres aux sciences dures : des expériences avec des groupes tests et des groupes témoins, pour améliorer l’efficacité des programmes sociaux-économiques.

Esther Duflo et ses co-lauréats étudient la pauvreté à partir de cas concrets. Ils préfèrent l'expérimentation plutôt que la simulation de concepts économiques théoriques. La chercheuse franco-américaine a mis au point une approche inédite. Son objectif : évaluer l’efficacité des politiques publiques déployées pour lutter contre la pauvreté. 

Les “essais comparatifs aléatoires”, une révolution méthodologique en économie

Concrètement, sa méthode s’inspire des protocoles de recherche utilisés dans le cadre des tests thérapeutiques. L’économiste défend une démarche scientifique, comme elle l’explique dans une conférence TedX : “au XXe siècle, les essais comparatifs aléatoires ont révolutionné la médecine en permettant de voir les traitements qui marchent et ceux qui ne marchent pas. Nous appliquons la même chose en économie du développement, dans la lutte contre la pauvreté”.

Sa méthodologie, appelée “l'évaluation aléatoire” (randomized controlled trials, RCT) isole les facteurs du processus d’enquête ou de l’impact des mesures prises. Pour ça, elle compare un groupe test et un groupe témoin pris au hasard. “Si on met en place un nouveau programme de soutien scolaire dans des écoles, on choisit 200 écoles au hasard, dont 100 mettront en place le programme et les 100 autres pas”, illustre Esther Duflo. Les résultats ne sont toutefois valables que dans un contexte donné.

Le principe du RCT existe en médecine depuis le XXe siècle. Esther Duflo l'a appliqué à l'économie grandeur nature à travers son laboratoire d'action contre la pauvreté. Le J-PAL, créé en 2003 avec deux autres professeurs du MIT, dont Abhijit Banerjee, évalue l'efficacité de futurs programmes sociaux dans le monde. 

Bourses au mérite pour les filles au Kenya, apprentissage sur ordinateur en Inde : l'évaluation aléatoire expliquée par deux cas d’étude 

Dispositif testé : Les bourses au mérite pour les filles au Kenya améliorent-elles les résultats scolaires ?

  • Descriptif du programme : Sur un groupe de 127 écoles, 64 ont été sélectionnées de manière aléatoire et ont été invitées à prendre part à un programme permettant d’attribuer des bourses “au mérite” aux jeunes filles de CM2.
  • Résultats : Le programme a résulté en une augmentation des résultats aux examens pour les jeunes filles inscrites dans les écoles éligibles à la bourse. Encore mieux, ce mécanisme incitatif a également augmenté les performances des garçons, pourtant non-éligibles aux bourses

  • Explication : Motivés par cette perspective, les enseignants ont été plus assidus aux cours. Les parents des élèves ont été aussi plus impliqués dans la scolarité des enfants. Et c’est la classe, tout sexe, confondu qui en a bénéficié !

Dispositif testé : L'enseignement assisté par ordinateur en Inde (EAO) améliore t-il les résultats scolaires ?

  • Descriptif du programme : S’appuyant sur le programme gouvernemental qui a imposé la mise en service de 4 ordinateurs dans 80% des écoles primaires de Vadodara, Pratham, une ONG indienne spécialisée dans le domaine de l’enseignement, a conçu un programme d'EAO complétant l’enseignement de base donné en classe. Cinquante-cinq écoles ont été choisies de manière aléatoire pour bénéficier de cette intervention tandis que 56 autres étaient retenues à des fins de comparaison.
    L’étude visait à vérifier si l’EAO permettait d’améliorer le niveau des élèves, si les éventuels effets positifs étaient durables et à valider la viabilité économique de ce programme comparé à d'autres alternatives.

  • Résultats : Les enfants ayant participé au programme d'EAO ont obtenu en moyenne des meilleures notes en mathématiques que les enfants des classes témoins, mais n’a pas eu d’impact sur les autres matières.