Le leadership, c'est savoir trancher, arbitrer et se tenir à son choix, sans ressasser le passé, mais en apprenant de ses erreurs. Une chronique d'Isabelle Barth, professeure agrégée des Universités et chercheuse en sciences du Management.

Si on pose à des leaders la question : « Comment, en deux mots, résumeriez-vous l’art de diriger ? », la réponse qui vient le plus souvent, c’est : « Savoir décider. » L’art de la décision est au cœur du métier de dirigeant et « savoir décider », la fondation du leadership.

C’est bien à cela que nous reconnaissons les leaders dans toute leur diversité. Ils sont hommes ou femmes, politiques, chefs d’entreprise, professeurs de médecine, syndicalistes… mais aussi le « chef de bande », « celui ou celle qu’on aime suivre », car le leadership n’est pas une affaire de statut, de sexe, d’âge ou de couleur de peau.

Décider, trancher et renoncer

Nous sommes fascinés par ces hommes et ces femmes qui savent trancher, arbitrer, choisir, sans la moindre hésitation, sans être habités par le doute, et qui se tiennent à leur décision sans remords ni regret, sans chercher à argumenter ou se justifier. Ils fascinent car, face à la prise de décision, même avec la meilleure volonté du monde, le commun des mortels hésite, tergiverse, pèse longuement le pour et le contre, dit "oui", dit "non", dit "peut-être".

Il s’agit de prendre la « bonne décision », de ne pas se tromper et, surtout, de ne pas regretter. Or, l’anticipation du possible regret paralyse. L’exercice du choix peut alors ressembler à une montagne à gravir.

D’autant plus que décider, c’est renoncer à un « autre possible », à une autre maison, un autre emploi, d’autres vacances… et il faut accepter ce renoncement, comprendre que cette alternative n’est plus de mise. Il n’est pas supportable de vivre au futur antérieur avec des « si j’avais su, je n’aurais pas pris cet appartement », « si j’avais réfléchi, j’aurais accepté cette mutation », « si j’avais eu le courage, j’aurais su dire non »…

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Décision optimale

Le leadership n’est pas la capacité à prendre les bonnes décisions dans l’absolu, mais la capacité à comprendre qu’une décision optimale est une décision à laquelle on croit et dans laquelle on va engager son courage, son énergie, ses compétences et convaincre les autres de la suivre.

 Car ce qui distingue un leader, c’est l’adhésion que recueillent ses choix. Pour ses équipes ou ses émules, ses décisions « organisent le monde » et lui donnent du sens. Il sera donc suivi avec envie et détermination.

Le leadership se définit par cette aptitude à décider pour aller vers un futur désirable et partagé par tous. Le regret ne peut faire partie de l’équation.

Si la décision se révèle inadéquate ou perdante, il sera temps d’en « faire quelque chose » et d’apprendre de ce qui se révèle être une erreur.

La décision a-elle été prise sur la base d’informations fausses, peu fiables ? Trop rapidement ? En refusant d’entendre des avis contraires ? Sans anticiper les évolutions d’un environnement changeant ? La bonne attitude vis-à-vis d’une mauvaise décision consiste à revisiter son processus, pour éviter de reproduire la même erreur et refaire un mauvais choix.

Rappelons-nous encore et toujours ce que disait le grand leader Nelson Mandela : « Parfois on réussit, parfois on apprend. »