Géopolitique

Avec la taxe carbone aux frontières, gare au choc de compétitivité

Face au changement climatique, il peut être pertinent de fixer un prix à la pollution. Mais attention, une politique aussi contraignante peut affaiblir les industries européennes, dans le contexte actuellement instable du commerce international. Chronique.

Pierre-Emmanuel Caplet, étudiant  à ENS Paris-Saclay, lauréat du concours Bloc-notes Éco Banque de France. 
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© Franck CRUSIAUX/REA

En décembre dernier, l’Union européenne s’est accordée sur le déploiement d’un Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). Ce mécanisme veut limiter le phénomène de fuite de carbone, c’est-à-dire de transfert d’une activité polluante vers un pays moins contraignant sur le plan environnemental.

Plus précisément, ce mécanisme intervient lorsqu’une entreprise européenne incorpore des biens d’origine étrangère dans son processus de production. Parmi les secteurs concernés par le MACF, on retrouve certains produits industriels tels que le fer, le ciment et l’aluminium.

En important ces intrants, l’entreprise doit acquérir des quotas carbone à hauteur de ce qu’elle aurait payé si elle avait produit ces biens très polluants en Europe via le système de permis d’émission négociable.

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Attention à la concurrence étrangère

L’internalisation de ce genre d’externalités est au cœur des solutions contre le réchauffement climatique. Dans cette perspective, il peut être pertinent de fixer un prix à la pollution, mais attention lors de la mise en place d’une politique aussi contraignante pour les industries européennes, surtout dans un contexte de grande instabilité du commerce international.

Les industries européennes sont déjà en difficulté à cause de la guerre en Ukraine et des subventions américaines qui les défavorisent dans le cadre de l’Inflation Reduction Act. 

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Même si les mécanismes de fixation du prix du carbone ne sont pas encore totalement arrêtés, il est déjà possible de pointer la principale limite de cette politique de taxe aux frontières : elle amputera la compétitivité de certaines entreprises.

En effet, une entreprise contrainte d’intégrer les intrants concernés dans son processus de production pourra être amenée à augmenter ses prix de vente en conséquence et donc subir un choc négatif de compétitivité-prix par rapport à ses concurrents étrangers.

Déployer le MACF aux produits finis

Qui plus est, le MACF concerne des produits qui sont très en amont dans le processus de production, ce qui peut conduire à une situation où les entreprises européennes se mettraient à importer des produits manufacturés au lieu de matières premières, afin de ne subir ni la taxe carbone aux frontières, ni le marché des quotas intra-européens. Le MACF provoquerait alors une augmentation de la valeur des importations, ce qui n’est vraiment pas l’objectif fixé.

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Par conséquent, mieux vaudrait déployer le MACF à plus large échelle, c’est-à-dire en incluant aussi certains biens manufacturés. L’entreprise serait alors incitée à limiter ses émissions de carbone tout en produisant en Europe. 

À long terme, l’idéal serait même de parvenir à un mécanisme qui s'appliquerait à tous les produits finis. Concrètement, dans ce cas, le prix des biens importés intégrerait la pollution de l’ensemble de la chaîne de production, de telle sorte que les pays étrangers seraient également contraints de baisser leurs émissions de CO2 pour ne pas se priver du marché européen.

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