Comment la BCE entend réconcilier finance et climat, en trois points

Monde

Comment la BCE entend réconcilier finance et climat, en trois points

Quel impact une instance financière supranationale peut-elle avoir dans la lutte contre le réchauffement climatique ? Christine Lagarde, à la tête de la Banque centrale européenne, compte bien montrer qu'elle prend cette mission à bras le corps. Elle a franchi une nouvelle étape début juillet.

Une institution financière supranationale a-t-elle la capacité de forcer États et entreprises à mieux respecter l'environnement ? C'est du moins ce qu'essaie d'entériner dans ses statuts la Banque centrale européenne. Lors de sa conférence de presse du 8 juillet, la BCE a dévoilé son plan climat, en plus de l’assouplissement de son objectif d'inflation. 

Lire aussi > L'inflation n'effraie plus la BCE

Cette annonce intervient après la création en janvier 2021 d’un « centre du changement climatique ». Composée d’une dizaine de personnes travaillant déjà à la BCE sur les sujets du climat, son rôle est d’orienter la politique monétaire en fonction de l’agenda climatique de la BCE et d’aider à la définition des aides financières.

Depuis l’arrivée de Christine Lagarde à sa tête, l’objectif de la banque centrale européenne est d’intégrer les considérations climatiques dans ses activités courantes. Mais ses leviers semblent limités.

Éco-mots

Banque centrale européenne (BCE)

Instituée en 1998, la Banque centrale européenne contrôle la politique monétaire de la zone euro et poursuit comme but premier la stabilité des prix. 

1. Lutter contre la volatilité des prix

En Europe, c’est la BCE qui est chargée de la politique monétaire, c’est-à-dire du contrôle de la masse monétaire. Elle est donc en charge de la stabilité des prix. Alors que les catastrophes naturelles se font de plus en plus régulières et intenses à mesure que le dérèglement climatique s’intensifie, les prix des biens et des services deviennent instables. Il est alors indispensable pour elle de quantifier les effets du réchauffement climatique sur les prix dans sa politique. En cas d’inflation continue supérieure à 2 %, elle devra intervenir sur le marché monétaire

Pour ça, « toutes les données statistiques sont appelées à être revues et adaptées, en fonction des critères du changement climatique, de la tarification du carbone et de leur effet sur la croissance ». La BCE se donne jusqu’à fin 2022 pour concevoir les indicateurs qui serviront à évaluer l’exposition des banques aux risques climatiques et l’empreinte carbone de leurs actifs. 

Un tel contrôle des prix semble néanmoins impossible dans le domaine des matières premières ou la volatilité est toujours forte puisque leur production dépend directement des conditions climatiques.

2. Financer les entreprises et les Etats dans la lutte contre le changement climatique

Par le plan climat, la BCE rappelle que  « dans la transition écologique, l'argent va également être le nerf de la guerre », commente Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste au Bureau d’informations et de prévisions économiques (Bipe). Désormais, le challenge pour la BCE, précise-t-elle, est de faire en sorte que les liquidités injectées dans les économies nationales se retrouvent in fine dans les secteurs agissant dans la lutte contre le réchauffement climatique (énergies renouvelables, protection de la biodiversité, innovations, etc.).

Surtout que l'institution agit principalement sur les États : c’est à eux qu’elle rachète les dettes pour qu’ils puissent se financer et financer des plans de relance et d’investissement en soutien à la lutte contre le réchauffement climatique.

3. Tester la solidité des entreprises face au réchauffement climatique  

Les actifs et les créances détenus par les banques seront scrutés par la BCE avec un nouveau prisme : leur capacité à assumer des chocs liés au réchauffement climatique. Elle réalisera des « tests de résistance climatique » qui visent à étudier la capacité de résistance des entreprises et des banques à plusieurs scénarios climatiques fournis par la Network for Greening the Financial System (NGFS). Ils évaluent aussi les effets que pourraient avoir les mesures prises pour limiter le changement climatique, comme l’instauration d’une taxe carbone. 

Concrètement, plus elle estimera que les actifs seront risqués plus les banques nationales se verront imposer des règles strictes et des réserves élevées.

Un effet d’annonce ?

« C’est inscrit dans la voie que prend la BCE depuis le début du mandat de Christine Lagarde, rappelle Stéphanie Villers, économiste à Malakoff Humanis. Pour la BCE, favoriser les entreprises qui ont une stratégie assumée d’un point de vue écologique est presque devenu un postulat de départ. » En effet, depuis l’arrivée de l’ancienne présidente du Fonds monétaire international (FMI) à sa tête, la BCE est particulièrement attentive à l’empreinte carbone et aux données de finance sociale et environnementale des entreprises.

Mais dans les faits,  l’institution européenne  n’a que très peu de leviers pour agir sur un tel sujet. Au niveau des entreprises, c’est en effet à la Banque européenne d’investissements (BEI) que revient le financement de la lutte contre le changement climatique. Celle-ci a même été déclarée Banque du climat !

Finalement les actions que la BCE entreprendra restent floues. Ces annonces sont finalement plus un moyen de réaffirmer la stratégie européenne et d’y inscrire plus durablement la lutte contre le changement climatique.

Éco-mots

Banque européenne d'investissement (BEI) 

En passe de devenir la banque pour le climat, elle soutient pour l'instant l’emploi et la croissance en accordant des prêts avantageux à près de 1500 projets, essentiellement au sein de l'Union européenne.